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Indian Film Crew

L’Indian Film Crew (IFC) a été la première équipe de production entièrement autochtone de l’Office national du film du Canada. Active de 1968 à 1970, elle avait pour mandat de raconter l’histoire du Canada du point de vue des peuples autochtones, afin d’éduquer un large public canadien et international.

Origines

L’Indian Film Crew (IFC) est une initiative de l’Office national du film du Canada (ONF). Créé en 1939 par une loi du Parlement, l’ONF a pour mandat de « produire et [de] distribuer des films destinés à faire connaître et comprendre le Canada aux Canadiens et aux autres nations, et [de] promouvoir la production et la distribution de tels films ».

Dans les années 1960, la population s’inquiète des conditions de vie dans les collectivités autochtones du Canada. Le Bureau du Conseil privé, qui appuie l’élaboration et la mise en œuvre des programmes stratégiques et législatifs du gouvernement du Canada, demande à l’ONF de réaliser un documentaire sur la pauvreté. En 1967, un comité interministériel composé de membres du gouvernement fédéral et de l’ONF est alors mis sur pied. Ce comité lance à l’ONF un nouveau programme cinématographique afin de donner aux personnes marginalisées l’occasion de s’exprimer par le biais du cinéma. Le programme « Challenge for Change (CFC) », et son équivalent « Société nouvelle » en français, visent à susciter un changement social. De 1967 à 1980, plus de 200 films sont réalisés en français et en anglais dans le cadre de ce programme.

Challenge for Change (Société nouvelle)

Au départ, les peuples autochtones ne participent pas aux productions cinématographiques de l’Office national du film du Canada, qui mettent en scène des histoires d’assimilation idéalisées et trompeuses. Dans les années 1960, les cinéastes de l’ONF ont la nette impression que trop de films « sur » les Indiens sont entièrement réalisés du point de vue des Blancs. Quel éclairage différent les Indiens apporteraient-ils s’ils commençaient à tourner leurs propres films?

En 1968, George Stoney, alors producteur exécutif de CFC, crée l’Indian Film Crew (IFC). Le projet est financé par le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien de l’époque et la Compagnie des jeunes Canadiens. Cette dernière est un organisme bénévole de courte durée du gouvernement canadien dont le mandat consiste à encourager le développement social, économique et communautaire (voir aussi Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord).

Indian Film Crew

Willie Dunn et Duke Redbird
Willie Dunn était l’un des membres de la Indian Film Crew de l’Office national du film. Il a réalisé le film The Ballad of Crowfoot, qui était le premier film de l’Office national du film à être réalisé par un Autochtone. Duke Redbird est un chef autochtone et il a participé au documentaire The Other Side of the Ledger: An Indian View of the Hudson’s Bay Company, réalisé par Willie Dunn et Martin Defalco.
(Photo par Reg Innell/Toronto Star via Getty Images)


Grâce au programme Challenge for Change (CFC), des bénévoles autochtones de la Memorial University of Newfoundland se rendent à Montréal pour suivre une formation de six semaines au siège social de l’Office national du film du Canada (ONF). Selon les participants, c’est la première fois qu’un gouvernement tient compte de leur point de vue.

Les sept membres de l’Indian Film Crew (IFC) viennent de différents peuples autochtones du Canada. Il s’agit de Barbara Wilson (haïda), Roy Daniels (ojibwé), Tom O’Connor (anishinaabé), Noel Starblanket (cri), Morris Isaac (micmac), Willie Dunn (micmac/écossais) et Michael Kanentakeron Mitchell (mohawk).

Michael Kanentakeron Mitchell
Michael Kanentakeron Mitchell a fait partie de l’Indian Film Crew. Il a réalisé Vous êtes en terre indienne (You Are on Indian Land) et a participé à la manifestation dont traite le film.
(Norman James/Toronto Star via Getty Images)


The Ballad of Crowfoot (1968)

Le premier film produit par l’IFC, The Ballad of Crowfoot, est écrit et réalisé par Willie Dunn, un chanteur de folk d’origine micmaque et écossaise. Il marque l’histoire en tant que premier réalisateur autochtone à travailler à l’ONF. Son film raconte l’histoire d’Isapo-muxika (Crowfoot), un chef siksika du 19e siècle qui participe aux négociations du Traité n° 7 avec le gouvernement du Canada, et qui réussit à préserver son peuple de la Résistance du Nord-Ouest de 1885. Parfois considéré comme le premier vidéoclip canadien, The Ballad of Crowfoot aborde la pauvreté vécue par les peuples autochtones à l’époque.

