Le terme « pendjabi » désigne à la fois une ethnie et une langue. En 1947, l’Inde britannique (y compris le Pendjab) est formée du Pakistan et de l’Inde. Ainsi, les Canadiens d’origine pendjabie ont des racines soit au Pendjab indien, soit au Pendjab pakistanais. Ces origines régionales expliquent les différences de langue, de religion et de coutumes au sein de cette communauté. Les récits dominants sur les Canadiens d’origine pendjabie se concentrent souvent sur les Pendjabis sikhs d’origine indienne. Toutefois, les Canadiens d’origine pendjabie du Pakistan constituent une composante plus petite, mais distincte, de la vaste communauté canadienne d’origine pendjabie. (Voir Communauté pakistanaise au Canada.) Dans le recensement canadien de 2021, 279 950 Canadiens déclarent avoir un héritage ethnique ou culturel pendjabi. Par ailleurs, 942 165 Canadiens disent connaître la langue pendjabie. De plus, 81,4 % des Canadiens d’origine pendjabie s’identifient comme sikhs, 6,9 % comme hindous et 6,8 % comme musulmans. Parmi les Canadiens d’origine pendjabie les plus connus, on peut citer Ujjal Dosanjh, Jagmeet Singh, Karan Aujla, AP Dhillon, Lilly Singh et Rupi Kaur.

Immigration pendjabie au Canada
Les débuts de la présence pendjabie au Canada remontent au moins à la fin du 19e siècle. En 1897, des soldats sikhs de l’armée indienne britannique traversent la Colombie-Britannique. Ils se rendent en Grande-Bretagne pour célébrer le jubilé de diamant de la reine Victoria. En 1902, un régiment militaire similaire fait de même, pour le couronnement du roi Édouard VII. Ces soldats coloniaux sont admirés au Canada pour leur allure militaire et leurs services distingués.
Peu après, un autre flux de migrants sikhs, principalement des agriculteurs du Pendjab, commence à arriver. Plusieurs fuient la famine et les lois coloniales sur la propriété foncière qui sévissent en Inde britannique. À l’époque, les migrants considèrent la Colombie-Britannique comme une terre d’avenir. Ils croient que les terres y sont abondantes et que le travail ne manque pas. Finalement, les immigrants pendjabis trouvent du travail dans les forêts, les fermes et les chemins de fer des basses terres continentales.
Une deuxième cohorte importante commence à arriver dans les années 1980. À l’époque, l’agitation politique et sociale qui sévit en Inde pousse de nombreux sikhs du Pendjab à demander l’asile au Canada. En juin 1984, la première ministre indienne, Indira Gandhi, ordonne à l’armée indienne d’attaquer le Temple d’or au Pendjab dans le cadre de l’opération Blue Star. Ce temple est l’un des lieux les plus sacrés du sikhisme. L’armée souhaite ainsi déloger les séparatistes sikhs qui s’y cachent. Quelques mois plus tard, Indira Gandhi est assassinée par ses gardes du corps sikhs.

