World Soundscape Project

World Soundscape Project. « Projet mondial d'environnement sonore » mis sur pied par R. Murray Schafer à la fin des années 1960 et rattaché à lUniversité Simon Fraser. Grâce à ses chercheurs, le Canada s'est placé en tête dans le domaine de l'étude écologique de l'environnement sonore.
World Soundscape Project. « Projet mondial d'environnement sonore » mis sur pied par R. Murray Schafer à la fin des années 1960 et rattaché à lUniversité Simon Fraser. Grâce à ses chercheurs, le Canada s'est placé en tête dans le domaine de l'étude écologique de l'environnement sonore.


World Soundscape Project

World Soundscape Project. « Projet mondial d'environnement sonore » mis sur pied par R. Murray Schafer à la fin des années 1960 et rattaché à lUniversité Simon Fraser. Grâce à ses chercheurs, le Canada s'est placé en tête dans le domaine de l'étude écologique de l'environnement sonore. D'abord mené bon train, le projet vit ses activités ralentir à la fin des années 1970, pour repartir de plus belle une dizaine d'années plus tard, grâce aux recherches interdisciplinaires sur les principes de l'écologie acoustique. La fondation canadienne Donner, le CAC et l'Unesco ont apporté leur soutien financier. Parmi les premiers collaborateurs de Schafer, citons Howard Broomfield, Bruce Davis, Peter Huse, Barry Truax, Hildegard Westerkamp et Adam P. Woog. Après la dissolution du groupe initial, Truax et Westerkamp continuèrent à distribuer les publications issues du projet, à gérer et accumuler les archives, tout en diffusant toujours davantage les résultats obtenus - en publiant leurs propres écrits et enregistrements, et en donnant des cours de communication acoustique au dépt des communications de l'Université Simon Fraser. Peu à peu, l'oeuvre a pénétré divers milieux professionnels, en partie grâce aux tournées de conférences et d'ateliers que Schafer a continué d'effectuer un peu partout dans le monde. Le projet a suscité de plus en plus d'intérêt, à mesure que les différents pays se souciaient d'écologie, en particulier dans le domaine du bruit. Vers 1991, après 20 années d'activité, ce groupe international de professionnels représentant diverses disciplines avait fait beaucoup pour le rapprochement entre l'étude de l'environnement sonore et, par exemple, la science, l'esthétique, la philosophie, l'architecture ou la sociologie. The Soundscape Newsletter, dont la publication a débuté en 1991, souligne cette volonté de cohésion.

Ce nom de World Soundscape Project résume à lui seul l'idée qui est au centre du projet : en-dehors de nos sens, un « paysage sonore » (« soundscape ») n'a pas plus de réalité ontologique qu'un paysage au sens classique, mais « le terme permet de désigner la façon dont les êtres perçoivent leur environnement. En tant que récepteur, l'individu appartient en fait à un système dynamique d'échange d'informations » (Truax, Acoustic Communication). On part ici du principe que les individus agissent sur les sons dès qu'ils pénètrent dans un espace donné. Produit par l'homme, le paysage sonore est la manifestation acoustique du lieu : à travers les sons qui le composent, les êtres qui évoluent dans ce paysage en éprouvent l'existence, tandis que leurs activités et comportements informent ses propriétés acoustiques. C'est précisément par le jeu de cette interaction que l'espace humanisé acquiert un sens. Intégrant tous les sons produits à l'intérieur d'une région donnée, l'environnement sonore en reflète étroitement les caractéristiques sociales, technologiques et naturelles - et en traduit les modifications. En écologie sonore, l'une des tâches principales consiste à déterminer si cet environnement peut conserver son équilibre sonore, voire comment on peut l'améliorer.

Sur ce point, la première stratégie (et peut-être la plus importante) qu'adoptèrent les chercheurs du World Soundscape Project fut l'approche éducative. Visant à aider les individus à prendre conscience du paysage sonore actuel, les exercices d'écoute et de « purification de l'ouïe » atteignirent parfaitement leur but : parce qu'un auditeur averti peut analyser et évaluer ce qu'il entend, et si possible agir sur sa perception, il prend conscience du rôle qu'il joue en tant que producteur de sons et de l'influence qu'il peut avoir sur l'environnement. Pour les chercheurs, l'écoute et la production de sons sont subtilement liées, et la qualité sonore de l'environnement se mesure à partir de leur point d'équilibre. Ainsi, si ce que j'entends (« impression » ou « input ») est plus intense que ce que j'émets moi-même (« expression » ou « output »), il y a déséquilibre, tout comme dans certaines conditions où l'on ne peut émettre des sons, mais seulement en percevoir - dans le premier cas, un environnement bruyant enterre nos pas, notre respiration et notre élocution normale; dans l'autre cas, il s'agit d'un environnement coercitif où l'on ne nous permet pas de parler, sinon à voix basse. Inversement, notre capacité d'écoute augmente considérablement dans un environnement acoustiquement limpide - par exemple, dans un paysage « hi-fi », un rapport signal-bruit élevé permet de discerner le moindre son. Dans de telles conditions, où l'on éprouve à la fois le désir d'écouter et celui de produire des sons, on peut atteindre à l'équilibre, source d'énergie intérieure propice à une prise de conscience positive et constructive du paysage sonore.

