Alphonsine-Thérèse-Bernardine-Julie de Montgenêt, baronne de Fortisson, comtesse de Montgenêt (née le 30 septembre 1760 à Besançon en France; décédée le 8 août 1830 à Paris en France). Plus connue sous le nom de Julie Saint-Laurent, Julie de Montgenêt était la compagne de longue date du prince Édouard, duc de Kent et Strathearn, quatrième fils du roi George III et père de la reine Victoria. Elle l’a accompagné au Québec et en Nouvelle-Écosse dans les années 1790.

Jeunesse et relations
Julie Saint-Laurent est la fille de Jean-Claude Montgenêt, ingénieur civil, et de Jeanne-Claude « Claudine » Pussot. Dans sa vingtaine, elle devient la maitresse du baron de Fortisson, et prend plus tard le titre de baronne. En 1786, Julie Saint-Laurent est alors la maitresse de Philippe Claude Auguste de Chouly, marquis de Permangle. Cependant, après la Révolution française, ce dernier n’est plus en mesure de subvenir à ses besoins financiers.
Prince Édouard, duc de Kent et Strathearn
En 1790, Julie Saint-Laurent fait la connaissance d’un des domestiques du prince Édouard à Marseille. Ce dernier a pour mission de trouver « une jeune femme pour être ma compagne et maitresse de maison » durant l’affectation militaire du prince à Gibraltar. Comme le prince Édouard l’écrit à son frère, le futur roi George IV : « Il y a une condition essentielle pour rendre heureuse la vie d’un jeune soldat dans un lieu aussi solitaire, et je parle d’une compagne pour mes loisirs. »
Julie Saint-Laurent rejoint le prince Édouard à Gibraltar en novembre 1790. Leur relation est un succès, et il lui propose de l’accompagner à sa prochaine affectation à Québec. Le colonel Richard Symes, qui désapprouve le projet du prince Édouard, offre un pot-de-vin à Julie Saint-Laurent pour qu’elle quitte le prince, mais elle refuse.
Québec
Durant l’été 1791, Julie Saint-Laurent accompagne le prince Édouard à Québec, où il est colonel du 7th Regiment of Foot (Royal Fusiliers). Ils arrivent à Québec le 11 août et séjournent à la résidence du duc de Kent à la ville de Québec et à Kent House à la chute Montmorency entre 1791 et 1793.
Bien que le prince Édouard et Julie Saint-Laurent ne se marient jamais, elle joue le rôle d’hôtesse de maison au Canada et elle l’accompagne lors d’événements sociaux. Il écrit plus tard à son frère, le prince Frédéric, duc d’York, qu’elle « préside à ma table, m’accompagne partout, et j’ai pour règle de n’accepter aucune invitation en présence de dames sans qu’elle y soit invitée ». Le couple mène une vie sociale animée à Québec. Parmi leurs amis les plus proches figure le couple Ignace-Michel-Louis-Antoine et Françoise-Catherine d’Irumberry de Salaberry. En 1792, le prince Édouard et Julie Saint-Laurent deviennent les parrains de leur plus jeune fils, Édouard-Alphonse.
En janvier 1794, le prince Édouard est stationné en Martinique dans les Caraïbes, tandis que Julie Saint-Laurent navigue vers l’Angleterre via New York et Halifax. La présence de sa « lavandière » à New York fait l’objet d’une couverture médiatique satirique dans la presse américaine.
Nouvelle-Écosse
Le 10 mai 1794, le prince Édouard arrive à Halifax en tant que commandant des forces britanniques en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. En août 1794, Julie Saint-Laurent le rejoint, naviguant en provenance d’Angleterre à bord du Westmorland. Sir John Wentworth, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, et son épouse, Lady Frances Wentworth, offrent au prince Édouard et à Julie Saint-Laurent une suite d’appartements à la Government House, ainsi que l’usage d’une maison de campagne qui surplombe le bassin de Bedford, et qui devient connue sous le nom de « Prince's Lodge ».
