La Terre de Rupert

La Terre de Rupert était un vaste territoire de contrées sauvages. Il représentait un tiers de ce qu’est le Canada d’aujourd’hui. De 1670 à 1870, ce territoire était une propriété exclusive de la Compagnie de la Baie d’Hudson et le principal terrain de piégeage de la traite des fourrures. Trois ans après la Confédération, le gouvernement du Canada paye 1,5 million de dollars à CBH pour la Terre de Rupert. C’est la plus importante transaction immobilière en superficie dans l’histoire du pays. L’achat de la Terre de Rupert a géographiquement transformé le Canada. Ce pays modeste, situé au nord-est du continent, est devenu un vaste pays traversant l’Amérique du Nord. La Terre de Rupert a éventuellement été divisée entre le Québec, l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et les and the Territoires de Nord-Ouest.



Acte constitutionnel de 1791

La traite des fourrures et la CBH

Vers la fin du 17siècle, la traite des fourrures, surtout le commerce des peaux de castor, prend de l’ampleur dans l’Amérique du Nord. Pourtant, pour arriver aux terrains de piégeage au nord du lac Supérieur et plus loin, les marchands sont obligés de faire des voyages difficiles par la voie terrestre des Grands Lacs au fleuve Saint-Laurent. Deux explorateurs français Médard Chouart des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson veulent établir un poste commercial sur les rives de la baie d’Hudson. Peu d’explorateurs européens avaient vu la « mer gelée » nordique. Elle offrait une voie maritime plus facile vers le centre du continent, la meilleure région pour les fourrures.

Médard Chouart des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson ne réussissent pas à intéresser le gouvernement français à cette idée. Ils vont donc présenter leur plan en Angleterre où un groupe d’entrepreneurs et de gens nobles, dont le prince Rupert, le cousin du roi d’Angleterre, persuade le roi Charles II de soutenir l’aventure. En juin 1668, deux petits navires quittent l’Angleterre. L’un d’eux, le Nonsuch, arrive à la baie d’Hudson en septembre avec Médard Chouart des Groseilliers à bord. Ses partenaires et lui passent l’hiver qui suit à faire du commerce avec succès avec les Cris sur les rivages sud de la baie James.

Le Nonsuch rentre en Angleterre avec une grande cargaison de fourrures. On envoie d’autres navires qui connaissent autant de succès. Alors, en 1670, « la Compagnie des aventuriers d’Angleterre faisant le commerce dans la baie d’Hudson » (la Compagnie de la Baie d’Hudson ou la CBH) est instituée par charte royale signée par Charles II.

Taille et portée

Selon les standards d’aujourd’hui, la charte a une portée énorme. Elle accorde des droits exclusifs de commerce et de colonisation à la CBH et à ses dirigeants commerciaux. Ils ont droit de coloniser toutes les terres comprenant les rivières qui se jettent dans la baie d’Hudson, c’est-à-dire tout le système de drainage dans la baie d’Hudson. C’est un territoire énorme au milieu du continent. Il comprend ce qui est maintenant le Nord-du-Québec et le Labrador, l’ouest et l’est de l’Ontario, tout le Manitoba, la plus grande partie de la Saskatchewan, le sud et le centre de l’Alberta, une partie des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, et de petites sections du nord des États-Unis.

Ce domaine privé s’étend de l’océan Atlantique aux Rocheuses et des prairies jusqu’au cercle arctique. Ce domaine est 5 fois plus grand que la France. Sa superficie est de 3,9 millions de kilomètres carrés. On l’appelle la Terre de Rupert en l’honneur du cousin du roi, le Prince Rupert, qui est le premier dirigeant de la CBH.

Prince Rupert
Portrait du prince Rupert réalisé par sir Peter Lely.

Peuples autochtones, Métis et missionnaires

La CBH a un contrôle absolu sur le domaine. On ne pense presque pas à la souveraineté des peuples autochtones qui y habitent depuis des siècles. La CBH construit des forts et des routes commerciales à travers la grande partie du territoire. Les Cris et les Assiniboine et d’autres groupes fournissent des fourrures à la Compagnie, ou agissent en tant qu’intermédiaires pour d’autres fournisseurs de fourrures autochtones. Soit les groupes autochtones participent à l’économie de commerce qui s’épanouit, soit ils sont embauchés directement par la CBH. La traite des fourrures change l’économie des Autochtones. Au lieu de chasser et piéger des animaux à des fins de subsistance, les Autochtones maintenant pratiquent le piégeage pour échanger les fourrures contre des marchandises, dont des armes à feu et de l’alcool.

