Musique de l’Acadie

​La chanson et la musique ont toujours occupé une place importante dans la culture acadienne. L’enseignement musical est présent en Acadie depuis les années 1860 et les chorales rattachées à des écoles et collèges ont remporté de grands succès.

L'artiste-interpr\u00e8te acadienne Edith Butler apr\u00e8s que le Prix du Gouverneur Général pour les arts du spectacle lui ait été décerné par Micha\u00eblle Jean, la gouverneure générale du Canada \u00e0 Rideau Hall \u00e0 Ottawa, le 8 mai 2009. Image : La Presse canadienne / Fred Chartrand.

La chanson et la musique ont toujours occupé une place importante dans la culture acadienne. L’enseignement musical est présent en Acadie depuis les années 1860 et les chorales rattachées à des écoles et collèges ont remporté de grands succès. Des musiciens acadiens de formation classique se sont aussi distingués sur la scène internationale. Les chansonniers acadiens ont connu une grande vogue, certains réussissant même à faire carrière en Europe. La musique acadienne est caractérisée par une grande diversité, non seulement au Nouveau-Brunswick, mais aussi dans les autres provinces de l’Atlantique et la culture musicale est aujourd’hui en pleine effervescence partout en Acadie.

L’héritage musical du peuple acadien

La chanson et la musique ont toujours occupé une place importante dans la culture acadienne. Dans chaque région des Provinces Maritimes où ils se sont établis, les Acadiens ont apporté avec eux des centaines d’anciennes chansons françaises, dont plusieurs étaient à l’origine accompagnées de danses.

Grâce aux collectes menées d’abord par la linguiste française Geneviève Massignon et ensuite par les chercheurs canadiens rattachés soit à l’Université Laval, à l’Université de Moncton ou encore aux Musées nationaux du Canada, nous savons que le répertoire folklorique acadien comprend au-delà d’un millier de chansons distinctes (voir Étude du folklore acadien). Ce patrimoine musical a fourni et continue à fournir une matière inépuisable pour les musiciens et compositeurs.

Le rôle des institutions d’enseignement

À partir de la fondation du premier collège classique au Nouveau-Brunswick en 1864, l’enseignement musical a toujours été présent en Acadie. Au Collège Saint-Joseph de Memramcook et plus tard au Collège du Sacré-Cœur à Caraquet (1899) et Bathurst (1916), on a d’abord formé des chorales qui se produisaient lors de cérémonies religieuses et on a aussi créé des ensembles d’harmonie, nommés « fanfares » qui participaient à des fêtes et défilés. Le père André-Thaddée Bourque, professeur de musique au Collège Saint-Joseph au début du XXe siècle, est l’auteur de plusieurs chants patriotiques acadiens. Ses œuvres – Évangéline, le Pêcheur acadien et la Marseillaise acadienne – ont longtemps fait partie de l’instruction musicale dans les collèges et écoles des Maritimes. En Nouvelle-Écosse, les Acadiens ont bénéficié de l’enseignement musical à partir de la création du Collège Sainte-Anne en 1890.

Le chant choral prit vraiment de l’ampleur en Acadie avec l’arrivée à Memramcook en 1946 du chef de chœur Léandre Brault (un père Sainte-Croix d’origine québécoise) et avec l’ouverture du collège Notre-Dame-d’Acadie à Moncton trois ans plus tard (voir Chorale de l’Université de Moncton; Département de musique de l’école Notre-Dame-d’Acadie). Les chorales acadiennes féminines et masculines ont remporté plusieurs prix internationaux pendant les années 1950 et 1960 sous la direction des chefs Léandre Brault, Neil Michaud, Florine Després et Lorette Gallant (voir Jeunes chanteurs d’Acadie).

Les musiciens acadiens de formation classique

De nombreux musiciens acadiens de formation classique se sont distingués sur la scène musicale internationale. Benoît Poirier, né à l’Île-du-Prince-Édouard en 1882, a composé une cinquantaine d’œuvres pour orgue alors qu’il était titulaire des grandes orgues de l’église Notre-Dame de Montréal. Anna Malenfant, née à Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick en 1902, a aussi fait carrière à Montréal après avoir complété des études en Europe. Elle a chanté aux Variétés lyriques et elle a joué le rôle-titre dans l’opéra Carmen, en plus de participer à plusieurs opéras à Montréal. Enfin, elle a fait partie pendant une trentaine d’années du Trio lyrique sous la direction de Lionel Daunais.

