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Politiques contre l'immigration chinoise au Canada

À partir de la fin des années 1800, le Canada a adopté des politiques visant à restreindre l’immigration chinoise. La première mesure a été la « taxe d’entrée imposée aux Chinois » de 1885, qui imposait une taxe que les nouveaux immigrants devaient payer pour pouvoir entrer au pays. La Loi de l’immigration chinoise de 1923 a empêché presque tous les nouveaux immigrants chinois de venir au Canada, jusqu’à ce que le Parlement l’abroge en 1947. Malgré cette abrogation, le Canada a continué de limiter le regroupement familial des Canadiens d’origine chinoise jusqu’en 1967. En raison de ces politiques anti-chinoises, la communauté chinoise a connu de nombreuses difficultés.

Historique

Les immigrants chinois commencent à arriver au Canada au milieu des années 1800. Ils sont attirés par la ruée vers l’or du fleuve Fraser en 1858, ainsi que par d’autres ruées vers l’or sur la côte ouest de l’Amérique du Nord. Bien que presque tous échouent dans leur quête d’or, plusieurs restent au Canada, car ils peuvent y gagner un meilleur salaire qu’en Chine. Dans les années 1800 et au début des années 1900, presque tous les immigrants chinois au Canada viennent du sud de la Chine, où l’on parle le cantonais. (Voir aussi Les langues chinoises au Canada.) Cette région de la Chine est en grande partie rurale et pauvre. De plus, elle est sujette aux inondations et elle est touchée par des bouleversements politiques et de violents conflits.

Entre 1881 et 1885, plus de 15 000 ouvriers chinois viennent construire le chemin de fer du Canadien Pacifique. En Colombie-Britannique, une pénurie de main-d’œuvre rend nécessaire le recours à la main-d’œuvre chinoise pour terminer la construction du chemin de fer. La présence d’immigrants chinois alimente les craintes racistes dans tout le pays. Les politiciens croient que la présence des immigrants chinois va réduire les possibilités d’emploi pour les Canadiens blancs et qu’ils ne s’intégreront jamais à la société canadienne.

Canadian Illustrated News, 26 avril 1879

Taxe d’entrée pour les Chinois (1885–1923)

Les craintes racistes poussent le gouvernement fédéral à limiter l’immigration chinoise. En 1885, il adopte la Loi sur l’immigration chinoise (1885), communément appelée « taxe d’entrée ». Cette loi exige que chaque nouvel immigrant chinois paie une taxe de 50 $ pour entrer au Canada. Il s’agit de la première politique d’immigration de l’histoire du Canada à restreindre l’immigration sur la base de la race. La politique de la taxe d’entrée permet aux commerçants, aux étudiants, aux diplomates, aux scientifiques et aux touristes d’être exemptés de cette taxe. Un amendement à la loi fait en 1900 accorde d’autres exemptions aux membres du clergé et à leurs familles.

Le gouvernement augmente la taxe à 100 $ en 1900, et ensuite à 500 $ en 1903. Cette taxe représente une somme énorme. À l’époque, 500 $ sont l’équivalent d’environ deux ans de salaire pour un ouvrier chinois moyen qui travaille au Canada.

Malgré la taxe d’entrée, les travailleurs chinois au Canada peuvent tout de même gagner plus d’argent au Canada qu’en Chine. Des centaines de nouveaux immigrants chinois arrivent chaque année sur les côtes canadiennes. La plupart d’entre eux sont incapables de payer la taxe d’entrée d’eux-mêmes. Ainsi, les familles en Chine économisent parfois pendant des années pour envoyer l’un de leurs fils au Canada. Certains empruntent de l’argent à des marchands plus riches. Les immigrants doivent souvent travailler pendant des années pour rembourser leur prêt, tout en envoyant une importante partie de leur salaire à leur famille restée au pays pour subvenir à leurs besoins.

Un certificat en papier avec une photo d'un jeune garçon chinois.

