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Agathe de Saint-Père

Agathe de Saint-Père, commerçante, entrepreneure, pionnière (née le 27 février 1657 à Montréal, au Québec; décédée le 19 août 1747 dans la ville de Québec, au Québec). Elle est la fille de pionniers français établis dans la colonie de Ville-Marie, en Nouvelle-France, au milieu du 17e siècle. Elle se distingue du monde embryonnaire des affaires et met sur pied le premier atelier de confection de tissus. Elle accomplit ceci avec l’accord du roi à une époque où les biens sont exclusivement importés de la métropole française et où les femmes, considérées comme des mineures, vivent sous la tutelle de leurs maris. (Voir aussi Histoire des rôles de genre au Canada.)

Famille et formation

Agathe de Saint-Père nait dans la colonie française de Ville-Marie. Elle est la fille de Mathurine Godé et de Jean de Saint-Père, des pionniers d’origine française installés avec leurs familles respectives en Nouvelle-France au 17e siècle.

Le père d’Agathe de Saint-Père est le premier notaire royal de Ville-Marie. Il occupera aussi le rôle de greffier et de syndic. Il décède quand Agathe a environ huit mois. Sa mère se remarie le 12 novembre 1658 avec un négociant, Jacques Le Moyne de Sainte-Marie, le frère de Charles Le Moyne de Longueuil et de Châteauguay.

Quand, en 1672, la mère d’Agathe de Saint-Père meurt pendant l’accouchement de son dixième enfant, celle-ci devient à 15 ans la figure maternelle de ses dix demi-frères et sœurs.

En novembre 1685, Agathe de Saint-Père épouse Pierre Legardeur de Repentigny, un militaire et héritier d’une lignée de seigneurs. Elle a un fils et sept filles. Seuls cinq de leurs enfants survivront jusqu’à l’âge adulte.

Femme d’affaires

Petite, Agathe de Saint-Père observe son beau-père gérer ses activités commerciales aux abords de la Pointe-à-Callière, le port d’approvisionnement de la colonie montréalaise et d’exportation vers la métropole française. (Voir aussi Montréal.) À cette époque, la traite de la fourrure, chassée par les Autochtones, est le principal levier de développement économique de la Nouvelle-France. Agathe de Saint-Père commence à travailler vers 1680 dans le commerce familial de fourrure, situé à l’angle des rues Saint-Paul et Notre-Dame. Prenant de l’aisance en affaires, dès 1683, elle se rend dans des postes de traite en Outaouais et au fort Michillimakinac pour acheter des peaux de bêtes auprès des communautés autochtones.

Sa carrière de militaire dans la marine amène régulièrement Pierre Legardeur à partir en expédition loin de sa famille. Il donne alors une procuration à Agathe de Saint-Père, qui devient l’administratrice désignée des biens du couple. D’ailleurs, elle signe elle-même ses contrats en lettres minuscules. La femme d’affaires jouit d’une autonomie financière à une époque où les femmes, même mariées, sont considérées comme mineures et sont sous la tutelle de leur mari. (Voir aussi Histoire des rôles de genre au Canada.) On raconte aussi que le tempérament entreprenant d’Agathe contraste avec la personnalité nonchalante et dépensière de son mari, dont elle éponge souvent les dettes.

Outre son rôle dans la traite des fourrures, Agathe de Saint-Père gère son patrimoine foncier et immobilier, dont une partie est héritée de ses parents. Elle diversifie ses sources de revenus et exporte même des friandises à l’érable, un mets très apprécié du roi Louis XIV. (Voir aussi Industrie du sirop d’érable.)

Le premier atelier de tissus

Agathe de Saint-Père a l’idée de se lancer dans la fabrication d’étoffes, outre que le prix des importations est devenu exorbitant à la suite du détournement par les Anglais d’un bateau nommé La Seine, en 1704. Celui-ci transporte l’équivalent d’une année de ravitaillement (des denrées, du tissu et des vêtements) en provenance de France.

Agathe de Saint-Père flaire le potentiel que représente la production textile dans la colonie, ce qui permettrait de ne plus être tributaire des importations. (Voir aussi Industrie textile.) Fascinée depuis l’enfance par les tissus et les coloris portés par les Autochtones, elle s’adonnait à des expérimentations de fabrication de tissus végétaux. Elle envoie quelques échantillons d’étoffe au roi de France, Louis XIV. Impressionné par la qualité du produit, celui-ci lève l’interdit de fabrication de textiles dans les colonies. Et, pour soutenir la manufacture de tissus d’Agathe de Saint-Père, il lui verse, entre 1705 et 1712, une aide financière annuelle de 200 livres.

Ainsi, Agathe de Saint-Père poursuit son envolée entrepreneuriale et aménage, en 1704, un atelier de confection d’étoffe dans sa propriété de la rue Saint-Joseph (aujourd’hui Saint-Sulpice). Elle commande à Joseph Chevalier, un menuisier local, la fabrication d’une vingtaine de métiers à tisser à partir d’un exemplaire présent dans la colonie. Elle embauche neuf tisserands anglais, des prisonniers dont elle paye la caution, et des apprentis locaux. Les ouvriers tissent le textile à partir de plantes indigènes, comme des orties, l’asclépiade et l’intérieur d’écorces de tilleuls.

Agathe de Saint-Père fait preuve d’innovation, et, pour égayer ses tissus, elle les teint de pigments rouges, oranges et jaunes, provenant de plantes indigènes. Elle applique des procédés de teinture et de fixation empruntés des Autochtones. Ingénieuse, elle va également teindre des peaux d’animaux et même créer des tissus qui mêlent des fibres animales et végétales.

Malgré l’engouement de la colonie pour ses produits locaux et abordables, une couche de la haute bourgeoise les snobe. Ceux-ci préfèrent les vêtements et les textiles importés de France, qui sont de 25 % à 50 % plus chers.

Retraite et fin de vie

En 1712, Agathe de Saint-Père met la clé sous la porte de son atelier de tissu de la rue Saint-Joseph. Elle loue le bien l’automne suivant au maître-boulanger, Pierre Thuot Duval.

Pendant plusieurs années, elle continue de gérer ses terrains et ses propriétés à revenus, et possiblement son commerce de fourrure.

Pierre Legardeur de Repentigny meurt à Montréal le 18 novembre 1736. C’est alors qu’Agathe de Saint-Père s’installe pour le restant de sa vie au pensionnat de l’Hôpital général de Québec. (Voir aussi Ville de Québec.) À partir de 1740, elle donne des procurations à ses enfants pour la gestion de certains biens. On perd ensuite les traces de ses activités.

Elle décède le 19 août 1747 à 90 ans à l’Hôpital général de Québec et y sera enterrée, comme elle l’avait demandé dans son testament signé le 6 février 1746.

Testament d’Agathe de Saint-Père

Distinction

Le 5 mars 2020, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, désigne Agathe de Saint-Père personnage historique, « l’une des rares “femmes d’affaires” en Nouvelle-France ».

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