L’unité médicale multinationale de rôle 3 (UMMR3) de l’OTAN est un hôpital de traumatologie établi sur l’aérodrome de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, de 2005 à 2021. Il est doté en personnel par sept nations et dirigé par le Canada du 7 février 2006 au 15 octobre 2009. Premier hôpital de campagne multinational de l’OTAN à participer à des opérations de combat, l’UMMR3 prodigue des soins chirurgicaux spécialisés aux forces de la coalition, aux Forces de sécurité nationale afghanes et aux civils. Plus de 850 membres du personnel médical canadien y servent entre 2006 et 2011. En 2013, le Canada reçoit le prix Dominique-Jean Larrey, qui souligne ses exploits médicaux en Afghanistan.

Contexte : guerre en Afghanistan
La guerre en Afghanistan est le conflit armé le plus long jamais mené par le Canada (2002-2014). Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur les États-Unis, le Canada se joint à la coalition internationale mise en place pour détruire le réseau terroriste Al-Qaïda et le régime des talibans qui l’abrite en Afghanistan. En août 2003, le Canada intègre la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), créée après la chute du régime taliban pour aider le gouvernement afghan à instaurer un climat de stabilité et de sécurité. En 2005, la FIAS, initialement déployée à Kaboul, commence à élargir son champ d’action à l’ensemble du pays. Le Canada entame alors des opérations à Kandahar, dans le sud du pays. Il assume la direction d’une mission de combat, l’opération Medusa, il encadre les forces de sécurité afghanes et il est responsable du principal hôpital militaire de la région.
Unité médicale multinationale de rôle 3 à l’aérodrome de Kandahar
L’UMMR3 se trouve sur l’aérodrome de Kandahar. Elle fournit des soins médicaux non seulement aux troupes de combat, mais aussi aux forces de sécurité afghanes et à la population civile. Sa mission consiste à traiter les soldats de la coalition et les civils blessés pendant le conflit, ainsi que les civils souffrant d’autres affections mettant en danger leur vie, leurs membres ou leur vue.
Le soutien médical dans les missions de l’OTAN est organisé en « rôles » ou « échelons ». Le soutien médical de rôle 1 correspond aux soins fournis au sein d’une petite unité, telle qu’un bataillon, et comprend les premiers soins, la réanimation et le triage. Le soutien médical de rôle 2 concerne les unités plus importantes, comme une brigade. Il comprend l’évacuation des installations de rôle 1, le triage et le traitement des patients jusqu’à leur retour en service (ou à leur évacuation). Le soutien de rôle 3 est assuré au sein de la division et au-delà, et comprend les soins chirurgicaux et médicaux spécialisés, les services de diagnostic, la médecine préventive et les soins dentaires. Le soutien de rôle 4 correspond généralement aux soins hospitaliers dans le pays d’origine du patient.
Marc Dauphin, le dernier officier commandant canadien de l’UMMR3, décrit ainsi l’hôpital dans le cadre d’une interview publiée dans le magazine Maclean’s en 2013 :
C’était délabré. C’était fait en contreplaqué. Ça tenait avec du ruban adhésif. Les trous dans les murs causés par les éclats d’obus étaient [également] colmatés avec du ruban adhésif. Le plancher en linoléum était fixé avec du ruban adhésif. Mais les conditions de travail étaient bonnes. Il y avait plus de médecins urgentistes que dans une salle d’urgence civile normale. […] On a fini par former une équipe assez solide, là-bas.
En 2013, Dundurn Press publie l’ouvrage Combat Doctor: Life and death Stories from Kandahar’s Military Hospital, de Marc Dauphin.

Direction canadienne de l’UMMR3
En février 2006, le Canada devient la nation dirigeante de l’UMMR3, avec l’aide d’équipes médicales militaires des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Nouvelle-Zélande, du Danemark et des Pays-Bas. L’hôpital remplace et étend les soins fournis par un détachement chirurgical d’un hôpital d’appui tactique de l’armée américaine dans le cadre de l’opération Enduring Freedom.
Sous la direction canadienne, l’hôpital triple presque sa taille. Il compte trois salles d’opération, de 20 à 30 lits d’hospitalisation et de cinq à huit lits de soins intensifs. En octobre 2009, il dispose de deux tomodensitomètres, d’un service d’endoscopie, d’un appareil de radiographie et d’échographie numériques, en plus d’une banque de sang. L’équipe médicale est composée de deux chirurgiens orthopédistes, de deux chirurgiens généraux, d’un neurochirurgien, d’un chirurgien buccal et maxillo-facial, d’un radiologiste, d’un intensiviste-interniste, ainsi que d’une équipe de santé mentale.
L’hôpital est géré par les Services de santé des Forces canadiennes jusqu’en octobre 2009, date à laquelle il est transféré à la US Navy. Le Canada continue toutefois de fournir du personnel médical, soit environ un tiers du personnel hospitalier en décembre 2010. En 2011, les opérations de combat canadiennes prennent fin en Afghanistan. L’UMMR3 est dirigée par la US Navy et la US Army jusqu’en 2021, année du retrait des forces américaines d’Afghanistan.