Il n’y a que peu de femmes chinoises qui viennent au Canada. La plupart des hommes chinois ne gagnent pas assez au Canada pour payer une deuxième taxe d’entrée afin de faire venir leur femme et leurs enfants au pays. De plus, les normes culturelles patriarcales chinoises encouragent les femmes à rester dans leur village natal en Chine. Les femmes sont censées entretenir la maison familiale et perpétuer la lignée. Par conséquent, la population chinoise au Canada est une société de célibataires. Elle est principalement composée d’hommes célibataires qui n’ont pas de famille ou dont la famille est demeurée en Chine. En 1924, on ne compte que 1350 femmes adultes au sein de la communauté chinoise de 55 982 personnes au Canada.

Loi sur l’exclusion des Chinois (1923–47)

Malgré la taxe d’entrée, la population chinoise au Canada continue d’augmenter. Pour mettre fin à cette croissance, les politiciens font pression pour une exclusion totale des Chinois. En 1923, le gouvernement adopte une nouvelle loi le jour de la fête du Canada; la Loi de l’immigration chinoise (1923). Également connue sous le nom de Loi sur l’exclusion des Chinois, cette loi interdit presque toutes les formes d’immigration chinoise. Elle oblige également toutes les personnes d’origine chinoise à s’enregistrer et à porter sur elles des documents appelés « certificat C.I. » (certificat d’immigration chinoise). Ces documents servent à prouver que ces personnes sont autorisées à rester au Canada.

La communauté chinoise s’oppose fermement à cette loi. Les associations chinoises locales et de nombreux Chinois considèrent le 1er juillet comme le « jour de l’humiliation » et ils organisent des manifestations dans certaines villes. Les activistes font pression sur les politiciens pour qu’ils abrogent la loi, mais sans succès.

Le saviez-vous?
Techniquement, la loi de 1923 prévoyait des exemptions pour les commerçants, les étudiants, les diplomates et les membres du clergé, à l’instar de la taxe d’entrée. Cependant, la nouvelle loi a considérablement restreint ces exemptions. Par conséquent, selon les chiffres du gouvernement, seuls 44 nouveaux immigrants chinois ont été autorisés à entrer au Canada entre 1924 et 1947, date à laquelle le Canada a abrogé la loi.


La Loi sur l’exclusion des Chinois demeure en vigueur pendant 24 ans. Sans nouveaux immigrants et avec peu de familles chinoises en raison du déséquilibre entre les sexes dans la communauté, la population chinoise du Canada diminue. La population de la communauté passe d’environ 56 000 personnes en 1924 à 32 528 lors du recensement de 1951.

Impact sur la communauté

La vie pendant la période d’exclusion est difficile. La discrimination dans l’emploi maintient la plupart des travailleurs chinois dans des emplois peu rémunérés. Le Canada limite les possibilités pour les immigrants chinois d’obtenir leur citoyenneté. Le gouvernement rejette fréquemment leurs demandes de naturalisation.

Même les enfants nés au Canada de parents chinois sont exclus de la citoyenneté à part entière. Leur certificat C.I., qui est légalement obligatoire, leur rappelle constamment leur place dans la société canadienne avec la mention « Ce certificat ne confère aucun statut légal au Canada » clairement inscrite au bas de chaque carte.

L’exclusion des Canadiens d’origine chinoise de la citoyenneté à part entière les prive de nombreux droits. La Colombie-Britannique leur interdit de voter aux élections fédérales et provinciales, tout comme la Saskatchewan. (Voir Droit de vote au Canada.) De plus, en Colombie-Britannique, les Chinois ne peuvent pas exercer des professions mieux rémunérées comme le droit ou la médecine. Ils ne peuvent pas non plus occuper de poste à la fonction publique ni posséder de terres de la Couronne.

La discrimination ne se limite pas qu’au gouvernement fédéral et aux gouvernements provinciaux. Les villes et villages des provinces de l’Ouest canadien interdisent souvent aux Chinois de posséder des terres dans des quartiers prisés ou d’exercer dans certains domaines influents.

Changement d’attitudes

La Deuxième Guerre mondiale contribue au changement de l’attitude des Canadiens envers l’immigration chinoise. Lorsque la guerre éclate, les autorités dissuadent les Canadiens d’origine chinoise de s’enrôler dans l’armée. La question du service militaire divise la communauté chinoise canadienne. Certains d’entre eux voient la guerre comme une occasion de prouver leur loyauté envers leur pays. Toutefois, d’autres ne veulent pas se battre pour un pays qui leur refuse l’égalité de traitement chez eux.