Le violoniste Arthur Le Blanc, né au Nouveau-Brunswick en 1906, est peut-être le plus renommé des musiciens acadiens du XXe siècle. En 1935, suite à des études musicales en France, il a été nommé premier violon dans l’orchestre symphonique de Paris et il s’est produit sur les grandes scènes d’Europe et d’Amérique du Nord. Sa carrière a toutefois été écourtée par des problèmes de santé à partir de 1953.

Dans le domaine du chant, Rosemarie Landry, de Caraquet, Nouveau-Brunswick, s’est illustrée avec de nombreux ensembles et orchestres en plus d’être professeur de chant à l’Université de Montréal et à l’Université de Toronto. Gloria Richard, de Sainte-Anne-de-Kent, Nouveau-Brunswick, s’est aussi distinguée au niveau national comme cantatrice et enseignante. La soprano Suzie LeBlanc, de Moncton, se spécialise en musique ancienne, faisant partie d’ensembles tels l’Amsterdam Baroque Orchestra. Enfin, il existe aujourd’hui une relève formée principalement de diplômés du Département de musique de l’Université de Moncton, comme le baryton Bruno Cormier, originaire de Chéticamp, Nouvelle-Écosse, qui fait carrière comme chanteur et organiste.

Bien que la plupart des musiciens acadiens mènent une carrière à l’extérieur des Provinces Maritimes, le claveciniste Mathieu Duguay a fondé le Festival international de musique baroque qui se déroule à Lamèque, dans la Péninsule acadienne du Nouveau-Brunswick, depuis 1975.

La chanson acadienne

Les chansonniers acadiens ont connu une grande popularité au Canada français et certains ont même réussi à se faire connaître en Europe. Donat Lacroix, né en 1937, est l’auteur de chants populaires comme Viens voir l’Acadie. Calixte Duguay, né en 1939, a développé un style de chant poétique, qui reflète sa formation universitaire en lettres. Il est connu surtout pour son chant Les Aboiteaux, ainsi que pour ses comédies musicales Louis Mailloux et La Lambique.

Édith Butler, née à Paquetville, Nouveau-Brunswick en 1942 et Angèle Arsenault (1943–2014), née à l’Île-du-Prince-Édouard, ont eu de longues carrières qui les ont amenées partout au Canada et en Europe, et leurs albums ont connu de grands succès, en particulier au Québec. Plusieurs chansons traditionnelles acadiennes ont d’ailleurs été popularisées par Édith Butler.

Édith Butler - Fille du vent et d'Acadie par Monique LeBlanc, Office national du film du Canada

En 1975, l’arrivée de l’ensemble musical populaire 1755 a marqué un nouveau tournant dans la musique populaire acadienne. Avec des textes inspirés du parler acadien de Moncton, les chansons de 1755 produisent une fusion de la musique rock, du country et du folklore. D’autres ensembles acadiens comme Beausoleil Broussard et Panou ont un succès éphémère, mais les membres principaux de 1755 continuent à être présents sur la scène musicale – Pierre Robichaud faisant carrière solo accompagné de divers musiciens, alors que Roland Gauvin a formé de nouveaux ensembles comme Les Méchants Maquereaux et plus récemment Roland Gauvin et sa Grosse Band.

La diversité musicale au XXIe siècle

La musique acadienne est aujourd’hui caractérisée par une plus grande diversité que dans le passé. Plusieurs facteurs ont contribué à ce phénomène. Citons, par exemple, l’essor de l’éducation musicale dans les écoles (voir Musique à l’école), les bourses offertes par les organismes culturels acadiens, la création de postes de radio communautaire et l’accès à des réseaux de diffusion électroniques.

Le Département de musique de l’Université de Moncton est aussi devenu un lieu de rencontre pour les jeunes musiciens talentueux. C’est là qu’a été formée Isabelle Thériault, membre de l’ensemble féminin Les Muses (1999–2004) et ensuite directrice musicale de l’ensemble Ode à l’Acadie (2004–2010). Cet ensemble, créé en vue d’un spectacle marquant le 400e anniversaire de l’Acadie en 2004, a connu un succès phénoménal, contribuant ainsi au renouveau de la vie musicale acadienne. Le Gala de la chanson de Caraquet, un concours annuel qui existe depuis 1969, continue à rassembler les jeunes talents. C’est là, par exemple, que se sont rencontrés les membres du trio féminin Les Hay Babies, formé en 2012.

