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Attaque à la voiture-bélier à la journée Lapu-Lapu à Vancouver en 2025

Le 26 avril 2025, un homme de 30 ans ayant des antécédents de graves troubles mentaux, au volant d’un VUS, fonce dans la foule réunie à l’occasion du festival Lapu-Lapu à Vancouver, une célébration publique du patrimoine de la communauté philippine au Canada. Onze personnes, âgées de 5 à 65 ans, sont tuées et au moins 32 sont blessées. L’agresseur est un individu connu de la police qui recevait des soins de professionnels de la santé mentale au moment du drame. Ceux-ci sont par la suite critiqués pour ne pas avoir réagi à ce que la commission d’examen en santé mentale de la province avait qualifié de « signaux d’alarme multiples ». Cette folie meurtrière provoque un plus grand nombre de décès que l’attaque au camion-bélier de Toronto en 2018 et mène à des appels au renforcement de la sécurité lors d’événements publics et à l’établissement d’une meilleure infrastructure de soins à l’appui de la santé mentale.

Drapeaux du Canada et de les Philippines

Contexte

La journée Lapu-Lapu est un jour férié aux Philippines qui est célébré chaque année le 27 avril. Il tire son nom de Lapu-Lapu, une figure légendaire du 16e siècle connue pour avoir vaincu les forces espagnoles dirigées par l’explorateur portugais Ferdinand Magellan lors de la bataille de Mactan. Lapu-Lapu est considéré comme le premier héros national philippin.

En 2023, la Colombie-Britannique a officiellement proclamé le 27 avril comme la journée Lapu-Lapu dans la province. Cette année-là, la célébration culturelle est marquée par un défilé du groupe Filipino BC dans les rues Joyce et Collingwood à Vancouver-Est. En 2024, l’événement principal prend la forme d’une fête multiquartiers dans le secteur Sunset on Fraser, à Vancouver-Sud. Il comprend des expositions culturelles, des spectacles et un tournoi de basket-ball.

La deuxième année du festival annuel se transforme en une célébration plus importante où des camions-restaurants, des artisans-vendeurs et un concert sont de la partie. Des membres américains d’origine philippine du groupe Black Eyed Peas sont la vedette de l’événement.

La tragédie

Peu après 20 h, le samedi 26 avril 2025, les festivités de la journée Lapu-Lapu prennent fin. Les festivaliers sont en train de quitter les lieux et flânent après un concert. Un VUS noir de marque Audi Q7 arrivant depuis la rue où se trouve l’école secondaire John Oliver, située tout près, passe devant les camions-restaurants, accélère avant d’emprunter la 43e avenue et écrase les piétons qui s’y trouvent. Selon les témoins, les victimes sont projetées dans les airs par l’impact. Des dizaines de blessés sont sur la chaussée. Des images publiées en ligne montrent la tôle froissée de la partie avant du VUS et le capot redressé vers le pare-brise.

Le conducteur, qui porte un chandail à capuchon noir, tente de s’enfuir. Mais plusieurs témoins le pourchassent et réussissent à l’immobiliser contre une clôture. Mable Elmore, députée de la circonscription provinciale de Vancouver-Kensington en Colombie-Britannique, est présente au festival et tente de calmer les personnes présentes. Le tueur accusé est arrêté sur les lieux.

Lors d’une conférence de presse tenue un peu plus de 12 heures après la tragédie, la police écarte la thèse voulant que la cause du massacre soit le fruit d’un acte de terrorisme. On découvre rapidement que l’agresseur est sous les soins d’une équipe de santé mentale au moment de l’attaque. « C’est le jour le plus sombre de l’histoire de notre ville », déclare à la presse Steve Rai, chef de police intérimaire de Vancouver. L’événement tragique se produit deux jours avant les élections fédérales de 2025 et fait les manchettes internationales. De nombreuses personnalités politiques locales et internationales offrent leurs condoléances et expriment leurs sympathies.


Victimes

L’attaque entraîne des pertes massives. Les intervenants d’urgence transportent les victimes vers plusieurs hôpitaux à proximité. Un code orange est déclaré pour mobiliser des ressources afin de prendre en charge le grand nombre de victimes. Le lendemain, le ministère de la Santé confirme que 32 personnes sont hospitalisées, dont certaines sont traitées pour des blessures graves. Les victimes sont âgées de 5 à 65 ans, à l’image de la nature diversifiée et familiale du festival.

Les autorités rapportent que 11 personnes ont été tuées : Jenifer Darbellay (50); Kira Salim (34); Maria Victoria Bjarnason (55); Glitza Daniela Samper (30) et ses parents, Glitza María Caicedo (60) et Daniel Samper Toro (65); Jendhel May Sico (27); Richard Le (47), sa femme Linh Hoang (30) et leur fille Katie Le (5); et Nerissa Pagkanlungan (46). La plupart des victimes sont des femmes.

