La première Action de grâce annuelle officielle au Canada a été célébrée le 6 novembre 1879. Toutefois, les peuples autochtones au Canada célébraient la récolte d’automne bien longtemps avant l’arrivée des colons européens. Sir Martin Frobisher et son équipage sont considérés comme étant les premiers Européens à avoir organisé une célébration de l’Action de grâce en Amérique du Nord, en 1578. Ils ont ensuite été imités par les habitants de la Nouvelle-France sous la gouverne de Samuel de Champlain en 1606. Le festin composé de dinde, de courges et de citrouilles qui est typique de l’Amérique du Nord a été introduit en Nouvelle-Écosse dans les années 1750. Les loyalistes qui ont immigré au Canada ont continué cette pratique du souper annuel de l’Action de grâce. Cette tradition est devenue une pratique courante à travers le Canada dans les années 1870. En 1957, l’Action de grâce a été proclamée événement annuel qui devait avoir lieu le deuxième lundi du mois d’octobre. L’Action de grâce est un jour férié officiel partout au Canada, sauf à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Origine et histoire de l’Action de grâce au Canada
Les peuples autochtones d’Amérique du Nord ont pour coutume d’organiser des festins communautaires pour célébrer les récoltes d’automne, une tradition qui précède l’arrivée des colons européens. Le Smithsonian Institute note que certaines Premières Nations « cherchent à s’assurer de bonnes récoltes avec des danses et des rituels ». Les colons européens importent avec eux une tradition semblable qui dérive des sociétés paysannes. Le symbole commun de ces célébrations des récoltes est la corne d’abondance.
Le premier jour de l’Action de grâce fêté par les Européens en Amérique du Nord est célébré par sir Martin Frobisher et son équipage dans l’est de l’Arctique en 1578. Ils mangent un repas composé de bœuf salé, de galettes et de purée de pois pour célébrer et rendre grâce pour leur arrivée en toute sécurité dans ce qui est maintenant le Nunavut. Ils célèbrent la communion et expriment officiellement leurs remerciements par l’intermédiaire de l’aumônier du navire, Robert Wolfall. Selon l’explorateur Richard Collinson, Robert Wolfall leur fait un « sermon pieux, et il les incite à rendre grâce à Dieu tout particulièrement pour leur étrange et miraculeux succès dans ces lieux si dangereux ».
En Nouvelle-France durant l’hiver de 1604-1605, une épidémie de scorbut décime la colonie de l’île Sainte-Croix. Afin d’éviter que cela ne se reproduise, Samuel de Champlain instaure une série de fêtes mobiles (à des dates différentes) à Port-Royal qui sont appelées Ordre de Bon Temps. Les familles mi’kmaq sont également invitées à y participer. La première fête a lieu le 14 novembre 1606 pour célébrer le retour de Jean de Biencourt de Poutrincourt d’une expédition. Après avoir assisté aux festivités, Marc Lescarbot observe qu’elles consistent en « un festin, des tirs de mousquet et autant de bruit que peuvent le faire une cinquantaine d’hommes accompagnés de quelques Indiens, dont les familles servaient de spectateurs ».

Cette fête a lieu 17 ans avant ce qui est souvent considéré comme le premier « Thanksgiving » américain, soit la célébration par les Pèlerins de leurs premières récoltes au Massachusetts en 1621. (Plusieurs événements semblables ont également lieu dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre au moins 14 ans auparavant.)
Le festin de l’Action de grâce typique comprend de la dinde typiquement nord-américaine, ainsi que de la courge et de la citrouille, qui sont introduites en Nouvelle-Écosse dans les années 1750. En 1763, les citoyens de Halifax commémorent la fin de la guerre de Sept Ans avec le jour de l’Action de grâce. Les loyalistes qui fuient au Canada durant la Révolution américaine importent leur célébration de la Thanksgiving avec eux dans d’autres régions du pays.
Quand et pourquoi l’Action de grâce est-elle célébrée au Canada?
Le premier jour national de l’Action de grâce est officiellement célébré dans la Province du Canada en 1859. Elle est organisée à la demande des dirigeants du clergé protestant. Ils s’approprient le Thanksgiving américain qui est célébré officiellement aux États-Unis pour la première fois en 1777. Cette fête y est établie comme jour national des « prières et remerciements publics » en 1789. Elle devient un jour férié national en 1863.
Au Canada, cette fête est destinée à la reconnaissance « publique et solennelle » de la miséricorde de Dieu. Comme le fait remarquer l’historien Peter Stevens, certains citoyens « s’opposent à cette exigence du gouvernement, affirmant qu’elle brouille la distinction entre l’Église et l’État, qui est si importante pour de nombreux Canadiens ».