Au fur et à mesure que la guerre se prolonge, les forces armées ont de plus en plus besoin de soldats. En 1944, le Canada renverse sa politique et se met à accepter des recrues chinoises. En 1945, lorsqu’arrive la fin de la guerre, environ 600 Canadiens d’origine chinoise ont servi dans l’armée. (Voir Les Canadiens d’origine chinoise de la Force 136.)

À leur retour au pays, de nombreux anciens combattants canadiens d’origine chinoise forment des associations d’anciens combattants afin de militer pour l’abrogation de la Loi sur l’exclusion des Chinois et pour l’égalité des droits. La couverture médiatique positive de leur service militaire contribue également à leur cause. Cela incite les syndicats, d’autres groupes d’anciens combattants et des politiciens à soutenir leur cause. De plus, le Canada et la Chine ont combattu dans le même camp durant la Deuxième Guerre mondiale. L’apaisement des tensions entre les deux pays contribue à améliorer l’image de la Chine dans les médias d’information et les médias populaires.

La réputation du Canada sur la scène internationale joue également un rôle. En 1945, le Canada vient de signer la nouvelle Charte des droits de l’homme des Nations Unies. Cependant, l’existence de la Loi de l’immigration chinoise fait en sorte que le Canada est en violation de la Charte, ce qui donne au Canada une image de pays hypocrite.

Restrictions après l’abrogation (1947–67)

En raison de ces pressions, le Canada abroge la Loi de l’immigration chinoise en 1947. L’abrogation lève l’interdiction quasi totale d’immigration chinoise. La même année, le Canada adopte la Loi sur la citoyenneté canadienne. Cette nouvelle loi permet aux résidents canadiens d’obtenir leur citoyenneté, quel que soit leur pays d’origine, ouvrant ainsi la voie à l’accès à la citoyenneté à part entière pour les Canadiens d’origine chinoise.

Cependant, l’abrogation ne signifie pas que toutes les restrictions à l’immigration chinoise sont supprimées. Les nouveaux immigrants asiatiques sont toujours soumis au décret P.C. 2115. Cette mesure n’autorise l’immigration que des conjoints et des enfants célibataires de moins de 18 ans des citoyens canadiens d’origine asiatique. Étant donné que seulement 8 % des immigrants nés en Chine ont pu obtenir leur citoyenneté en date de 1941, peu de Canadiens d’origine chinoise peuvent faire venir leur famille. Ces restrictions ne s’appliquent qu’aux immigrants asiatiques. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.)

À cette époque, la communauté chinoise est principalement composée d’hommes célibataires vieillissants dont la famille est toujours en Chine. Bien que l’abrogation de la Loi sur l’exclusion leur ait donné l’espoir de pouvoir bientôt faire venir leur famille au Canada, le maintien des restrictions déçoit un grand nombre d’entre eux. Pour pouvoir entrer dans le pays, même les familles qui répondent aux critères doivent souvent se soumettre à de longs interrogatoires stressants ainsi qu’à des examens médicaux. Parfois, les familles doivent même subir des tests sanguins pour prouver leur lien biologique. De nombreux autres candidats sont tout simplement rejetés.

Les restrictions relatives au regroupement familial ne sont levées qu’en 1967. Cette année-là, le Canada réforme sa politique d’immigration afin de supprimer les restrictions fondées sur l’origine raciale et nationale. Ces réformes ouvrent la voie à l’arrivée de nouvelles vagues d’immigrants chinois.

Legs

L’héritage de la discrimination anti-chinoise du Canada a un impact énorme sur la communauté chinoise, qui se répercute souvent sur plusieurs générations. (Voir aussi Le racisme anti-asiatique au Canada.) Les hommes célibataires vivent souvent seuls dans des maisons de chambres, séparés de leur famille restée en Chine. Pour ces familles séparées par les océans en raison de la taxe d’entrée et de la Loi sur l’exclusion des Chinois, ces politiques empêchent souvent des liens familiaux chaleureux de pouvoir se tisser. En raison de la discrimination, de nombreux Canadiens d’origine chinoise grandissent dans la pauvreté. Ces politiques durent de 1885 à 1967, soit 82 ans, et elles affectent plusieurs générations successives.