Agresseur

Le conducteur du VUS est un « suspect isolé » connu de la police, qui a des antécédents de problèmes de santé mentale. La police identifie l’homme comme étant Kai-Ji Adam Lo, un résident de Vancouver âgé de 30 ans. La police ne divulgue pas de renseignements précis, comme son identité ethnique ou ses motifs possibles.

Le 27 avril 2025, le Service des poursuites de la C.-B. dépose huit chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré contre Lo. Selon la base de données provinciale en ligne des affaires judiciaires, il n’a pas de casier judiciaire. Il ne demande pas de mise en liberté sous cautionnement et reste en détention sous la garde de la police. Les procureurs s’attendent au dépôt d’autres accusations, mais ils mentionnent les antécédents de Lo en matière de problèmes de santé mentale et ses interactions antérieures avec des agents, y compris la veille de l’attaque. Le 2 mai, après sa première comparution publique devant la cour, la cour ordonne que Lo fasse l’objet d’une évaluation psychiatrique dans un délai d’un mois.

Le 22 juillet, trois autres chefs d’accusation de meurtre au deuxième degré sont déposés contre Lo, ce qui porte à 11 le nombre total des accusations de meurtre qui pèsent contre lui. Le 10 septembre, il fait face à 31 chefs d’accusation de tentative de meurtre. Il est aussi jugé mentalement apte à subir son procès. Une ordonnance de non-publication imposée par le tribunal pour assurer un procès équitable empêche de connaître la nature exacte des problèmes de santé mentale de Lo.

Le 15 octobre 2025, le Globe and Mail rapporte que la commission d’examen en santé mentale de la province affirme que Lo aurait dû être hospitalisé en raison de ses problèmes de santé mentale qui s’aggravaient. La commission déclare que le comportement de Lo dans les jours qui précèdent l’attaque « aurait dû déclencher plusieurs signaux d’alarme aux membres de son équipe de soins, qui sont formés pour les reconnaître ».

Conséquences

Réponse de la collectivité

Quelques jours après le carnage, les habitants de Vancouver aménagent un lieu commémoratif autour duquel sont déposés des bouquets et des couronnes de fleurs, ainsi que d’autres objets commémoratifs. Des groupes de défense, comme Migrante Canada, réclament une enquête complète et dénoncent l’évocation de problèmes de santé mentale comme excuse pour la négligence du gouvernement. Ils exhortent également l’ambassade des Philippines à Ottawa et le consulat général des Philippines à Vancouver à fournir une aide immédiate et adéquate à leurs compatriotes philippins.

BAYAN Canada, une alliance d’organismes communautaires mobilise la communauté philippine au Canada pour rendre hommage aux victimes, accompagner leurs familles dans le deuil et manifester son soutien aux survivants par des actions coordonnées à l’échelle du pays. Surnommée Luksang Bayan (le deuil du peuple), des veilles sont organisées spontanément partout au pays. Les efforts déployés pour soutenir les victimes sont également démontrés par plusieurs activités de financement. Plus de deux millions de dollars avaient été amassés le 2 mai.

Actions du gouvernement

Le 30 avril 2025, le gouvernement de la Colombie-Britannique déclare que le 2 mai 2025 devient une journée provinciale de commémoration et de deuil en réponse à cet événement tragique. Le public est invité à signer les livres de condoléances mis à sa disposition.

L’incident suscite des discussions sur la santé mentale et les préjugés qui l’entourent. Le maire de Vancouver, Ken Sim, demande à la ville d’examiner les mesures de sécurité lors des événements. Il demande aussi à la province de fournir plus de ressources, notamment pour garantir la sécurité des personnes atteintes d’une maladie mentale qui ont impérativement besoin de soins. Parallèlement, le premier ministre provincial David Eby met sur pied une commission indépendante chargée d’examiner la sécurité des événements publics en Colombie-Britannique.

Legs

La tragédie de Vancouver en 2025 n’est pas sans rappeler l’attaque au véhicule bélier de Toronto en 2018. Il s’agissait de l’attaque au véhicule-bélier la plus meurtrière de l’histoire du Canada, jusqu’à l’attaque de Lapu-Lapu.

Après la journée Lapu-Lapu, des organisateurs d’événements partout au Canada demandent une réévaluation des mesures de sécurité et possiblement la mise en œuvre de stratégies visant à mieux protéger les foules contre les attaques au véhicule-bélier. Le 5 septembre 2025, Filipino BC, le groupe qui a organisé le festival, publie une déclaration. Il qualifie l’attaque de « catastrophe sociale » et la compare à des catastrophes naturelles, comme les incendies ou les phénomènes météorologiques extrêmes. L’événement tragique de Lapu-Lapu exige une intervention semblable à celle déployée dans le cadre d’une catastrophe, à savoir une intervention qui répond aux traumatismes et aux besoins à long terme. Mais au lieu de cela, « la prestation d’un soutien et de ressources tangibles a été lente et incohérente ».

(Voir aussi Communauté philippine au Canada.)