Originaire des forêts boréales et de la taïga du Nord, la chouette lapone (Strix nebulosa) est un gros hibou capable de voler presque sans bruit. Légère par rapport à sa taille (le mâle pèse en moyenne 0,9 kg et la femelle 1,3 kg), cette chouette possède un plumage particulièrement duveteux. Son rapport plumes/corps est élevé et la composition et la variété de ses plumes d’une complexité unique lui permettent de chasser les campagnols dans la neige profonde. Le nom tlingit de la chouette lapone est k’úkw. Elle est l’emblème aviaire du Manitoba.

Apparence
Arborant un motif unique de rayures et de taches allant du gris argenté au brun, la chouette lapone se distingue également par sa longueur (60 à 84 cm). Sa tête, relativement grande par rapport à sa taille globale, présente des oreilles asymétriques dépourvues de plumes. Son visage est principalement constitué de deux immenses disques faciaux qui s’étendent bien au-delà du sommet du crâne, entourés de rangées de plumes grises et brunes qui encadrent de petits yeux jaunes. Deux arcs de plumes pâles, formant un discret X entre les yeux, bordés de fines plumes noires, facilitent la chasse diurne en déviant la lumière.
Elle a sous son petit bec un « menton » noir entouré de moustaches blanches. Ses serres relativement longues et fines sont adaptées à la capture de petits mammifères au sol. Ses pattes sont recouvertes de plumes courtes et denses, légères et duveteuses, qui facilitent la course et la marche sur la neige.
La queue de cette chouette est également relativement grande, mais ses rectrices, qui mesurent jusqu’à 30 cm de long et 6 cm de large, sont si légères qu’elles en sont presque transparentes. Les plumes de la poitrine peuvent dépasser 23 cm, avec des plumets extraordinairement longs et duveteux qui leur donnent une forme cylindrique au moindre mouvement d’air. Elles assurent ainsi une double fonction d’isolation et d’atténuation du bruit en vol. À la base de la queue se trouve une glande qui sécrète une huile que l’oiseau utilise pour enduire ses plumes lorsqu’il les lisse. Cette huile les protège, les nourrit et contribue à l’atténuation du bruit.
Habitat et répartition
On reconnait trois sous-espèces génétiquement distinctes de la chouette lapone. Strix nebulosa nebulosa s’étend du Québec à la côte du Pacifique et à l’Alaska. S. n. lapponica est présente de la Scandinavie à l’Asie du Nord. S. n. yosemitensis est une petite population isolée depuis longtemps, qui compte entre 200 et 300 individus, et qui se limite principalement à la Sierra Nevada, dans le nord de la Californie.
La chouette lapone est une espèce nomade résidente des forêts boréales et de la taïga du Nord. Tous les trois ou cinq ans, lorsque les populations de campagnols diminuent radicalement, la chouette lapone qui se nourrit principalement de ces mammifères migre plus au sud pour trouver de la nourriture. Étant donné qu’elle est solitaire, furtive, discrète, peu encline à l’affrontement et experte en camouflage, il peut s’avérer difficile d’estimer sa population et sa distribution.
Le saviez-vous?
La chouette lapone est observée plus régulièrement au Manitoba que partout ailleurs au Canada et la province l’a déclarée emblème aviaire en 1987. Dans le cadre d’un accord conjoint entre les services forestier et de la faune, une partie de la forêt provinciale de Sandilands, au sud-est de Winnipeg, un site de recherche important pour l’espèce, a été désignée « zone d’importance écologique pour la chouette lapone ».

Reproduction et développement
Comme le mâle chasse pour nourrir toute la famille pendant deux mois et demi, depuis la ponte du premier œuf jusqu’au départ du dernier oisillon du nid, sa parade nuptiale met en avant ses talents de chasseur. Cela inclut des démonstrations de vol, des techniques de plongée dans la neige ou encore la présentation d’une multitude de proies capturées.
Le couple commence à chercher un site de nidification dès la mi-février. Il niche dans des chicots d’arbres, d’anciens nids de corbeaux ou de faucons, de gros amas de guis, ou encore parfois sur des plateformes de nidification artificielles. C’est la femelle qui choisit définitivement l’emplacement du nid, en y déposant quelques plumes pour l’isoler du sol et en créant une plaque incubatrice pour l’isolation du dessus.
La chouette lapone pond de 2 à 9 œufs ovoïdes d’un blanc crayeux sur une période de 3 à 12 jours. L’incubation dure de 28 à 36 jours. Dès l’âge de deux semaines, les jeunes peuvent avaler des campagnols entiers. Les oisillons tombés du nid utilisent leur bec et leurs serres pour remonter dans les arbres. Progressivement, les jeunes quittent le nid. La femelle, ayant cessé de nourrir ses petits et de leur servir d’abri permanent, quitte alors le nid, tandis que le mâle continue de chasser pour nourrir sa progéniture. À l’approche de l’hiver, les jeunes deviennent totalement indépendants.
Bien que réputée pour son silence, la chouette lapone peut émettre une grande variété de cris. Le cri territorial du mâle pendant la saison de reproduction, composé de 8 à 12 chouchements graves et réguliers qui s’estompent progressivement, peut être entendu jusqu’à une distance de 800 mètres. Le cri le plus fort et le plus étrange peut être celui que la femelle pousse pour détourner l’attention d’un prédateur lorsque ses oisillons sont menacés.

Alimentation et prédation
Avec un taux de réussite impressionnant de 63 % à la chasse, la chouette lapone se nourrit principalement de campagnols qui creusent des galeries sous la neige. Elle se pose et attend sur un perchoir bas près d’un espace dégagé, puis plane à basse altitude, son visage en satellite penché vers le sol et parallèle à celui-ci. Le plumage de ce « fantôme du nord » est parfaitement adapté au vol silencieux, ce qui lui permet d’entendre ses proies sous la neige épaisse qui étouffe et réfracte les sons.
La structure du plumage facial de la chouette lapone canalise tous les sons vers ses oreilles, asymétriques sur son crâne. Grâce à cette asymétrie, chaque oreille capte différemment les hautes fréquences. Cela permet une comparaison qui, par triangulation, construit une carte sonore bidimensionnelle, offrant ainsi une précision de localisation extrêmement élevée.
Lorsque la chouette repère une proie pendant un court vol plané silencieux, elle plonge tête la première, s’enfonçant souvent le visage dans la neige. À la dernière minute, elle pose ses pattes au sol, s’enfonçant dans la neige tassée jusqu’à 50 cm de profondeur, les ailes partiellement repliées pour freiner et faciliter sa sortie du terrier. Les serres acérées et puissantes de l’oiseau capturent et tuent facilement le campagnol, piégé dans une partie effondrée du tunnel.

Conservation et menaces
En raison de l’étendue de son aire de répartition, l’UICN classe la chouette lapone parmi les espèces de préoccupation mineure. Le développement humain affecte toutefois négativement ses populations, notamment la coupe à blanc, l’agriculture et le surpâturage des prairies. Parmi les autres menaces figurent les automobiles, la chasse, les espèces envahissantes (voir Les espèces envahissantes au Canada : animaux, Espèces envahissantes au Canada : plantes), la pollution, les activités récréatives humaines et le changement climatique. Une sous-espèce, S. n. yosemitensis, est inscrite sur la liste des espèces en voie de disparition par la Californie.
Les infections causées par la grippe aviaire et le virus du Nil occidental entraînent une mort quasi immédiate chez la chouette lapone.

