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Faucon gerfaut

Le faucon gerfaut (Falco rusticolus) est le plus grand et le plus septentrional rapace diurne. Il niche sur les corniches des falaises dans la toundra et la taïga de l’Arctique circumpolaire. Bien que son régime alimentaire varie selon l’endroit, il est considéré comme un prédateur spécialisé, le lagopède constituant sa principale source de nourriture. Il est l’emblème aviaire des Territoires du Nord-Ouest. En inuktitut, on l’appelle kissaviarsuk et kingavik.

Gros plan d’un faucon gerfaut blanc gris.

Dénomination

On ne connaît pas avec certitude l’origine du nom commun gerfaut. Il pourrait dériver du vieux norois geirfalki (« faucon vorace »), du latin gyrus (« en cercle ») ou du français du 12e siècle girfauc (« grand faucon du Nord »).

Faucon gerfaut perché sur un gros rocher.

Apparence

Ses anneaux oculaires, ses serres et sa cire présentent des teintes allant du jaune pâle au jaune vif, et son plumage se distingue par sa variété. Les différences de couleur chez les individus sont traditionnellement classées en trois groupes : la forme blanche, la forme grise (gris argenté) et la forme sombre (brun-gris foncé, tirant sur le noir). Les adultes ont de nombreuses rayures sur le dos, les ailes et la queue, et des tâches sur le dessous du corps.

Le corps (50-65 cm) et l’envergure (125-160 cm) de la femelle dépassent ceux du mâle, et elle pèse de 1,2 kg à 2,1 kg, soit jusqu’à 35 % de plus. Cela lui permet de stocker l’énergie nécessaire à la reproduction.

Faucon gerfaut presque blanc perché, ailes semi-déployées.

Répartition

Le faucon gerfaut se reproduit dans la toundra et la taïga arctiques et subarctiques. Ses répartition et période de reproduction (d’avril au début août) sont étroitement corrélées à celles du lagopède alpin. Plusieurs individus hivernent dans l’Arctique, tandis que d’autres entreprennent des migrations irrégulières, allant aussi loin au sud que le nord des États-Unis ou séjournent pendant de longues périodes sur la glace de mer.

C’est la géographie qui, dans une certaine mesure, détermine le phénotype de couleur du plumage du faucon gerfaut. En effet, chez les populations du nord du Groenland et de l’archipel arctique canadien, le plumage est principalement blanc, tandis qu’en Islande, il est sombre. Pour ce qui est de la population unique répartie entre la Norvège, l’Alaska et certaines régions du Canada, son plumage est dominé par une teinte gris argenté. Les études génétiques réfutent l’idée que ces populations distinctes représentent des espèces distinctes.

Environ 43 % des faucons gerfauts passent une partie de l’année au Canada.

Carte illustrant l’étendue de l’aire de répartition du faucon gerfaut.

Reproduction et développement

Nicheur solitaire s’accouplant pour la vie, ce faucon demeure en général fidèle à un seul territoire de reproduction, sans pour autant s’en tenir à un site de nidification spécifique. Le mâle choisit ce site avant l’accouplement, puis tente d’attirer la femelle par des parades nuptiales aériennes grandioses.

Le faucon gerfaut construit son nid sur les parois de falaises, soit sur des affleurements dénudés et peu profonds, soit dans des nids de corbeaux et d’aigles royaux abandonnés. Il n’utilise pas deux fois le même nid, car les oisillons se tiennent en groupe et peuvent causer des dégâts en grandissant. Les couples qui utilisent des nids préexistants ont tendance à migrer davantage et à occuper de plus grands territoires. En revanche, ceux qui nichent sur des affleurements dénudés sont beaucoup plus susceptibles de revenir au même endroit année après année.

Cette espèce ne produit qu’une seule couvée par an, composée d’un à sept œufs de couleur jaune pâle, blanche ou chamois avec des mouchetures rouge foncé. La femelle couve pendant environ 35 jours, tandis que le mâle chasse et apporte la nourriture.

Œuf moucheté sur fond gris.

La période de nidification se divise en deux phases principales d’alimentation. Au cours de la première, la femelle couve et nourrit activement les oisillons en déchirant la nourriture et en la leur donnant directement, tandis que le mâle chasse et apporte la nourriture. La femelle stocke souvent une réserve de nourriture près du nid.

Au bout de 10 à 15 jours, la femelle quitte le nid, mais demeure à proximité pour venir en aide aux petits lorsqu’ils en ont besoin. Peu de temps après, les deux adultes s’éloignent du nid, sauf pour y apporter de la nourriture, car l’appétit croissant des oisillons peut les rendre agressifs envers leurs parents.