Blessures et soins médicaux et chirurgicaux
L’hôpital dessert une population de plus de 15 000 soldats et travailleurs civils à l’aérodrome de Kandahar, des dizaines de milliers de soldats de la coalition stationnés ailleurs en Afghanistan, ainsi que des civils afghans et des membres de l’armée et de la police afghanes. Il soigne également des combattants talibans.
Le personnel hospitalier traite des traumatismes complexes, souvent simultanés. Les blessures les plus courantes sont causées par des engins explosifs improvisés, des armes à feu, des accidents de véhicules, et des tirs d’artillerie, de mortier ou de roquette. Une analyse des dossiers d’hospitalisation entre le 1er mai et le 15 octobre 2009, par exemple, montre que les blessures causées par des engins explosifs improvisés (46 %) et par balle (26 %) comptent parmi les principales causes d’admissions aux soins intensifs durant cette période. De nombreux patients subissent des amputations multiples. Selon le chirurgien militaire Andrew Beckett, l’équipe médicale de l’hôpital traite 19 patients ayant subi une triple amputation (généralement les deux jambes et un bras) durant la période allant d’octobre 2009 et décembre 2010.

Sous la direction du Canada (de février 2006 à octobre 2009), le personnel hospitalier traite 4 134 patients et effectue 6 735 interventions. Les forces militaires de l’OTAN représentent un quart des patients hospitalisés durant cette période, le reste étant composé de membres des forces de sécurité afghanes ou de civils afghans. Les taux de survie sont élevés : 98 % des soldats et 95 % des patients afghans sont transférés ou quittent l’hôpital. On attribue ce succès à l’approche multidisciplinaire de l’hôpital en matière de soins en traumatologie. Les équipes de traumatologie se composent d’un chef d’équipe, d’infirmières, de chirurgiens généraux et spécialisés, de techniciens de laboratoire, et d’un radiologiste. Ce dernier peut fournir un diagnostic immédiat et organiser rapidement des examens d’imagerie avancée. La mise en place d’une banque de sang mobile contribue également à ces taux de survie élevés.
Après avoir transféré la direction de l’UMMR3 à la US Navy, les Canadiens continuent d’y travailler. D’octobre 2009 à décembre 2010, environ 30 membres du personnel médical des Forces armées canadiennes travaillent à l’hôpital, dont une équipe de soins dentaires. Au total, le personnel de l’UMMR3 traite 2 599 patients souffrant de traumatismes durant cette période : 1 407 soldats de l’OTAN, 312 membres des forces de sécurité afghanes, 581 résidents locaux, 102 entrepreneurs civils et 197 enfants.

Importance
En 2012, l’OTAN décerne le prix Dominique-Jean Larrey au Canada pour la mise en œuvre et le commandement de l’UMMR3 à Kandahar. Les Forces canadiennes sont saluées pour leur leadership et pour « l’extraordinaire succès clinique […] le taux de survie le plus élevé à ce jour parmi les victimes de guerre ». Les leçons tirées de Kandahar sont appliquées lors des opérations de secours après le tremblement de terre en Haïti en 2010. Elles le sont également dans le cadre de la préparation aux catastrophes dans les hôpitaux civils du Canada et des États-Unis.
Le saviez-vous?
En juin 2011, Global Television diffuse le premier des treize épisodes de la série Combat Hospital (v.f. Médecins de combat), inspirée de l’UMMR3 et se déroulant en 2006. L’acteur canadien Elias Koteas y incarne l’officier commandant de l’unité. Le réseau américain ABC reprend la première saison, mais face à l’annulation de la série par ce dernier, Global Television doit prendre le relais.