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Quartier chinois de la ville de Québec

Le quartier chinois de la ville de Québec était une enclave non officielle et un réseau de résidents, d’institutions et de commerces chinois situés dans le quartier Saint-Roch de Québec. Dans les années 1930, le quartier chinois était principalement concentré le long de la rue Saint-Vallier Est et de la côte d’Abraham. Cependant, à mesure que le quartier s’est étendu, ses limites sont devenues floues. Les autres rues notables du quartier incluaient également la rue du Pont, la rue de la Couronne et le boulevard Charest Est.

À partir des années 1970, des facteurs comme les projets de rénovation urbaine et les politiques provinciales ont contribué à la transformation du quartier. Ces facteurs ont entrainé la lente dispersion de la communauté chinoise de Saint-Roch et la disparition du quartier chinois de la ville de Québec. De nos jours, il ne reste que peu de traces physiques de l’existence de cette communauté.

Histoire

Les premiers immigrants chinois recensés à Québec arrivent dans les années 1890 et ils s’établissent le long de la côte d’Abraham. Ils ouvrent des petits restaurants et des buanderies à Saint-Roch. Durant cette période, ils doivent faire face à l’hostilité de la population locale et à la concurrence commerciale. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.)

Vers 1910, le clergé catholique de Québec entreprend un travail de missionnaire auprès de la population chinoise. Il fonde éventuellement la Mission chinoise catholique de Québec. Cette mission a une chapelle pour célébrer la messe des catholiques chinois, et elle est déplacée plusieurs fois autour de Saint-Roch.

En 1923, la Loi de l’immigration chinoise est adoptée. À cette époque, la population chinoise compte officiellement 98 personnes; cependant, la communauté chinoise estime que sa population est de 450 à 500 personnes. (Voir aussi Politiques contre l’immigration chinoise au Canada.)

Développement

La première organisation officielle formée par la communauté chinoise est la Chinese National League Association. Cette association est située au 140 de la côte d’Abraham et elle figure dans l’annuaire de la ville de 1924. Elle organise des assemblées et apporte de l’aide sociale à la population chinoise. À cette époque, la population chinoise est principalement composée de cuisiniers et de commerçants célibataires. Les journaux locaux parlent d’une « colonie chinoise » dans leurs reportages ou articles au sujet des descentes de police et des prétendues maisons de jeu.

Un bâtiment de trois étages avec une enseigne verte avec des caractères chinois et un arbre devant.

Dans les années 1940, les journaux de Québec commencent à parler d’un « quartier chinois » qui est situé entre la rue Saint-Vallier Est et la côte d’Abraham. En 1944, la Chinese National League Association déménage ses activités au 319 rue Saint-Vallier Est (maintenant le 617), un immeuble de trois étages acquis par des restaurateurs chinois. Appelé Centre chinois, l’immeuble abrite également rapidement le restaurant Canton Chop Suey House au rez-de-chaussée. Les membres de l’association habitent aux étages supérieurs.


En 1947, après la Deuxième Guerre mondiale, la Loi de l’immigration chinoise est abrogée et les politiques contre l’immigration chinoise commencent à s’assouplir. Par conséquent, la population chinoise de la ville de Québec augmente et compte alors des femmes et des enfants.

Vie communautaire et restaurants

Les restaurants chinois sont un élément essentiel de la vie quotidienne des Chinois. En fait, la majorité de la population chinoise de la ville de Québec travaille en restauration. Dans les années 1960, une vingtaine de restaurants chinois sont ouverts autour de Saint-Roch. Étant donné qu’ils ont de longues heures d’ouverture, les restaurants chinois deviennent des lieux de rencontre importants pour la communauté chinoise. Les Canadiens d’origine chinoise fréquentent d’autres restaurants pour se retrouver, pour prendre un café ou pour jouer au mahjong avec le personnel. La communauté organise également de grands rassemblements pour célébrer Noël et le Nouvel An lunaire. (Voir Cuisine chinoise au Canada.)

