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Bureau de l’écran autochtone

Le Bureau de l’écran autochtone est un organisme indépendant qui travaille pour la croissance et le développement des créateurs des Premières Nations, des Inuits et des Métis au cinéma et à la télévision au Canada. Il fait la promotion des productions dirigées et détenues par des Autochtones, qu’il s’agisse de films, de séries, d’œuvres interactives ou de baladodiffusions. L’organisme dirige également le renforcement des capacités des créateurs autochtones dans le secteur de l’écran canadien.

Origine

La création du Bureau de l’écran autochtone (BEA) est annoncée par Mélanie Joly, alors ministre du Patrimoine canadien, lors de la Banff World Media Conference, le 12 juin 2017. La fondation du BEA fait suite à de nombreuses années de démarches de la part des cinéastes autochtones et de leurs pairs de l’industrie (voir aussi Cinéastes autochtones influents au Canada). La création de l’organisme s’appuie sur les conclusions de la Commission de vérité et réconciliation de 2015 et sur les recommandations formulées par Marcia Nickerson dans un rapport de 2016 commandé par le Fonds des médias du Canada. Ce rapport s’inspire lui-même d’un rapport de Jeff Bear publié en 2004 et des années d’inaction gouvernementale qui suivent. Ce rapport mène une enquête sur de nombreux créateurs autochtones du secteur de l’écran. Il conclut que l’histoire du colonialisme au Canada a entrainé une sous-représentation disproportionnée des peuples autochtones dans les histoires canadiennes. Il conclut également que les créateurs autochtones sont gravement sous-payés lorsque leur travail est inclus et que les récits au sujet des cultures autochtones sont en grande partie réalisés de points de vue de non-autochtones. La création du BEA, qui est indépendant et dirigé par des Autochtones, est réalisée avec le soutien financier du Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), de la CBC/SRC, du Fonds des médias du Canada, de Téléfilm Canada, de la Canadian Media Producers Association, et de l’Office national du film du Canada.

Débuts

En 2018, l’ancien critique de cinéma et programmateur Jesse Wente est nommé directeur général inaugural du Bureau de l’écran autochtone. Cette première année, son mandat consiste entre autres à jeter les fondations du bureau, au sein d’une opération d’une seule personne. Le BEA bâtit sa présence dans l’industrie en tant que groupe de défense et il milite pour la souveraineté narrative. La souveraineté narrative signifie que les histoires autochtones doivent être centrées sur les perspectives autochtones et racontées à travers celles-ci. Le BEA s’inspire du département autochtone de Screen Australia comme modèle de représentation, de production et de renforcement des capacités. Jesse Wente entreprend des consultations communautaires au cours des deux premières années de financement, tout en mettant en place le bureau.

Jesse Wente
Jesse Wente a été le premier directeur général du Bureau de l’écran autochtone (BEA). Lors de sa création en 2018, le BEA devait être un organisme d’une seule personne. À la fin de l’année 2022, il comptait dix employés à temps plein.
(Robert Orkine/Getty Images)


En 2021, le BEA reçoit une promesse de financement de 40,1 millions de dollars sur trois ans dans le budget fédéral. Cependant, ce montant représente moins de la moitié du budget demandé par le BEA. Le gouvernement canadien s’engage à soutenir « les peuples autochtones afin qu’ils puissent raconter leurs propres histoires et se voir représentés à l’écran ». Le BEA répartit ce financement entre deux volets : le fonds pour les récits et le développement sectoriel. Le fonds pour les récits soutient la création et la production de récits autochtones. Le développement sectoriel vise à développer, à renforcer et à soutenir le domaine des créations autochtones. Ces volets fonctionnent de concert, et le BEA a pour objectif de développer le cinéma autochtone au-delà des microbudgets avec lesquels il est traditionnellement financé.

Premières années

À la fin de 2021 et de 2022, le BEA a réussi à augmenter la présence du cinéma autochtone au Canada. Au cours de ces deux années, il débourse 24,6 millions de dollars en financement. À la fin de 2022, il compte alors dix employés à temps plein au Canada.

En septembre 2022, le BEA annonce que son directeur fondateur, Jesse Wente, quitte ses fonctions de directeur général. Kerry Swanson, codirectrice générale, lui succède. Jesse Wente continue à exercer un rôle consultatif pendant la transition. Il déclare qu’il « a atteint les objectifs qu’il s’était fixés lors de son arrivée au sein de l’organisme ».