Sir John Wentworth écrit à John King, sous-secrétaire d’État britannique, pour lui dire que Julie Saint-Laurent est « une femme élégante, bien élevée, charmante et sensée, bien au-delà de la plupart. Durant son séjour ici, son comportement a été judicieux et d’une justesse irréprochable. Je constate qu’elle exerce une grande influence sur le prince Édouard et qu’il lui est extrêmement attaché. Il est heureux qu’elle soit de si excellent caractère ». Sir John Wentworth attribue à Julie Saint-Laurent le mérite d’avoir géré les finances du prince, qui étaient auparavant en désordre complet. Elle a également réduit les dépenses du ménage en cousant elle-même tous ses vêtements. À Halifax, le prince Édouard et Julie Saint-Laurent vont souvent au théâtre et à l’opéra. Des poèmes louant la beauté de « madame St-L------ » sont publiés dans le Weekly Chronicle de Halifax.
En octobre 1798, le prince Édouard et Julie Saint-Laurent retournent en Angleterre, où il est soigné pour une blessure à la jambe. Le prince achète également une maison à Londres pour Julie Saint-Laurent et il crée un fonds pour assurer sa sécurité financière. Après leur retour à Halifax en septembre 1799, le prince Édouard (alors commandant des forces en Amérique du Nord britannique) et Julie Saint-Laurent reçoivent les premiers visiteurs royaux français sur le territoire de ce qui est maintenant le Canada; soit le futur roi Louis-Philippe Ier de France (1773-1850) et ses deux frères, qui fuient les guerres de la Révolution française. Louis-Philippe et Julie Saint-Laurent demeurent de bons amis jusqu’à la fin de sa vie.
Retour en Grande-Bretagne
Le prince Édouard (maintenant duc de Kent et Strathearn) et Julie Saint-Laurent rentrent au Royaume-Uni en 1800, et ils s’installent à Castle Hill Lodge à Ealing et dans les appartements du prince au palais de Kensington à Londres. Ils résident également à Gibraltar en 1802-1803, lorsque le prince Édouard y exerce les fonctions de gouverneur. Leurs visiteurs en Grande-Bretagne incluent leur filleul Édouard-Alphonse de Salaberry et ses trois frères.
Contrairement à en Amérique du Nord britannique, la relation du prince Édouard et de Julie Saint-Laurent est critiquée au Royaume-Uni. Comme l’écrit Frederick à son frère d’Édouard : « Tu n’as pas idée à quel point le monde parle de la manière dont tu t’affiches partout en public accompagné de [Saint-Laurent]. Je sais parfaitement que cela se fait à l’étranger, mais tu peux être sûr que cela est impensable au Royaume-Uni. »

Séparation
Le prince Édouard et Julie Saint-Laurent s’installent à Bruxelles en 1816 afin de réduire leurs dépenses. Ils se séparent en mars 1818. Le prince retourne en Grande-Bretagne pour épouser la princesse Victoria de Saxe-Cobourg-Saalfeld le 11 juillet 1818, et celle-ci déménage à Paris avec sa sœur, Jeanne-Béatrix de Jansac. Le prince Édouard accorde une rente à Julie Saint-Laurent, et le roi Louis XVIII de France lui confère le titre de comtesse de Montgenêt. Lorsque le prince Édouard meurt d’une pneumonie en 1820, neuf mois après la naissance de sa fille la future reine Victoria, sa veuve envoie à Julie Saint-Laurent un message de condoléances personnel. Julie Saint-Laurent meurt en 1830 et elle est enterrée auprès de sa sœur au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Legs
De nombreuses familles canadiennes revendiquent le fait qu’elles sont descendantes du prince Édouard et de Julie Saint-Laurent, bien qu’aucun document ne prouve que le couple ait eu des enfants. À Halifax, le Julie’s Pond, dans le parc Hemlock Ravine, et la rue Saint-Laurent, à proximité, sont nommés en son honneur.