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Tempête de 1913 sur les Grands Lacs

La tempête des Grands Lacs de 1913, aussi appelée l’« ouragan blanc », le « grand souffle » et la « furie d’eau douce », est une tempête dévastatrice et mortelle qui souffle pendant plusieurs jours en novembre 1913. Elle est généralement considérée comme la pire tempête à s’abattre dans la région des Grands Lacs, et cause la mort de quelque 300 personnes, le naufrage de 12 navires et la destruction d’au moins 19 autres. Elle est un exemple de la « tempête de novembre », aussi appelé la « sorcière de novembre », un phénomène météorologique unique et intense qui produit des vents d’ouragan. Si l’on tient compte du nombre total de navires perdus et du nombre total de décès, cette tempête est considérée comme l’une des pires tragédies maritimes à l’intérieur des terres dans l’histoire du Canada et des États-Unis. La tempête tue en une seule journée, sur lac Huron, l’équipage tout entier de huit navires. Les navires coulent dans tous les lacs des Grands Lacs, sauf le lac Ontario. Des sources américaines estiment que les dommages causés par la tempête dépassent 200 millions de dollars, un chiffre rajusté pour l’inflation.

Article d’actualité soulignant le nombre de décès et de navires coulés lors de la tempête des Grands Lacs de 1913.

Contexte historique

Le risque de tempêtes exceptionnellement violentes à la fin de l’automne ou au début de l’hiver sur les Grands Lacs est bien connu des peuples autochtones qui habitent la région avant la colonisation européenne. On sait que quiconque se trouve sur les lacs durant une telle tempête ne reviendra probablement jamais. Le Griffon, qui serait le premier voilier avec un équipage européen à naviguer dans le secteur supérieur des Grands Lacs, sombre en septembre 1679 après être frappé par la tempête. Une autre tempête frappant le secteur les 10 et 11 novembre 1835 provoque le naufrage, l’échouement ou le chavirement de 19 navires. La « sorcière de novembre » frappe de nouveau les 27 et 28 novembre 1905 et coule près de 30 navires et tue 35 personnes.

La sorcière de novembre

Comme les Grands Lacs sont très vastes, ils peuvent créer un grand système de basse pression qui aspire l’air d’autres régions. En règle générale, dans ce secteur, le système aspire l’air froid de l’Arctique répandu à la grandeur des Prairies. Cependant, une basse pression au-dessus des Grands Lacs peut aussi aspirer de l’air chaud en provenance du golfe du Mexique. Lorsque ces deux systèmes se rencontrent au-dessus des Grands Lacs, ils peuvent produire des vents d’ouragan. La confluence de ces facteurs atmosphériques se produit habituellement en novembre, d’où son surnom de « sorcière de novembre » ou de « tempête de novembre ». Les termes « sorcière de novembre » et « tempête de novembre » sont utilisés dans la chanson de Gordon Lightfoot intitulée « The Wreck of the Edmund Fitzgerald ». L’Edmund Fitzgerald coule en 1975 sur le lac Supérieur à cause de ce phénomène météorologique unique et extrême.

Navire lourdement endommagé.

Caractéristiques de la tempête de 1913

La première semaine de novembre 1913 est anormalement chaude pour la saison, un signe que de l’air chaud provenant du golfe du Mexique est tiré vers le nord. Les compagnies de transport maritime profitent des bonnes conditions de navigation qu’offre ce temps chaud pour mener à bon port quelques autres expéditions avant l’arrivée de l’hiver qui rend la navigation dans les Grands Lacs beaucoup plus difficile. L’air en provenance de l’Arctique est particulièrement froid et cause un blizzard extrême. Bien que les premières indications de l’arrivée d’une tempête se manifestent le matin du 6 novembre 1913, les conditions ne s’enveniment qu’au bord occidental du lac Supérieur et les prévisions ailleurs ne mettent en garde que contre de la pluie et de forts vents.

