La Petite Norvège était un centre d’entraînement du Corps d’aviation royal norvégien (RNAF) au Canada, actif de 1940 à 1945. Basé à Toronto et à Muskoka, il a formé plus de 3 000 résistants norvégiens à l’invasion allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il a contribué à renforcer les liens diplomatiques entre la Norvège et le Canada, qui existent toujours aujourd’hui. (Voir aussi Canadiens d’origine norvégienne.)

Deuxième Guerre mondiale
En avril 1940, l’Allemagne nazie envahit la Norvège. Le roi Haakon VII et son gouvernement refusent de se rendre. Cependant, en juin de la même année, les forces alliées quittent la Norvège, laissant le pays sous occupation allemande. La marine royale organise alors l’évacuation du roi, de son fils, le prince héritier Olav, ainsi que de membres de son gouvernement vers le Royaume-Uni. C’est de ce pays que le souverain annonce la poursuite de la résistance en formant un gouvernement en exil à Londres. Le croiseur britannique HMS Enterprise est chargé de l’évacuation du Trésor public norvégien. Ses réserves d’or sont confiées à la Banque fédérale de réserve de New York et à la Banque du Canada à Ottawa.
Canada
Le Royaume-Uni et le gouvernement norvégien en exil conviennent de confier le commandement des forces norvégiennes en exil à l’armée britannique. En juin 1940, le gouvernement en exil appelle sous les drapeaux tous les Norvégiens âgés de 21 à 35 ans résidant au Royaume-Uni. Toutefois, le Royaume-Uni manque d’espace dans ses propres installations d’entraînement pour les avions norvégiens. Le Canada offre un cadre idéal pour entraîner une force aérienne de résistance norvégienne. Des pilotes britanniques s’entraînent déjà au Canada dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB). De plus, les avions américains commandés par le gouvernement norvégien peuvent être facilement livrés au Canada.

Toronto
Le gouvernement britannique et le ministère de la Défense nationale du Canada autorisent la création d’une base d’entraînement destiné aux pilotes, canonniers, navigateurs, mécaniciens d’aéronefs et bombardiers norvégiens à l’aéroport de l’île de Toronto. Le Toronto Flying Club, basé à l’aéroport de Malton, fournit des avions d’entraînement et des instructeurs jusqu’à l’arrivée des avions américains. Pendant la construction de casernes pouvant héberger 200 hommes, les officiers norvégiens logent à l’hôtel Royal York, et les recrues à l’hôtel Prince George, qui se trouve à l’emplacement actuel du Toronto-Dominion Centre.
Le 10 novembre 1940, le camp d’entraînement aérien de la Petite Norvège est officiellement inauguré à Toronto en présence de centaines d’invités, dont l’actrice torontoise Mary Pickford, le lieutenant-gouverneur de l’Ontario, Albert Matthews, et le maire de Toronto, Ralph Day. La foule assiste au vol en formation serrée de onze avions norvégiens à moins de huit mètres des nouvelles casernes. En janvier 1941, le roi Olav V et la princesse héritière Märtha de Norvège se rendent à Toronto pour inspecter la base aérienne de la Petite Norvège. En février de la même année, le couple visite le camp Norway à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse.
En février 1941, les recrues de l’aviation norvégienne entament leur formation dans le cadre du PEACB. En juillet 1941, la création de l’escadron no 331 (norvégien), la première unité de chasse norvégienne de la Royal Air Force (RAF), marque le début des missions outre-mer.
Le 20 août 1941, le prince George, duc de Kent, visite la Petite Norvège lors d’une tournée des installations d’entraînement aérien au Canada. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Petite Norvège s’intègre à la vie sociale et culturelle de Toronto. Karl Pintz, vice-consul de Norvège à Toronto, fonde la Norwegian War Aid Fund Association of Toronto. Chaque année, le YMCA lance une campagne pour encourager les familles torontoises à inviter des militaires, des marins et des aviateurs à partager leur repas de Noël. De nombreux foyers canadiens ouvrent ainsi leur porte aux recrues de la Petite Norvège. Plus de 10 % des aviateurs qui s’entraînent à la Petite Norvège épousent des Canadiennes. (Voir aussi Canadiens d’origine norvégienne.)