Les régions minoritaires acadiennes participent pleinement à la vie musicale d’aujourd’hui. À l’Île-du-Prince-Édouard, les groupes « revival » Barachois, Gadelle et Vishten, donnent une nouvelle vie aux chants traditionnels par leurs arrangements instrumentaux originaux, alors que Lennie Gallant chante à la fois en français et en anglais. Dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, l’ensemble Grand Dérangement poursuit la voie ouverte par 1755, créant des pièces d’inspiration traditionnelle, alors que les rappeurs (voir Rap) de l’ensemble Radio Radio innovent par leur adaptation de textes acadiens dans une forme musicale apparentée au hip-hop. Dans la région de Chéticamp au Cap-Breton, le chansonnier Ronald Bourgeois a depuis longtemps une présence importante sur la scène musicale, alors que la relève comprend des musiciens talentueux comme le guitariste Maxim Cormier, le pianiste Joël Chiasson et la chanteuse Nicole LeBlanc.

Lisa LeBlanc
Lisa LeBlanc au Festival international de la chanson de Granby en 2013
Les Hay Babies
Le groupe \u00ab Les Hay Babies \u00bb au Festival international de la chanson de Granby 2013, place Johnson.
Joseph Edgar
Joseph Edgar, sur scène, à la place des Festivals, le 10 juin 2016, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal
Grand Dérangement
Grand Dérangement est un groupe de musique de la Baie Sainte Marie, une région acadienne au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.
Danny Boudreau
Vishtèn
Ce groupe acadien de l'Île-du-Prince-Édouard est composé de Pastelle LeBlanc, Emmanuelle LeBlanc et Pascal Miousse,

Enfin, le succès que rencontre depuis une vingtaine d’années la chanteuse et comédienne de Moncton Marie-Jo Thério, autant au Québec qu’en France, a ouvert la voie à une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs-interprètes. Au Nouveau-Brunswick, il existe aujourd’hui une véritable explosion de talent musical, avec des chanteurs country comme Hert Le Blanc et George Belliveau, les chansonniers Pascal Lejeune, Danny Boudreau et Joseph Edgar et les chanteuses Lina Boudreau, Lisa Le Blanc et Sandra Le Couteur. Mentionnons aussi que le chanteur populaire de renommée internationale Roch Voisine est lui aussi originaire du Nouveau-Brunswick.


Lecture supplémentaire

  • Édith Butler, L'Acadie sans frontières (Montréal : Leméac, 1977).

    Chants acadiens (Moncton : Association acadienne d’éducation, 1947).

    Roger E. Cormier, « La musique et les Acadiens », Jean Daigle, dir., L’Acadie des Maritimes (Moncton : Chaire d’études acadiennes, 1993), 845–878.

    Calixte Duguay, Alentour de l'île et de l'eau : chansons choisies, vol. 1 (1967–1984) (Shippagan, N.-B. : Éditions du Kapociré, 1997).

    Gérard Dôle, Histoire musicale des Acadiens de la Nouvelle-France à la Louisiane 1604–1804 (Paris : L'Harmattan, 1995).

    Jeanette Gallant, The Governed Voice: Understanding Folksong as a Public Expression of Acadian Culture, Thèse, Ph. D., University of Oxford (2011).

    Jeanette Gallant,« The Changing Face of Acadian Folksong », Ursula Moser et Günter Bischof, eds., Canadiana oenipontana (Canadian Studies Centre, University of Innsbruck Press, 2009), 169–179.

    Laura C. Gaudet, Songs of Acadia (chants d’Acadie) (New York: Broadcast Music, 1945).

    André Gaulin, « La chanson acadienne : Édith Butler, Calixte Duguay, Angèle Arsenault et Georges Langford », Québec français, no 60 (1985) : 42–44.

    Ronald Labelle, « La chanson traditionnelle dans l’Acadie contemporaine »,Ursula Moser et Günter Bischof, eds., Canadiana oenipontana (Canadian Studies Centre, University of Innsbruck Press, 2009), 183–190.

    Société de l’Assomption, Recueil de chants populaires des Acadiens (Moncton, 1916).

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