Au cours des jours suivants, de violentes attaques contre les sikhs balaient New Delhi, causant des milliers de morts et de disparus. Craignant pour leur sécurité, de nombreux jeunes sikhs fuient le pays et trouvent refuge au Canada. Une fois installés au Canada, ces réfugiés tissent des liens qui incitent leurs proches à les rejoindre.
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, une troisième cohorte d’immigrants pendjabis arrive au Canada grâce à la nouvelle politique d’immigration. Ce groupe est composé de travailleurs qualifiés, notamment des entrepreneurs et des professionnels diplômés, à la recherche de nouvelles possibilités économiques. (Voir Immigration économique au Canada.)
La présence de cette communauté attire un nombre croissant d’étudiants du Pendjab. Ces dernières années, une quatrième cohorte d’Indiens du Pendjab est devenue le groupe d’étudiants internationaux le plus important au Canada.
Discrimination et privation de droits
À partir de 1906 environ, les immigrants du Pendjab font face à une hostilité raciale croissante en Colombie-Britannique. Des sentiments anti-indiens s’ajoutent à la discrimination raciale préexistante contre d’autres communautés asiatiques. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.)
Des organisations racistes, comme la Ligue d’exclusion asiatique, influencent considérablement l’opinion publique et les politiques d’immigration au Canada et aux États-Unis. En 1907, la violence anti-asiatique éclate à Bellingham, dans l’État de Washington. Une foule s’en prend à environ 250 travailleurs d’usine d’origine sud-asiatique, principalement des sikhs. Beaucoup d’entre eux fuient vers le nord, au Canada, en quête d’une plus grande sécurité. Bien que le Canada fasse partie de l’Empire britannique et qu’il promette l’égalité des droits à ses sujets impériaux, les pratiques d’exclusion persistent. (Voir Impérialisme.)
En 1907, la Colombie-Britannique modifie la Loi sur les élections provinciales. La province cherche à empêcher les « indous » de voter aux élections. À l’époque, les Chinois et les Japonais n’ont pas non plus le droit de vote. (Voir Droit de vote au Canada.)
En 1908, le gouvernement canadien adopte le Règlement sur le voyage continu. Il exige que les immigrants se rendent directement de leur pays d’origine au Canada. Comme il n’y a pas de route maritime directe depuis l’Inde, la réglementation interdit de fait aux immigrants sud-asiatiques de venir au Canada. Toutefois, la politique ne peut pas explicitement interdire l’immigration indienne, car les Indiens sont des sujets britanniques et ont donc légalement le droit de circuler librement dans l’Empire.
En 1914, ce règlement joue un rôle central dans l’incident du Komagata Maru (Guru Nanak Jahaz). Le navire transporte des passagers indiens, mais se voit refuser l’accès au port de Vancouver. Le Canada oblige alors les passagers à retourner en Inde, où plusieurs d’entre eux sont arrêtés ou même tués. Plus d’un siècle plus tard, en 2016, le gouvernement canadien présente des excuses officielles, reconnaissant cet événement comme une injustice historique.

Des lois restrictives en matière d’immigration empêchent également les hommes sud-asiatiques de faire venir leur famille. (Voir Regroupement familial au Canada.) Cela rend extrêmement difficiles l’établissement à long terme et le développement du sentiment d’appartenance au Canada.
Les politiques d’immigration racistes façonnent le vécu des premiers Canadiens d’origine pendjabie. Elles les obligent à compter sur l’entraide et la solidarité, ce qui les pousse à fonder d’importantes institutions, telles que la Khalsa Diwan Society et le premier temple sikh. Ces lieux deviennent des centres religieux, culturels et politiques majeurs pour la communauté en pleine expansion.
En 1917, l’entrepreneur pendjabi Mayo Singh contribue notablement à fonder le village de Paldi, sur l’île de Vancouver. Nommé d’après sa ville natale au Pendjab, ce village canadien devient un exemple de coexistence multiethnique précoce au Canada. (Voir Multiculturalisme.)
Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que les Sud-Asiatiques obtiennent le droit de vote. Il faut également attendre les réformes de l’immigration des années 1960 pour que le Canada assouplisse ses politiques de regroupement familial, ce qui permet à la communauté de se développer davantage.
Ce qui n’est au départ qu’un petit groupe de travailleurs marginalisés se transforme en une diaspora florissante. Aujourd’hui, la communauté canadienne d’origine pendjabie joue un rôle visible dans la vie culturelle, économique et politique du Canada.
Engagement civique et politique
Les Canadiens d’origine pendjabie sont l’un des groupes de la diaspora les plus engagés sur le plan politique au Canada. En 2000, Ujjal Dosanjh passe à l’histoire en devenant le premier premier ministre sud-asiatique d’une province canadienne. Par ailleurs, Jagmeet Singh devient la première personne racisée à être élue à la tête d’un grand parti politique national. L’engagement civique de la communauté ne se limite pas aux mandats électifs. Il s’exerce aussi dans les conseils scolaires, les groupes de défense et la gouvernance locale.
Les Canadiens d’origine pendjabie ne cessent de se mobiliser en faveur de la liberté religieuse, des droits des travailleurs et du bien-être de la communauté. Ils contribuent également à façonner les politiques multiculturelles globales du Canada. (Voir aussi : Charan Gill; Loi sur le multiculturalisme canadien.)
Arts et divertissement
Les Canadiens originaires du Pendjab jouent un rôle visible dans le façonnement des industries canadiennes des arts et du divertissement. En musique, des artistes comme Karan Aujla, AP Dhillon et Sidhu Moose Wala attirent de nombreux adeptes internationaux.