À l’époque qui précède les prévisions météorologiques à long terme, le radar météorologique, les satellites d’observation de la Terre et la modélisation prédictive par ordinateur, il est particulièrement difficile d’obtenir des renseignements météorologiques exacts. De plus, comme il n’y a pas d’Internet, de téléphones mobiles ou de communications par satellite en 1913, la diffusion de cette information importante aux navires représente un défi supplémentaire.

L’information sur la tempête et les conditions météorologiques dans les Grands Lacs est transmise par télégraphe à des postes télégraphiques côtiers qui, à leur tour, peuvent utiliser l’invention relativement récente qu’est la télégraphie sans fil pour contacter les navires. Cependant, comme cette technologie est tout à fait nouvelle, les navires ne sont pas tous équipés de radios. La plupart des messages sont relayés au moyen de drapeaux et de fanaux depuis le rivage. Les navires qui sont trop loin des côtes ne peuvent donc pas voir les messages, et la détérioration des conditions réduit encore davantage la visibilité et la réception de la transmission. Le 7 novembre 1913, le US Weather Bureau commence à lancer des avertissements de coups de vent, et lui-même est surpris de leur intensité. La tempête hivernale atteint sa plus forte intensité entre le 7 et le 10 novembre 1913. Les deux systèmes de basse pression convergent vers le lac Huron, où la majorité des navires qui s’y trouvent font naufrage. Durant la tempête des Grands Lacs de 1913, la vitesse des vents aurait dépassé 140 km/h et généré des vagues d’une hauteur de 12 mètres. Les conditions de voile blanc réduisent considérablement la visibilité tant sur les lacs que sur terre. De la glace s’accumule sur les lacs et, sur terre, elle provoque l’effondrement du réseau de lignes téléphoniques. Les chutes de neige sont considérables. On enregistre des accumulations d’un demi-mètre de neige dans les villes situées des deux côtés de la frontière canado-américaine. Les vents violents de la tempête font aussi des ravages sur la terre et rasent environ 75 % des forêts allant du nord du lac Supérieur à l’extrémité sud-est de baie Georgienne.

Carte météorologique des États-Unis montrant les courants atmosphériques.

SS James Carruthers

Le SS James Carruthers est un navire de charge naviguant dans les eaux des Grands Lacs qui coule durant la tempête et emporte avec lui toutes les personnes à bord. Il s’agit d’un des plus gros navires avalés par la tempête, et le plus grand navire canadien sur les Grands Lacs à ce moment-là. Il s’agit également d’un des navires les plus récents, ayant été mis en service moins de six mois auparavant depuis Collingwood, en Ontario. Le navire part de Fort William, Ontario (aujourd’hui, Thunder Bay), chargé de 375 000 boisseaux de blé à destination du moulin d’Ogilvie Milling à Midland, en Ontario. Il coule dans le lac Huron et 22 personnes perdent la vie dans cette tragédie. Des chasseurs d’épaves retrouvent l’épave du James Carruther gisant au fond du lac Huron en septembre 2025.

Conséquences

Bon nombre des navires perdus lors de la tempête des Grands Lacs de 1913 sont encore au fond des lacs à ce jour, et plusieurs d’entre eux ont été découverts récemment. Une zone située à proximité de Thunder Bay abriterait environ 50 épaves, dont plusieurs auraient coulé en raison de la « sorcière de novembre ». Sur les 12 navires qui coulent pendant la tempête de 1913, un seul – le SS Leafield – n’a pas encore été retrouvé. La tempête laisse des marques macabres dans son sillage, alors que les cadavres et autres restes de marins morts sont rejetés sur le rivage des Grands Lacs pendant des mois et même des années après. Dans les mois qui suivent, des débris de navires détruits s’échouent sur le rivage, en particulier sur les rives du lac Huron.

Parmi les événements les plus inhabituels liés à la tempête, mentionnons le naufrage du navire de charge Charles S. Price. Le navire chavire et flotte coque par-dessus pont pendant plusieurs jours où il devient un « navire mystère » dont on ignore tout du nom et de l’équipage. Un plongeur réussit plus tard à s’approcher suffisamment du navire pour en lire le nom. Le navire coule peu de temps après et aucun des membres de l’équipage ne survit.

Navire reposant à l’envers dans l’eau.

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