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Pollinisateurs au Canada

Les pollinisateurs sont des animaux qui déplacent le pollen entre les fleurs, ce qui permet aux plantes d’échanger des informations génétiques pour produire des graines et des fruits. Les écosystèmes et les systèmes agricoles du Canada en dépendent. Le Canada abrite des milliers d’espèces de pollinisateurs, dont l’abeille, la guêpe, le papillon diurne, le papillon nocturne, la mouche, le coléoptère et des oiseaux comme le colibri. Les pollinisateurs sont essentiels à la fois pour leurs services agricoles et écologiques, ainsi que pour des cultures comme celles de la pomme, du bleuet, du canola, de la luzerne, de la courge et du melon. La pollinisation par l’abeille domestique représente une valeur évaluée à environ 3,18 milliards de dollars en 2021 au Canada seulement. Dans les écosystèmes sauvages comme les forêts, les prairies et les terres humides, les pollinisateurs facilitent la reproduction des plantes indigènes, ce qui est essentiel au maintien de la biodiversité et des réseaux trophiques.

Grand sphex doré sur une fleur.

Types de pollinisateurs au Canada

Abeilles

Les abeilles comptent parmi les pollinisateurs les mieux connus au Canada. On recense environ 900 espèces d’abeilles indigènes, dont des abeilles sociales comme les bourdons et des abeilles solitaires comme les osmies, les mégachiles et les andrènes. Les abeilles domestiques, pour leur part, ne sont pas indigènes au Canada. Il s’agit d’une espèce domestiquée qui a été introduite d’Europe et d’Afrique et qui est gérée par des apiculteurs.

Les abeilles sont particulièrement douées pour la pollinisation parce que beaucoup d’entre elles sont des spécialistes du pollen et dépendent exclusivement du nectar et du pollen comme source de nourriture. Elles doivent donc visiter un grand nombre de fleurs au cours d’une journée donnée. Les abeilles présentent également des caractéristiques spéciales leur permettant de collecter et de transporter le pollen, comme des « corbeilles à pollen » situées sur les pattes arrière, et des poils ramifiés sur le corps qui permettent une meilleure adhérence aux grains de pollen. Les abeilles sociales ont tendance à être des généralistes des fleurs tandis que les abeilles solitaires sont souvent des spécialistes des fleurs qui ne visitent que quelques espèces de plantes. Par exemple, l’abeille pruinée à courge (Peponapis pruinosa) dépend des fleurs de la famille des courges et du concombre et est essentielle à leur pollinisation.

Guêpes

Bien qu’elles soient souvent oubliées en tant que pollinisateurs, les guêpes sont connues pour être d’excellents pollinisateurs d’une grande variété d’espèces et même ont évolué conjointement pour polliniser des plantes particulières. À l’instar des abeilles, de nombreuses guêpes visitent des fleurs pour se nourrir de nectar et transfèrent ainsi par inadvertance du pollen. Une étude publiée par la Royal Entomological Society va même jusqu’à dire que certaines guêpes peuvent être des pollinisateurs aussi efficaces que les abeilles pour ce qui est du transfert de pollen.

Guêpe de l’est (Vespula maculifrons)

Mouches

Les mouches, en particulier les syrphes, sont d’abondants pollinisateurs au Canada et certaines espèces rivalisent avec les abeilles sur le plan de l’efficacité. Elles sont particulièrement importantes au début du printemps, car elles comptent parmi les premiers insectes à émerger. Les mouches sont également cruciales dans des milieux où la présence d’abeilles peut être plus rare, comme dans les milieux alpins et arctiques, où même les moustiques contribuent à la pollinisation. Environ 39 % de la pollinisation des cultures est attribuable à des insectes autres que les abeilles, principalement des mouches.

Espèces de syrphes

Papillons diurnes et nocturnes

Les papillons diurnes et les papillons nocturnes jouent un rôle clé dans la pollinisation, car ils se nourrissent du nectar des fleurs et collectent et répandent incidemment le pollen. Le Canada abrite environ 5 000 espèces de papillons de nuit, qui sont d’excellents pollinisateurs particulièrement importants pour les fleurs dont la floraison est nocturne.

Conservation du monarque

Oiseaux

Les colibris se nourrissent de nectar en volant en sustentation au-dessus des fleurs tubulaires (comme les ancolies et les penstémons). Durant ce processus, le pollen adhère à la tête et au bec et est transféré à la fleur suivante. Certaines plantes ont évolué précisément pour attirer les colibris en vue de la pollinisation. En plus du colibri, d’autres oiseaux contribuent également à la pollinisation, particulièrement à celle d’arbres. Même les oiseaux qui ne visitent pas les fleurs pour trouver du nectar, comme ceux qui chassent les insectes attirés par les fleurs, peuvent contribuer à répandre le pollen.