La Terre de Rupert devient aussi le foyer des Métis, enfants issus des mariages mixtes des Européens avec les Autochtones. Les Métis prennent une part active dans la traite des fourrures et contribuent au peuplement de la colonie de la rivière Rouge, maintenant Winnipeg. Elle se découpe de la Terre de Rupert en tant que petit village frontalier, initialement pour des immigrants écossais, en 1811.

Pendant 200 ans, la CBH construit des postes de traite sur les plus importantes voies navigables, y compris les rivières Rupert, Moose, Albany, Severn et Churchill. Le premier poste terrestre occidental est construit à Cumberland House sur la rivière Saskatchewan en 1774. Avant 1870, on établit 97 postes dans la Terre de Rupert. Les marchands de la CBH ont aussi la responsabilité d’explorer et de cartographier une bonne partie de la région. Le commerce des fourrures contribue également à la diffusion des missions catholiques et anglicanes dans les régions du territoire.

Famille non identifiée, probablement à Osnaburgh House (Ontario)
Ce portrait de famille illustre la rencontre de deux cultures. Le père porte un complet européen agrémenté d’une montre de poche. La mère, vraisemblablement métisse, tient son enfant installé dans une planche porte-bébé, un accessoire traditionnel des Premières Nations. Son châle est un reflet de la culture métisse; plusieurs femmes et filles en portaient.

Le Canada fait l’acquisition de la Terre de Rupert

En 1867, le Dominion du Canada est formé à la suite de la création de la Confédération réunissant l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Le nouveau pays est dirigé par le premier ministre, sir John A. Macdonald. Son gouvernement désire inclure la Terre de Rupert dans le Dominion. Il veut repousser les frontières au nord et à l’ouest. Ceci est en réponse à sa peur que les États-Unis soient intéressés à annexer la Terre de Rupert après avoir acheté l’Alaska à la Russie en 1867.

En même temps, les dirigeants de la CBH sont de plus en plus conscients qu’ils ne détiennent pas le financement nécessaire pour gérer une grande région qui devient de plus en plus un lieu de colonisation européen plutôt qu’une simple source de fourrures. De plus, ils réalisent que la CBH n’a plus le droit moral de gouverner un tel territoire.

À ce moment-là, la question est la suivante : quel est le prix de la Terre de Rupert? Ou plus spécifiquement, quel est le bon prix à payer à la CBH pour que la Compagnie abandonne ses droits de monopole? Les É.-U. avaient payé 7,2 millions de dollars pour l’Alaska. La CBH croit que la Terre de Rupert vaut 40 millions de dollars. Le Canada n’a pas cette somme d’argent, mais les É.-U. sont capables de payer.

Cependant, le gouvernement britannique craignant aussi l’expansion des Américains vers le nord ne permet pas à la CBH de vendre la Terre de Rupert aux É.-U. L’Angleterre force la CBH à négocier avec le Canada le transfert de la Terre de Rupert. Deux ministres du Cabinet de Macdonald, George-Étienne Cartier et William McDougall, sont envoyés à Londres pour conclure un accord. Après six mois de négociations, la CBH consent à vendre la Terre de Rupert au Canada pour un prix avantageux de 300 000 livres ou 1,5 million de dollars. Ceci comprend que la CBH continue à avoir plusieurs postes de traite sous son nom et qu’elle garde 5 % du territoire, principalement les terres agricoles fertiles des Prairies.

La CBH signe un acte de cession de sa propriété à la Couronne britannique le 19 novembre 1869. La Couronne à son tour cède le territoire au Canada. Pourtant, à cause de la crise politique connue sous le nom de Résistance de la rivière Rouge, le transfert n’entre en vigueur que le 15 juillet 1870.

Nouveaux traités, nouvelles provinces

 Aussi en 1870, à la suite des changements politiques causés par la Résistance de la rivière Rouge, la province du Manitoba entre dans la Confédération. Entre temps, le gouvernement canadien négocie sept traités avec les nations autochtones qui habitent sur ce territoire pour obtenir leur consentement à la souveraineté de la Couronne.

Géographiquement, l’achat de la Terre de Rupert transforme le Canada d’un petit pays au nord de l’Amérique à un pays repoussant les frontières au nord et à l’ouest du continent. La Terre de Rupert est divisée avec le temps entre le Québec, l’Ontario et le Manitoba et plus tard, les provinces émergentes de la Saskatchewan, de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest.


Guide pédagogique perspectives autochtones

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