Article

Vaccination et réticence à la vaccination au Canada

La vaccination consiste à introduire un vaccin dans l’organisme afin que celui-ci soit immunisé contre une maladie donnée. La réticence à la vaccination est le refus ou l’acceptation tardive de la vaccination en raison de craintes ou d’anxiété à propos des vaccins. Elle englobe un large spectre de sujets d’inquiétude, notamment l’incertitude quant à la composition exacte des vaccins et à leur innocuité, ainsi que la croyance qu’ils pourraient être à l’origine de différents problèmes médicaux, comme l’autisme. D’autres facteurs comprennent l’opposition à un contrôle de l’État et la violation de la liberté individuelle, la méfiance à l’égard de l’industrie pharmaceutique, et un déclin de la confiance en la science et la médecine. Au Canada, comme dans d’autres pays riches, la réticence à la vaccination a augmenté ces dernières années, y compris la résistance à la vaccination chez certains Canadiens durant la pandémie de COVID-19.

Ce texte est l’article intégral sur la vaccination et la réticence à la vaccination au Canada. Si vous souhaitez lire un résumé en langage simple, veuillez consulter Vaccination et réticence à la vaccination au Canada (résumé en langage simple).

entre 1930-1960

Réticence à la vaccination et immunité collective

Chaque année, les vaccins permettent d’éviter environ deux à trois millions de décès chez les jeunes enfants dans le monde entier. Pourtant, les experts observent une augmentation de la tendance à la réticence à la vaccination au Canada et dans d’autres pays riches. Cette tendance menace l’immunité et la santé collectives.

On parle d’immunité collective lorsqu’une grande partie de la population est immunisée contre une maladie. Dans ce contexte, il est peu probable que la maladie se propage d’une personne à l’autre, protégeant ainsi ceux qui ne peuvent pas être vaccinés ou qui présentent une vulnérabilité particulière. On estime, par exemple, que pour atteindre une immunité collective vis‑à‑vis de la rougeole, il faut qu’environ 95 % de la population soient vaccinée.

La réticence à la vaccination contribue à une résurgence de la rougeole et d’autres maladies évitables par la vaccination en Amérique du Nord et en Europe. En 2019, l’Organisation mondiale de la santé classe la réticence à la vaccination comme l’une des « dix menaces pour la santé mondiale ».

Réglementation en matière de vaccination au Canada

Au Canada, la vaccination est volontaire. Deux provinces, soit l’Ontario et le Nouveau‑Brunswick, exigent une preuve de vaccination pour que les enfants et les adolescents puissent fréquenter l’école. Ceci comprend la vaccination contre la diphtérie, le tétanos, la polio, la rougeole, les oreillons et la rubéole. Cependant, même dans ces provinces, les parents peuvent refuser la vaccination pour des raisons médicales ou idéologiques.

Réticences à la vaccination et épidémies au Canada

Le gouvernement canadien fixe un objectif de couverture vaccinale de 95 % pour tous les vaccins infantiles. Cependant, selon une enquête menée en 2017 par le gouvernement fédéral, la couverture vaccinale est inférieure à cette cible pour toutes les maladies de ce type, notamment la rougeole, les oreillons, la rubéole, la coqueluche, la diphtérie et le tétanos. Selon les estimations de 2018 de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la couverture vaccinale au Canada est inférieure à celle de nombreux pays riches, dont la Nouvelle‑Zélande, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays‑Bas, le Royaume‑Uni, les États‑Unis, l’Italie, la Suisse, la Norvège et la France.

La réticence vaccinale augmente au Canada depuis le début de la pandémie de COVID-19. En 2024, par exemple, seulement 72 % des enfants de l’Alberta reçoivent deux doses du vaccin ROR (contre 82 % en 2019). De même, en Ontario, le taux de vaccination chute de 86 % en 2020 à 70 % en 2024. La vaccination des enfants contre la poliomyélite et la diphtérie diminue également dans les deux provinces.

La baisse des taux de vaccination entraine des épidémies de maladies évitables par la vaccination. Plusieurs d’entre elles sont liées à des communautés où la vaccination est remise en question ou est découragée. D’importantes épidémies d’oreillons surviennent en Colombie‑Britannique, en Alberta, en Ontario, au Québec, en Nouvelle‑Écosse et au Nouveau‑Brunswick entre 2007 et 2010. Le Canada connait d’importantes épidémies de rougeole en 2008, de 2010 à 2012, en 2014, en 2015 et en 2019. De façon alarmante, plus de 5000 cas de rougeole sont enregistrés dans neuf provinces et un territoire entre l’automne 2024 et novembre 2025. Bien que le Canada ait éliminé la rougeole en 1998, le pays perd son statut d’élimination de la rougeole le 10 novembre 2025.

La réticence à la vaccination influence la couverture vaccinale au Canada. Cependant, il est important de noter que les obstacles à l’accès aux vaccins et aux soins de santé jouent également un rôle. C’est particulièrement le cas dans les communautés éloignées du Canada.