Colibri à gorge rubis

Le saviez-vous?
Les chauves-souris sont également d’importants pollinisateurs dans de nombreuses régions du monde. En fait, certaines variétés de mangue, de banane, de durian, de goyave et d’agave dépendent des chauves-souris pour la pollinisation. Au Canada, cependant, les chauves-souris sont insectivores et ne visitent pas les fleurs.


Importance écologique et agricole

Agriculture

Les pollinisateurs font partie intégrante de l’agriculture canadienne et améliorent le rendement et la qualité des cultures. Le Canada est un chef de file mondial des cultures qui dépendent des pollinisateurs, comme la culture de canola et la culture de bleuets. La pollinisation améliore la production de fruits et de graines dans le cas des pommes, des cerises, des baies de culture, de la courge, des concombres et de nombreux légumes. Par exemple, en 2021, on a estimé que la valeur de la contribution des abeilles domestiques aux secteurs de la récolte de pommes et de la production de bleuets au Canada était d’environ 218 millions de dollars et de 280 millions de dollars, respectivement. Les agriculteurs louent souvent des ruches d’abeilles domestiques pour assurer une pollinisation efficace.

Les pollinisateurs sauvages jouent également un rôle important dans la production agricole. Une étude a révélé qu’environ 61 % de la pollinisation des cultures provenait d’insectes pollinisateurs indigènes.

Colonie d’abeilles.

Biodiversité

Les pollinisateurs contribuent non seulement à la biodiversité, mais ils soutiennent également les écosystèmes sauvages du Canada en aidant les plantes à fleurs indigènes à se reproduire. Ces plantes, à leur tour, fournissent nourriture et abri à de nombreuses espèces d’animaux sauvages. Ce réseau d’interactions soutient la biodiversité et aide à maintenir des populations végétales en bonne santé et génétiquement diversifiées, ce qui améliore la résilience face à des stress environnementaux comme les changements climatiques.

Moustique sur feuille.

Menaces pour les pollinisateurs au Canada

Les pollinisateurs sont confrontés à de nombreuses menaces, aussi bien au Canada qu’ailleurs dans le monde.

L’une des principales menaces qui pèsent sur les populations de pollinisateurs au Canada est l’utilisation des pesticides. Bien que les pesticides visent à cibler les ravageurs nuisibles qui endommagent les cultures, ils peuvent aussi nuire à des espèces bénéfiques, dont les pollinisateurs.

Les activités humaines qui modifient l’environnement présentent également des risques importants pour les pollinisateurs. Le défrichage des habitats naturels pour les besoins de l’agriculture, de la foresterie, de la construction de routes et de l’aménagement urbain élimine des espaces essentiels où les pollinisateurs peuvent vivre et se nourrir. Le Canada perd des dizaines de milliers d’hectares de prairies et d’autres terres sauvages chaque année, dont environ 60 000 hectares de prairies herbeuses. La fragmentation de l’habitat compromet davantage la capacité des pollinisateurs à se déplacer d’un lieu à un autre, ce qui limite leur accès à une variété de ressources.

Les changements climatiques entraînent déjà des répercussions sur les populations de pollinisateurs au Canada. On s’attend à ce que l’élévation des températures et l’évolution des régimes de précipitations perturbent la coïncidence entre la période d’activité des pollinisateurs et la période d’éclosion des plantes qu’ils pollinisent. Par exemple, certaines plantes peuvent fleurir plus tôt que d’habitude et si les pollinisateurs ne sont pas actifs durant cette période, il n’y aura pas de pollinisation. Par conséquent, de nombreuses espèces de plantes et de pollinisateurs pourraient avoir du mal à s’adapter à ces changements.

Conservation

Les efforts de conservation visant à soutenir des populations saines de pollinisateurs s’appuient sur la protection généralisée des habitats, des lois et l’action individuelle. Voici des exemples d’actions individuelles qui peuvent aider les pollinisateurs :

  • Planter une variété de fleurs indigènes dans les jardins et autres espaces extérieurs.
  • Aménager des habitats de nidification comme des parcelles de sol nu, des grumes, des pierres ou des faisceaux de tiges creuses.
  • Éviter ou réduire l’utilisation de pesticides.
  • Laisser pousser les fleurs en sautant la fauche occasionnelle et en laissant des parcelles de trèfle, de pissenlits et d’autres fleurs sur les pelouses.
  • Laisser au sol les feuilles tombées et les tiges de fleurs mortes à l’automne pour offrir aux pollinisateurs un endroit sûr où hiverner.