Kerry Swanson
Kerry Swanson a été nommée successeure de Jesse Wente au poste de directrice générale du Bureau de l’écran autochtone (BEA) en 2022. Au cours du mandat de Kerry Swanson à la tête de l’organisme, le BEA a formé des partenariats avec de grandes entreprises de l’industrie cinématographique afin de soutenir les créateurs autochtones.
(Shawn Goldberg/Getty Images)


Les premiers films notables réalisés avec le soutien du Bureau de l’écran autochtone élargissent le potentiel du cinéma autochtone, comme les films Night Raiders (v.f. Les voleurs de la nuit) et Wildhood, qui sortent tous deux en 2021. Le film Night Raiders, un film dystopique réalisé par Danis Goulet, réinvente l’histoire des pensionnats indiens sous la forme d’une allégorie de science-fiction. Le film Wildhood est une histoire d’amour bispirituelle réalisée par Bretten Hannam. La même année de la sortie de ces films, le circuit des festivals de cinéma canadiens connait une « explosion » du cinéma autochtone grâce au travail du BEA. Trois productions dirigées par des créateurs autochtones figurent parmi les films canadiens les plus en vue au Festival international du film de Toronto (TIFF) de 2022. Ces trois films sont réalisés avec le soutien du BEA : Bones of Crows (v.f. L’ombre des corbeaux), réalisé par Marie Clements; Stellar, réalisé par Darlene Naponse; et Rosie, réalisé par Gail Maurice. En 2025, la série comique North of North, soutenue par le BEA et créée par Stacey Aglok MacDonald et Alethea Arnaquq-Baril, connait un succès retentissant. La série est diffusée en première en janvier 2025 sur les chaines CBC et APTN, et elle est ensuite diffusée sur Netflix en avril. Elle devient rapidement la nouvelle série la plus populaire sur CBC Gem (le service de diffusion continue de CBC) depuis le lancement de cette plateforme en 2018. Acclamée par la critique, la série est renouvelée pour une deuxième saison deux semaines après sa première sur Netflix.


Controverse sur le financement

Bien que le BEA soit rapidement considéré comme une réussite, Kerry Swanson déclenche l’alarme en 2023 lorsque l’organisme est exclu du budget fédéral. L’engagement triennal du gouvernement fédéral envers le BEA est censé prendre fin avec l’année fiscale de mars 2024. L’organisme se retrouve dans l’incertitude. Dans le budget fédéral de 2024, le gouvernement canadien s’engage à soutenir le BEA de façon permanente en lui versant 65 millions de dollars sur cinq ans.

Politique

Le BEA met en œuvre les pratiques recommandées dans le document Protocoles et chemins cinématographiques : un guide de production médiatique. Ce document est publié par le imagineNATIVE Film + Media Arts Festival en 2019, et est un guide pour les productions autochtones. Il met l’accent sur l’authenticité des récits, sur la collaboration active et sur la souveraineté narrative. Il est conçu pour être un document évolutif. En tant que tel, le BEA le révise en consultation avec ses pairs de la communauté au fil des années. De plus, le BEA sert de ressource pour la mise en œuvre de ses protocoles.

En 2021, le BEA lance un processus de consultation sur l’identité autochtone. Ces consultations découlent de controverses qui ont éclaté suite à un reportage diffusé en décembre 2020 par la CBC affirmant que la réalisatrice Michelle Latimer n’est pas autochtone. Michelle Latimer est reconnue pour son documentaire Inconvenient Indian et sa série Trickster, productions qui sont toutes deux très bien accueillies à l’automne 2020 en tant que productions autochtones. (Ces productions sont antérieures aux activités de financement du BEA.) Cette controverse engendre un examen plus rigoureux de l’identité autochtone des demandeurs de financement.

Renforcement des capacités

En plus de financer la production de récits destinés à l’écran, le Bureau de l’écran autochtone contribue au développement de pôles de production et de perspectives pour les créateurs autochtones. Cela comprend un engagement d’un million de dollars pour un studio de production de 11 600 pieds carrés à Iqaluit au Nunavut. Le BEA élargit également son financement pour inclure les baladodiffusions, et en 2021, il soutient le lancement d’Uvagut TV, la première chaine de télévision en langue inuite au Canada (voir aussi Inuktitut). Le BEA offre également un soutien financier aux festivals de films autochtones. Il joue un rôle consultatif pour l’inclusion des voix autochtones dans les festivals et dans les sommets de l’industrie. De plus, il développe des partenariats avec des entreprises comme Netflix, Amazon Studios, Google et Paramount+ pour encadrer et soutenir les créateurs autochtones. En 2021, il lance le Fonds de solidarité pour soutenir les PANDC en création partout au pays. Le succès du BEA sert d’inspiration à la création du Bureau de l’écran des Noirs en 2020.