Quand on étudie un environnement sonore déterminé, il devient clair que l'image que s'en fait l'auditeur dépend de la perception qu'il en a. On peut analyser cette image en termes d'espace, de densité, de volume et de silence, d'où les concepts analytiques de tonalité, de signal, d'empreinte, d'objet et de symbole sonores.

Le terme musical de tonalité, qui fait habituellement référence au ton dans lequel est écrite une composition, renvoit ici au son dominant et omniprésent : perçu habituellement comme fond sonore, on lui compare toutes les autres composantes du paysage.

Les signaux (terme emprunté à la théorie des communications) consistent en des sons situés au premier plan, que l'on écoute consciemment et qui renferment souvent certains messages ou informations.

Les empreintes sonores, analogues aux particularités d'un paysage, sont des objets sonores uniques bien localisés.

Un objet sonore est défini par Pierre Schaeffer comme « un objet auquel peuvent s'appliquer nos sens, et non un objet mathématique ou électroacoustique à synthétiser ». Il s'agit de la plus petite particule autonome du paysage sonore.

Les symboles sonores, au niveau supérieur, consistent en des sons qui impliquent des réactions personnelles émanant de niveaux d'association collectifs et culturels.

Bien que de portée générale, le World Soundscape Project s'intéresse particulièrement aux paysages sonores canadien et européen. L'étude d'environnements spécifiques a permis de faire ressortir les grandes caractéristiques, de cerner les différences et d'évaluer les tendances. Les sujets de recherche sont nombreux : étude des nouveaux sons, de la schizophonia (effets de la présence massive de sons électroacoustiques dans le paysage : Muzak, radio, baladeur), archivage des sons perdus ou en voie de disparition, établissement d'un glossaire des sons dans la littérature, réalisation de tests d'associations sonores, analyse de paysages (manifestations culturelles, fêtes, modes d'expression sonore d'une communauté), analyse structurale de la programmation radiophonique, évaluation et quantification des bruits de klaxons de voitures et des environnements sonores des écoles, conception de parcs acoustiques, classification et morphologie des sons, sémantique du son, significations du silence, etc.

Comme on pouvait le prévoir, l'environnement sonore moderne a été jugé trop souvent « lo-fi » - le rapport signal-bruit est insatisfaisant et les sons faibles ne peuvent être clairement perçus. L'exposition excessive au bruit de la ville brise l'équilibre fragile qui doit exister, sous peine de perte d'énergie vitale, entre l'écoute et la production des sons. L'ouïe et la voix sont deux entités physiologiques ignorées dans ce milieu urbain où le citadin est pourtant esclave du stress : on considère souvent le bruit comme un sous-produit inévitable du progrès technologique. Cette indifférence est dangereuse sur le plan écologique (les données sur les effets nocifs de la pollution sonore sont accablantes) mais aussi esthétique.

En définitive, tout en luttant contre la pollution par le bruit, les écologistes du son peuvent favoriser la conception d'environnements plus hygiéniques et plus agréables, en déterminant les possibilités offertes par l'acoustique, l'architecture, la linguistique, la musique, la psychologie, la sociologie et la planification urbaine. L'éducation permanente de l'ouïe, l'urbanisation intelligente, la législation (sur la réduction du bruit), la conception de parcs et d'aires de jeux acoustiques, la préservation dynamique des sons anciens et modernes qui en valent la peine, voilà autant de moyens d'atteindre le but fixé. Ceux qui ont travaillé au sein du World Soundscape Project ont toujours eu à coeur d'éviter que notre monde ne sombre dans la pollution sonore, et d'en faire au contraire un environnement propice à la création et au développement de la perception.

Voir aussi Acoustique - Recherche au Canada, Psychologie de la musique.


Lecture supplémentaire

  • Shand, Patricia. 'The World Soundscape,' MSc, 280, Nov-Dec 1974

    Truax, Barry. 'The soundscape and technology,' Interface, 6, 1977

    Zapf, Donna. 'The World Soundscape Project revisited,' Musicworks, 15, Spring 1981

    Torigoe, Keiko. 'A study of the World Soundscape Project,' MFA thesis, York University 1982

    Truax, Barry. Acoustic Communication (Norwood, NJ 1984)

    Westerkamp, Hildegard. 'Listening and soundmaking, a study of music-as-environment,' MA thesis, Simon Fraser University 1988

    Soundscape Newsletter

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