Raisons de la réticence à la vaccination

La réticence à la vaccination englobe de multiples inquiétudes, notamment l’incertitude quant à la composition des vaccins et à leur innocuité. Certaines personnes croient que les vaccins causent d’autres problèmes médicaux (par exemple l’autisme). La réticence peut également être liée à la crainte d’un contrôle par l’État et à une perte des droits individuels. La complaisance joue également un rôle dans la réticence à la vaccination, tout comme l’essor de la culture des « influenceurs » et la perte de confiance envers la science et la médecine. Les parents s’inquiètent des effets secondaires possibles de la vaccination sur leurs enfants par rapport au risque que ceux-ci contractent une maladie potentiellement dangereuse ou mortelle. En même temps, ils sont confrontés à leurs responsabilités envers la communauté au sens large.

Une bouteille du vaccin contre la polio

Complaisance

La vaccination permet l’éradication de la variole en 1980 et la baisse de l’incidence des maladies infantiles comme la polio, la diphtérie et la coqueluche. Cependant, ces mêmes succès mènent à une certaine complaisance. Comme les maladies ne semblent plus constituer une menace, certaines personnes croient que la vaccination n’est plus nécessaire. La réticence à la vaccination augmente donc en Europe et aux États‑Unis où les maladies infantiles autrefois courantes ont pratiquement disparu. Ceci entraine une résurgence de ces maladies.

En revanche, la couverture vaccinale s’améliore dans les pays du sud, où l’Organisation mondiale de la santé, l’UNICEF, la Banque mondiale et la Fondation Bill & Melinda Gates s’associent à d’autres pour former Gavi : l’Alliance du vaccin. Cette alliance permet de vacciner plus de 760 millions d’enfants. Toutefois, elle est critiquée pour son approche « descendante », qui impose la vaccination aux individus et aux pays. Ce débat soulève des questions concernant les initiatives mondiales de vaccination, l’autonomie, les droits individuels et le « bien public ».

Droits individuels et bien public

Le maintien de l’immunité collective est crucial pour garantir la santé des personnes immunodéprimées ou allergiques aux vaccins. Au cœur du débat sur le droit des individus à choisir de se faire vacciner ou non se trouvent les concepts du « bien public » et de la « santé publique ».

Ce débat remonte au 19e siècle. Dans les années 1800 et 1900, plusieurs pays adoptent et appliquent des lois sur la vaccination obligatoire. Ces lois sont influencées par la croyance émergente que la santé est une préoccupation publique plutôt qu’une préoccupation individuelle. Les citoyens ont donc la responsabilité de s’assurer qu’ils ne transmettent pas de maladies contagieuses à leurs semblables. Pourtant, dès le début, des gens remettent en question la vaccination obligatoire et protestent contre elle, affirmant leur droit individuel de choisir. Au 19e siècle à Montréal, par exemple, les Canadiens français résistent à la vaccination contre la variole. Cette opposition contribue à des taux de mortalité élevés lors de l’épidémie de variole de Montréal de 1885. En 1898, en Grande‑Bretagne, la résistance à la vaccination mène à la modification des lois sur la vaccination obligatoire contre la variole afin de permettre les objections de conscience. Ces exemptions sont les précurseurs des exemptions vaccinales modernes.

Risques et avantages

Lorsque les experts discutent de vaccination, ils font souvent référence au rapport risques-avantages. Cela signifie que les avantages de la prévention d’une maladie doivent l’emporter sur les risques de blessures ou d’effets secondaires. Le consensus médical et scientifique est que les risques de la vaccination sont faibles. Tout vaccin peut provoquer une réaction, mais les effets secondaires sont généralement légers. Certains exemples d’effets secondaires légers comprennent une faible fièvre ou une douleur au site de l’injection. Dans de rares cas, les vaccins peuvent provoquer une réaction allergique grave ou des effets secondaires neurologiques, comme des convulsions. Cependant, les risques de contracter naturellement des maladies comme la rougeole ou la polio sont bien plus élevés, étant donné que ces maladies peuvent être mortelles.

Essai pratique du vaccin contre la polio

Inquiétudes quant à l’innocuité des premiers vaccins

La réticence à la vaccination n’est pas un phénomène nouveau. En fait, elle remonte au premier vaccin contre la variole, qui est créé en 1796 par Edward Jenner. Contrairement à aujourd’hui, les premiers vaccins ne sont pas soumis à de rigoureux tests en matière d’innocuité et d’efficacité. En conséquence, les gens doutent de leur sécurité et de leur capacité à prévenir les maladies transmissibles. (Certaines personnes s’opposent également aux premiers vaccins pour des raisons religieuses, en raison de préoccupations liées au caractère sacré du corps et au maintien de la pureté.)