En 1970, la communauté inaugure officiellement un nouvel organisme nommé le Centre chinois de Québec, dans l’édifice du Centre chinois. Cet organisme est censé être la continuation de la Mission chinoise catholique (qui ferme en 1964) et de la Chinese National League Association. Le Centre est destiné aux familles chinoises et il offre des programmes récréatifs. Il offre également de l’aide sociale et financière à la population chinoise. Les programmes comprennent une école de langue chinoise, des cours de kung-fu et des cours de danse chinoise. À cette époque, la population chinoise de Québec est estimée à 700 personnes.

Déclin du quartier chinois

Des années 1970 aux années 1980, plusieurs projets de rénovation urbaine sont mis en branle à Saint-Roch. Ces projets entrainent l’expropriation de nombreux pâtés de maisons et de propriétés, ce qui a un impact considérable sur le quartier chinois et ses environs. Des projets notables comme l’autoroute Dufferin-Montmorency et la Grande place, un projet de développement commercial qui est éventuellement abandonné, affectent profondément le quartier chinois.

Les familles chinoises et les restaurants chinois situés dans ces zones d’expropriation sont forcés de quitter le quartier. Les longues périodes de démolition et de construction dans le quartier entrainent également des pertes commerciales pour les restaurants chinois. De nombreuses familles déménagent alors dans les banlieues de Québec, notamment à Charlesbourg, Sainte-Foy et L’Ancienne-Lorette. Elles y ouvrent de nouveaux restaurants et commerces.

Le Centre chinois de Québec demeure ouvert pendant les périodes de démolition. Il continue d’offrir ses programmes et son soutien à sa communauté maintenant dispersée. Cependant, le Centre tombe éventuellement en désuétude et il cesse ses activités en 1982. Bien que le bâtiment demeure la propriété de l’Association de bienfaisance chinoise de Québec, il n’offre plus de programmes sociaux et récréatifs comparables.


En 1988, le bâtiment est menacé d’expropriation pour le projet de la Grande place. Les dirigeants de la communauté chinoise s’opposent publiquement à ce projet. Ils soulignent que le bâtiment est un élément important de l’histoire des Canadiens d’origine chinoise. Bien que le bâtiment soit physiquement sauvé de l’expropriation, la communauté chinoise est déjà dispersée.

Les familles déménagent également dans d’autres villes canadiennes qui ont des communautés chinoises plus importantes, comme Toronto et Montréal. ( Voir Quartier chinois de Toronto; Quartier chinois de Montréal.) Un autre facteur contribuant à la dispersion de la population chinoise de la ville de Québec est la mise en œuvre des politiques linguistiques françaises dans les années 1970. Ces politiques exigent souvent que la langue quotidienne soit le français. Cependant, de nombreux Canadiens d’origine chinoise ne maitrisent pas aussi bien le français. Dans les années 1990, seuls deux restaurants chinois sont toujours ouverts à Saint-Roch.

Le quartier chinois aujourd’hui

De nos jours, il ne reste que peu de vestiges du quartier chinois de Québec. Le long des rues principales de l’ancien quartier chinois, de nombreux bâtiments abritant autrefois des commerces chinois et des résidents chinois sont démolis pour faire place à de nouveaux projets. D’autres bâtiments sont rénovés pour d’autres propriétaires ou ils sont réaménagés pour d’autres usages.

Le Centre chinois de Québec est toujours un immeuble résidentiel. En date de mai 2025, rien n’indique son importance historique au sein de la communauté chinoise.

Le restaurant Wok n Roll (anciennement Woo’s House Restaurant) est toujours présent en date de mai 2025. Ce restaurant, une entreprise familiale multigénérationnelle, ouvre ses portes à la fin des années 1950. Il est considéré comme le dernier vestige du quartier chinois.

En 2006, une petite portion de la rue des Prairies est renommée rue Xi’an. La ville qui porte ce nom en Chine est la ville sœur de la ville de Québec. Malgré son nom, cette rue ne fait aucune référence à la culture ou à l’histoire chinoise. À part la rue Xi’an, il ne reste plus rien dans le quartier qui permet de reconnaitre, de commémorer et de rendre hommage à l’histoire des Canadiens d’origine chinoise du quartier.