Le premier jour de l’Action de grâce suite à la Confédération a lieu le 5 avril 1872. Ce jour est considéré comme une fête civique nationale plutôt qu’une fête religieuse, et il célèbre le rétablissement de la santé du prince de Galles (qui devient plus tard le roi Édouard VII).

L’Action de grâce est d’abord un événement annuel au Canada à partir du 6 novembre 1879. La date de cette célébration durant les années suivantes est déterminée par le Parlement. Celui-ci choisit également un thème commun pour exprimer la gratitude. Ce thème concerne généralement les récoltes, mais les célébrations liées à la monarchie britannique sont également très courantes. La fête a parfois lieu aussi tard que le 6 décembre et elle coïncide même plusieurs fois avec le Thanksgiving américain. La date la plus populaire est le troisième lundi d’octobre, lorsque la température automnale est encore propice aux activités extérieures.
À partir de 1921, l’Action de grâce et le jour de l’Armistice (institué en 1919) sont célébrés la même journée, soit le premier lundi de la semaine du 11 novembre. Afin de rendre davantage hommage aux anciens combattants, le 11 novembre est nommé jour du Souvenir en 1931. L’Action de grâce est à nouveau proclamée annuellement et est généralement célébrée le deuxième lundi du mois d’octobre. Ce n’est que le 31 janvier 1957 que le Parlement décrète officiellement le deuxième lundi du mois d’octobre « le jour où l’on rend grâce à Dieu Tout-Puissant pour les récoltes abondantes dont le Canada a été béni ». E. C. Drury, ancien fermier-premier ministre de l’Ontario, déplore plus tard que « la fête des fermiers a été volée par les villes » afin d’avoir une longue fin de semaine lorsque le temps est clément.
Différences entre provinces
L’Action de grâce est un jour férié officiel dans toutes les provinces et tous les territoires à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. La fête est nommée « Action de grâce » au Québec, et « Thanksgiving » dans tout le reste du Canada, et elle est peu moins célébrée au Québec. Étant donné les origines protestantes de cette fête et ses fortes associations au nationalisme britannique, elle a tendance à rebuter les Canadiens français catholiques.
Les principales différences entre les autres provinces concernent généralement le choix des plats typiquement servis au repas. À Terre-Neuve, le souper Jiggs (un ragoût de viande salée d’origine irlandaise) est souvent préféré au lieu de la dinde, le gratin dauphinois est choisi au lieu des pommes de terre pilées, et la sauce aux canneberges remplace la sauce brune. Dans l’Ouest canadien, le jambon est parfois servi avec ou à la place de la dinde, et les choux de Bruxelles sont un accompagnement populaire. De nombreux groupes ethniques ajoutent souvent certains de leurs propres plats traditionnels. Par exemple, les pierogis et les rouleaux au chou sont des incontournables de l’Action de grâce pour de nombreux Canadiens d’origine ukrainienne. Les Autochtones, dont certains considèrent l’Action de grâce comme une célébration des aliments autochtones (dinde, courge, maïs, canneberges, etc.) d’avant la colonisation, servent généralement aussi du bannock en accompagnement.
Les véritables différences régionales concernant l’Action de grâce au Canada sont souvent autour des desserts. La tarte à la citrouille demeure un incontournable dans la plupart des régions du pays, mais les Québécois et les habitants des provinces atlantiques préfèrent la tarte aux pommes ou le crumble aux pommes. La tarte de choix est souvent accompagnée d’autres desserts différents selon les régions. Les Ontariens adorent leurs tartes et tartelettes au beurre, tandis que les habitants de l’Ouest préfèrent les barres Nanaimo.
Débat au sujet de la première Action de grâce
Certains soutiennent que la cérémonie célébrée par sir Martin Frobisher n’était pas une véritable Action de grâce. Les arguments reposent sur la raison pour laquelle les remerciements sont faits, à savoir que cette fête ne peut être associée qu’à la célébration de récoltes. Les Européens qui ont importé la tradition en Amérique du Nord marquent effectivement cette journée en rendant grâce pour les récoltes fructueuses. Toutefois, les fêtes canadiennes et américaines ne se limitent plus aux activités liées aux récoltes. L’Action de grâce est devenue un jour où la famille se réunit pour célébrer leur bien-être général. En ce sens, on pourrait dire que la boucle de la tradition est bouclée.
(Voir aussi Le premier Jour d’Action de grâce en Amérique du Nord.)