Financement
L’ouverture de la Petite Norvège suscite une certaine controverse au Canada en raison des propos du colonel Oscar Klingenberg, attaché militaire à l’ambassade royale de Norvège à Washington, D.C. En effet, il déclare à la presse que le maire de Toronto et Oscar Skelton, sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, « nous ont donné tout ce que nous avions demandé, et même plus ». La Petite Norvège loue l’aéroport de l’île de Toronto aux mêmes conditions que l’Aviation royale canadienne (ARC) et paye la Toronto Harbour Commission pour le carburant, le gaz et le stockage dans les hangars. Les déclarations de Klingenberg laissent croire que le gouvernement canadien subventionne entièrement la Petite Norvège. En réalité, elle est financée par la Norvège, qui loue sa marine marchande, la troisième en importance au monde, aux forces alliées. Le camp Norway, établi à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, sert de base à ces navires.
Camp Norway
Après l’invasion allemande de la Norvège, le roi Haakon ordonne aux navires norvégiens de quitter le pays occupé pour se rendre dans des ports alliés. Le 29 novembre 1940, le camp Norway ouvre ses portes à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, après l’arrivée de plus de 20 baleiniers norvégiens dans le bassin de Bedford. Le camp Norway devient un centre d’entraînement pour les membres de la résistance norvégienne. Dix-sept matelots, soldats et marins marchands sont enterrés au cimetière Camp Hill, à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Muskoka
En 1941, la Petite Norvège, forte de ses quelque 800 employés et de ses 90 avions norvégiens, devient trop grande pour l’aéroport de l’île de Toronto. Cet aéroport qu’elle partage avec une école de pilotage civile et des aéronefs privés, ainsi que les installations environnantes, ne peuvent plus l’accommoder. Bien que l’école de pilotage avancée reste basée à l’aéroport de l’île de Toronto, le gouvernement norvégien en exil cherche une nouvelle installation hors de la ville pour le programme d’entraînement élémentaire. Ce nouveau site est financé par les revenus générés par la marine marchande norvégienne, mais également par des dons d’Américains et de Canadiens d’origine norvégienne, ainsi que par des fonds alloués par le président Franklin D. Roosevelt dans le cadre du prêt-bail.
Au début des années 1940, Olav et Märtha inaugurent la base de Muskoka, qu’ils nomment Vesle Skaugum en l’honneur de leur résidence près d’Oslo. En janvier 1942, le RNAF loue l’aéroport de Muskoka et acquiert les terrains adjacents. En mai 1942, le couple royal inaugure la nouvelle base de la force aérienne, la Petite Norvège, à l’aéroport de Muskoka. En septembre 1942, Märtha s’y rend de nouveau avec ses trois enfants, les princesses Ragnhild et Astrid ainsi que le futur roi Harald V de Norvège. En avril 1943, l’installation de Toronto est finalement transférée à l’ARC, et toutes les opérations norvégiennes sont déplacées à Muskoka.
Le saviez-vous?
Dans ses mémoires, l’explorateur et ethnologue norvégien Thor Heyerdahl évoque son entraînement militaire au camp Norway, à Lunenburg, sa formation en télécommunications sans fil à Toronto et les essais d’équipement à Muskoka. « Nous courions à travers les bois de Muskoka avec des mégaphones spécialement conçus, en criant « un, deux, trois, m’entendez-vous? » si fort que des gens de Huntsville nous écrivaient pour nous dire : « Bien sûr qu’on vous entend, on vous entend même jusqu’à Gravenhurst ». Le prince Jacques de Bourbon-Parme, un neveu de la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg et de l’ancienne impératrice Zita d’Autriche-Hongrie, qui ont toutes deux passé la Deuxième Guerre mondiale au Québec, est un autre éminent stagiaire à la Petite Norvège.
Tout comme à Toronto, la Petite Norvège de Muskoka s’intègre à la vie sociale et culturelle locale. Le personnel norvégien participe à des compétitions de ski et à des activités sociales. Des aviateurs norvégiens épousent des Canadiennes et cherchent un logement pour leur nouvelle famille, ce qui contribue à la pénurie de logements à Huntsville, à Gravenhurst et à Bracebridge. Des femmes s’entraînent également à Muskoka. À la fin de 1943, le Corps auxiliaire féminin de l’aviation norvégienne (NWAAF) lance une campagne de recrutement, l’entraînement ayant commencé le 29 septembre. À la fin de la guerre, 27 femmes avaient intégré les rangs du NWAAF au Canada. Bien qu’elles ne résident pas dans la Petite Norvège, elles effectuent chaque jour le trajet jusqu’à la base aérienne.
Après le débarquement du jour J en Europe, le PEACB cesse progressivement ses activités et le RNAF prépare son retour en Norvège. Le 17 février 1945, la Petite Norvège ferme officiellement ses portes à Muskoka, en présence de centaines d’invités, dont Olav et Märtha, Albert Matthews et les maires de Toronto, Gravenhurst, Bracebridge et Huntsville. Le 8 mai, jour de la Victoire en Europe, la Norvège est libérée par les forces alliées.
Legs
De 1940 à 1945, plus de 3 000 aviateurs, marins et soldats norvégiens ainsi qu’autant de marins marchands et de civils sont entraînés au Canada pour la résistance norvégienne. Le soutien apporté par le Canada à la résistance norvégienne renforce les relations diplomatiques entre la Norvège et le Canada, créant un lien qui perdure encore aujourd’hui. Le 20 novembre 1987, le roi Olav V de Norvège assiste à l’inauguration officielle du parc Little Norway à Toronto. C’est sa première visite au Canada depuis la fermeture de la Petite Norvège à Muskoka en 1945. Le prince héritier Haakon et la princesse héritière Mette-Marit visitent le parc Little Norway lors de leur séjour au Canada en 2016.
En 2002, le roi Harald V de Norvège, qui a visité la Petite Norvège à Muskoka durant son enfance, dévoile une plaque commémorative lors d’une cérémonie à l’aéroport de Muskoka. En 2007, le mémorial Little Norway est érigé à l’aéroport de Muskoka en présence du premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, de fonctionnaires norvégiens et d’une soixantaine d’anciens combattants norvégiens. Sur une plaque historique à l’extérieur du terminal de l’aéroport de Muskoka, on peut lire « La solide amitié liant les deux pays, forgée au creuset des années de guerre, symbolise celle qu’entretient aujourd’hui le Canada et ses anciens alliés. »