The Ballad of Crowfoot, Willie Dunn, offert par l' Office national du film du Canada

Travelling College (1968)

Le film Travelling College vise à faire connaître aux peuples autochtones d’Amérique du Nord l’importance du Native North American Travelling College (NNATC). Fondé en 1969 par les Mohawks of Akwesasne, le collège est d’abord une fourgonnette qui se rend dans les collectivités autochtones. Son objectif est de sensibiliser la population aux identités autochtones.

Vous êtes en terre indienne (You Are on Indian Land) (1969)

Le film Vous êtes en terre indienne relate une manifestation des Mohawks of Akwesasne, une collectivité kanyen’kehà:ka de l’est de l’Ontario, en 1968. Cette collectivité s’étend sur des territoires en Ontario, au Québec et dans l’État de New York. La manifestation éclate à la suite du refus du gouvernement canadien d’honorer le traité Jay de 1794, qui reconnaît un droit de passage sans droits de douane aux peuples autochtones d’Amérique du Nord. Le film, largement diffusé en Amérique du Nord, est reconnu pour avoir galvanisé le militantisme autochtone au Canada (voir aussi Organisation politique des Autochtones et activisme au Canada). Ce qui réussit à résoudre les conflits entre les Mohawks of Akwasesne et le gouvernement.

Vous êtes en terre indienne, Michael Kanentakeron Mitchell, offert par l' Office national du film du Canada

Ces gens sont mon peuple (These Are My People) (1969)

Le film Ces gens sont mon peuple est tourné à Akwesasne, où le chef influent Frank Thomas (Standing Arrow) et le chef spirituel Tom Porter discutent de la religion de la maison longue (voir aussi Religion de Handsome Lake). Cette religion, pratiquée par certaines collectivités haudenosaunee au Canada et aux États-Unis, s’appelle la religion de la maison longue, car les cérémonies se tiennent dans une maison longue. Ce film aborde également la culture, le gouvernement et l’impact des colons sur leur mode de vie.

Ces gens sont mon peuple, Michael Kanentakeron Mitchell, Willie Dunn, Barbara Wilson et Roy Daniels, offert par l' Office national du film du Canada

La face cachée des transactions (The Other Side of the Ledger: An Indian View of the Hudson's Bay Company) (1972)

Le film La face cachée des transactions sort à la suite du 300e anniversaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, fondée 1670. Il est narré par George Manuel, alors président de la Fraternité des Indiens du Canada (aujourd’hui l’Assemblée des Premières Nations). Il parle de l’exploitation des peuples autochtones par l’empire de la traite des fourrures, qui colonise le centre, l’ouest et le nord du Canada.

La face cachée des transactions, Martin Defalco et Willie Dunn, offert par l' Office national du film du Canada

Héritage

En 1971, l’Indian Film Crew (IFC) devient l’Indian Film Training Program (IFTP). Ce programme propose une formation et des débouchés professionnels jusqu’à sa disparition en 1973. En 1991, l’Office national du film du Canada (ONF) crée le Studio One à Edmonton, un programme de production cinématographique et vidéo destiné aux peuples autochtones, qui prend fin en 1995.

L’IFC ouvre la voie à de futurs programmes autochtones à l’ONF et permet à des cinéastes autochtones de raconter des histoires avec leurs propres mots (voir aussi Cinéastes autochtones influents au Canada).

« Nous ne possédions pas les compétences techniques des cinéastes chevronnés, mais nous avions des tas de nouvelles idées sur la façon de faire des films. Par le cinéma…, nous avons propagé le message que nous ne voulions plus être les Indiens du Canada… Nous nous sommes mis à promouvoir une autre attitude consistant à tenir compte de qui nous étions et de notre place dans ce pays. »

–Michael Kanentakeron Mitchell, producteur à l’IFC


Grand chef Michael Kanentakeron Mitchell