Les perce-oreilles sont des insectes de l’ordre taxonomique des dermaptères, qui signifie « aile de peau », nom qui fait référence aux ailes antérieures courtes et coriaces qui couvrent et protègent leurs grandes ailes postérieures repliées. Environ 2 000 espèces de perce-oreilles ont été décrites dans le monde, dont environ 7 sont recensées au Canada. Contrairement aux idées reçues, les perce-oreilles ne se glissent pas dans les oreilles; il n’y a aucun fondement scientifique au nom qui leur est donné. Les perce-oreilles peuvent être utiles aux jardiniers étant donné leur rôle de charognards, de détritivores et de prédateurs d’insectes nuisibles. Cependant, en grand nombre, ils peuvent devenir eux-mêmes nuisibles.

Description
Les insectes de l’ordre des dermaptères ont un corps long et quelque peu aplati, de longues antennes filiformes et un exosquelette dur et brillant de couleur brun rougeâtre à brun foncé. Les perce-oreilles sont facilement reconnaissables par leurs cerques en forme de pince situés à l’extrémité de leur abdomen, qui servent à la parade nuptiale et à la capture des proies et font office de moyen de défense. C’est commun à l’ensemble des espèces de perce-oreilles, les mâles ayant généralement des cerques plus grands, plus lourds et plus fortement incurvés tandis que les femelles ont tendance à avoir des cerques plus petits et plus droits.
De nombreuses espèces de perce-oreilles peuvent voler même si on ne les voit pas souvent dans les airs. Ils préfèrent plutôt se déplacer en courant. Plusieurs espèces sont totalement dépourvues d’ailes. Lorsqu’elles en ont, les grandes ailes postérieures, membraneuses, se replient en éventail sous les ailes antérieures, courtes et coriaces. Les ailes postérieures sont en demi-cercle et plissées et, lorsqu’elles sont dépliées, peuvent atteindre 10 à 15 fois leur taille pliée.
Au Canada, la longueur du corps de l’adulte varie de 4 à 30 mm environ : le forficule mineur (Labia minor) mesure de 4 à 7 mm tandis que le forficule maritime (Anisolabis maritima) mesure de 15 à 30 mm. La plus grande espèce connue au monde était probablement le perce-oreille géant de Sainte-Hélène, Labidura herculeana, aujourd’hui disparu, qui atteignait jusqu’à 80 mm.

Distribution et habitat
Les perce-oreilles sont présents sur tous les continents sauf l’Antarctique; leur diversité est plus importante dans les régions chaudes et humides, en particulier dans l’hémisphère sud. Au Canada, on les trouve principalement dans les régions côtières et dans la partie méridionale du continent, où le climat plus doux leur offre abri et humidité.
Le Canada ne compte qu’un seul perce-oreille indigène, le forficule à queue pointue (Doru aculeatum), observable dans les marais et les zones humides du sud de l’Ontario. Le perce-oreille le plus fréquemment rencontré au Canada est le perce-oreille européen, introduit d’Europe au début du 20e siècle. Le perce-oreille européen était autrefois considéré comme une seule espèce, Forficula auricularia, mais il est désormais reconnu comme un complexe composé d’au moins quatre espèces. Au Canada, on trouve deux espèces cryptiques, F. auricularia et F. dentata. Bien que ces espèces ne se reproduisent pas entre elles, elles se ressemblent au point où seuls des tests d’ADN permettent généralement de les différencier.
Les perce-oreilles sont principalement nocturnes et se cachent pendant la journée dans des espaces humides et étroits, par exemple sous les écorces, les pierres, les troncs d’arbre, les débris et les feuilles mortes. Ils occupent une diversité d’habitats, des jardins et des champs agricoles aux forêts et aux zones urbaines.
Reproduction et développement
Les perce-oreilles sont des insectes hémimétaboles, c’est-à-dire que les œufs éclosent en nymphes qui ressemblent à de petites versions des adultes, dépourvues d’ailes. Les nymphes ont de quatre à six mues avant d’aboutir à la forme adulte. Dans les régions tempérées, ils ont un cycle d’environ un an, mais certaines espèces peuvent produire plus d’une génération par année.
Au Canada, l’accouplement a généralement lieu à la fin de l’été ou en automne. Chez de nombreuses espèces, pour séduire la femelle, le mâle touche, saisit ou positionne la femelle avec ses cerques avant l’accouplement. Les femelles hivernent avec des œufs fécondés avant de les pondre à la fin de l’hiver ou au printemps. Selon l’espèce, la femelle peut produire de 20 à 90 œufs dans un nid souterrain ou un terrier. Les perce-oreilles femelles prennent grand soin de leur progéniture : elles s’occupent activement des œufs, les gardent au chaud, les protègent des prédateurs et les nettoient. Des études montrent que le nettoyage et la protection chimique contribuent à prévenir les infections fongiques sur les œufs. La mère reste avec ses petits pendant un certain temps, même après l’éclosion, et s’occupe d’eux jusqu’à ce qu’ils se dispersent.

Alimentation et prédateurs
La plupart des perce-oreilles sont omnivores et se nourrissent de matières organiques en décomposition, de champignons et parfois de tissus végétaux vivants. Beaucoup sont des prédateurs opportunistes qui chassent les pucerons, mites, œufs d’insectes et autres proies à corps mou, y compris les œufs et les jeunes d’autres perce-oreilles.
Les perce-oreilles sont la proie de nombreux animaux, notamment les amphibiens, les oiseaux, les petits mammifères, les araignées et les insectes prédateurs. Lorsqu’elles sentent un danger, certaines espèces libèrent un liquide défensif très odorant et peuvent pincer avec leurs cerques.
Importance culturelle
Le nom perce-oreille provient d’un vieux mythe européen selon lequel ces insectes se glissent dans les oreilles la nuit. Il n’y a aucun fondement scientifique à cet effet : les perce-oreilles n’ont aucun intérêt envers les oreilles.
Les perce-oreilles ont de plus inspiré des percées technologiques. Les recherches modernes sur leurs ailes postérieures qui se replient avec une telle grâce ont montré aux ingénieurs des façons de concevoir des structures compactes et déployables pour les outils et engins spatiaux.
Importance écologique
Dans les jardins et les vergers, en petit nombre ou en nombre modéré, les perce-oreilles ont des effets bénéfiques tels que l’accélération de la décomposition et l’élimination d’insectes nuisibles (pucerons, psylle du poirier). Les jardiniers devraient tolérer certains perce-oreilles étant donné leurs avantages. Toutefois, dans de rares cas, quand ils sont en grande quantité, ils peuvent endommager les cultures et les plantes ornementales, et on ignore les conséquences qu’ils peuvent avoir sur les écosystèmes nord-américains étant donné qu’ils ne sont pas indigènes.
Conservation
Aucune espèce de perce-oreilles n’est actuellement considérée comme menacée au Canada et ne jouit d’une protection juridique. Cependant, quelques espèces ailleurs dans le monde ont connu un déclin important. Le perce-oreille géant de Sainte-Hélène, par exemple, a été déclaré éteint en 2014, notamment à cause de l’enlèvement des pierres de surface de son habitat et de l’introduction de prédateurs non indigènes.