Les jeunes frères et sœurs peuvent rester ensemble pour se soutenir pendant un an après leur naissance. S’ils parviennent à atteindre l’âge adulte, les faucons gerfauts ont une espérance de vie allant jusqu’à 15 ans dans la nature.

Deux jeunes faucons gerfauts blancs et duveteux dans un nid à flanc de falaise.

Régime alimentaire et prédation

Le faucon gerfaut est un spécialiste de la chasse au lagopède, mais c’est également un prédateur opportuniste. Son régime alimentaire dépend des ressources disponibles localement, englobant une grande variété d’oiseaux et de mammifères, depuis le minuscule sizerin flammé jusqu’au lièvre arctique et à l’eider adultes, souvent plus lourds que le chasseur lui-même.

Grâce à leur taille distincte, les partenaires d’un couple peuvent capturer une grande diversité de proies en utilisant des méthodes différentes. Le mâle a la capacité de se retourner et de piquer rapidement pour capturer des proies de petite taille, tandis que la femelle possède la force et la capacité nécessaires pour chasser et transporter des animaux plus gros.

Contrairement à d’autres rapaces, le faucon gerfaut ne pique pas de très haut pour capturer sa proie. Il s’élance plutôt d’un perchoir bas et rase le sol, souvent sur de longues distances, avant de terminer sa chasse par une ascension soudaine suivie d’un piqué peu prononcé. Ses ailes, plus larges et moins pointues que celles des autres rapaces, accroissent sa vitesse potentielle et sa capacité d’accélération. En vol de chasse horizontal, sa vitesse peut atteindre 130 km/h. Pour chasser comme pour transporter ses proies, le faucon gerfaut utilise le vent et le relief pour économiser de l’énergie en gagnant de l’altitude grâce à l’ascendance naturelle.

Faucon gerfaut en plein vol, queue déployée.

Conservation et menace

En 2021, la Liste rouge de l’UICN classe le faucon gerfaut comme une espèce de préoccupation mineure. Cependant, sa population ayant diminué de 18 % au cours des trois dernières générations, on estime qu’il ne reste plus que 12 600 à 55 300 individus matures.

La plupart des menaces qui pèsent sur cette population découlent d’activités humaines. Elles incluent la collecte d’œufs et de jeunes, la chasse des adultes et de leurs proies, le tourisme (les couples reproducteurs évitent de retourner dans les sites perturbés par l’homme), et la forte concentration d’organochlorés chez les oiseaux de mer et les espèces marines. Les oléoducs et les infrastructures pétrolières mettent également en danger l’habitat du faucon gerfaut.

Le changement climatique constitue la principale menace pour cette espèce. Le réchauffement de l’Arctique peut entraîner une floraison précoce de la flore indigène, ce qui perturbe les pollinisateurs et réduit les ressources alimentaires des proies. Les espèces végétales et animales envahissantes représentent aussi une menace. Le faucon pèlerin est un rival direct du faucon gerfaut. Avec le réchauffement de l’Arctique, l’aire de répartition du premier s’étend vers le nord, empiétant sur le territoire de reproduction du second. Le faucon gerfaut, moins agressif, pourrait être évincé de son habitat naturel par le premier.

Le faucon gerfaut est vulnérable à la grippe aviaire, et le choléra aviaire menace l’une de ses principales sources de nourriture, l’eider.

Afin d’accroître les connaissances, d’analyser les dangers éventuels et de formuler des recommandations globales pour l’ensemble de la région, le Conseil de l’Arctique a mis sur pied un groupe de travail international : le Programme de surveillance de la biodiversité circumpolaire. Ce groupe est composé de scientifiques, d’organisateurs et de représentants autochtones. Compte tenu de l’importance croissante accordée au savoir écologique traditionnel (SET), on renforce la collaboration entre les scientifiques et l’Inuit Qaujimajatuqangit, qui se traduit par « ce que les Inuits ont toujours tenu pour être vrai ».

Gros plan du visage d’un faucon gerfaut.

Importance culturelle

Des découvertes archéologiques montrent que l’élevage de faucons pour la chasse remonte au 6e siècle dans les régions nordiques. Les faucons deviennent rapidement, et restent encore, très prisés par les riches et les puissants du monde entier, en tant que symbole de statut social et pour leurs prouesses à la chasse.

Au 11e siècle, l’économie du Groenland nordique prospère grâce au commerce du faucon gerfaut blanc. Pour les peuples autochtones de l’Arctique, le kissaviarsuk revêt une importance spirituelle

Faucon gerfaut presque blanc perché sur une souche artificielle.