Au 20e siècle, un certain nombre de catastrophes liées aux vaccins sèment le doute quant à leur sécurité. Ces catastrophes comprennent entre autres les vaccinations mortelles de Lübeck en Allemagne en 1933, où 72 nourrissons meurent à cause d’un vaccin contre la tuberculose mal fabriqué. Lors de l’incident de Cutter en Californie en 1954, plusieurs milliers d’enfants vaccinés et de personnes en contact avec eux dans la communauté sont infectés par la polio à cause d’une version mal fabriquée du vaccin antipolio de Jonas Salk. Deux cents personnes sont atteintes de symptômes paralytiques et dix personnes meurent. Ces deux affaires font la une des journaux à l’échelle internationale, ce qui mine davantage la confiance du public par rapport à l’innocuité des vaccins.

Vaccins et autisme?

À partir de la fin des années 1990, de nombreuses personnes s’inquiètent d’un supposé lien entre les vaccins et l’autisme. Cette peur trouve son origine dans un article qui parait dans la revue Lancet en 1998, écrit par Andrew Wakefield et ses coauteurs. Dans cet article aujourd’hui discrédité, Andrew Wakefield et ses coauteurs allèguent que leurs recherches établissent un lien entre le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et l’apparition de symptômes de l’autisme chez les enfants. L’article ne précise toutefois pas qu’il existerait des preuves que le vaccin ROR cause l’autisme. Cependant, Andrew Wakefield accorde plusieurs entrevues et publie des communiqués de presse dans lesquels il demande que le vaccin ne soit plus administré tant que la question n’aura pas fait l’objet d’une enquête. En raison des déclarations d’Andrew Wakefield et du tollé soulevé quant à la sécurité du public, l’article retient une attention toute particulière de la part des chercheurs et du grand public.

En 2010, l’article est retiré du Lancet pour des violations de l’éthique dans le recrutement de patients. De plus, des études ultérieures ne démontrent aucun lien entre l’autisme et le vaccin ROR. Malgré cela, la couverture médiatique de la théorie d’Andrew Wakefield contribue à diffuser largement la croyance en l’existence d’une telle relation.

Culture d’influenceurs et perte de confiance par rapport aux médecins et la science

Bien que l’article d’Andrew Wakefield et ses conclusions aient été réfutés, il conserve son influence dans la culture antivaccination. Cela s’explique en partie par le fait que plusieurs célébrités, dont Jim Carrey, soutiennent le lien établi par Andrew Wakefield entre le vaccin ROR et l’autisme. La montée de la culture des célébrités et des « influenceurs » met également en évidence une perte de confiance alarmante envers les médecins. Certaines personnes réticentes à la vaccination doutent de leur expertise et de leur intégrité. Ces personnes remettent en question les liens entre les médecins et les grandes compagnies pharmaceutiques. Elles reprochent également aux scientifiques et aux experts médicaux de manquer d’ouverture et de ne pas reconnaitre les points de vue et preuves contraires. Certains accusent également les médecins et les gouvernements de dépasser leurs prérogatives, en limitant les droits et l’indépendance des parents.

Communication et confiance

Alors que les vaccins ont maintenant fait leurs preuves en tant que moyen sûr et efficace de prévenir les maladies transmissibles, il est difficile de communiquer cette notion aux populations de manière claire et convaincante. Pour que cela soit possible, un respect et une confiance mutuels entre les décideurs, les médecins et le public sont indispensables. Les gouvernements et les organismes de santé doivent également reconnaitre et communiquer clairement les complexités et les compromis liés à la réalisation de l’immunité collective, et ils doivent promouvoir une compréhension approfondie des responsabilités et des droits des citoyens.

Réticence à la vaccination et pandémie de COVID-19

Morphologie structurale du virus de la COVID-19

Les facteurs susmentionnés ont une incidence sur l’adoption du vaccin et la réticence à la vaccination pendant la pandémie de COVID-19 (de 2020 à aujourd’hui). En décembre 2019, un nouveau type de coronavirus, le SRAS-CoV-2, apparait en Chine. Le virus provoque un syndrome respiratoire aigu sévère qui est rapidement nommé « maladie à coronavirus 19 » ou COVID-19. En date de mars 2023, le virus a causé plus de 6,87 millions de décès dans le monde, dont plus de 51 447 au Canada.

En décembre 2020, soit environ un an après la signalisation des premiers cas du virus, le premier vaccin contre la COVID-19 est approuvé. En juillet 2021, environ 30 vaccins de ce type sont approuvés par au moins un organisme de réglementation national. Le développement de vaccins se poursuit au fur et à mesure des mutations du virus et, en septembre 2022, le premier vaccin bivalent (qui cible la souche virale originale et la variante Omicron) est approuvé au Canada.

Comment fonctionne le vaccin à ARNm

Dans l’ensemble, le taux d’adoption des vaccins contre la COVID-19 est élevé au Canada. En date du 3 mars 2023, plus de 80 % de la population est entièrement vaccinée (c’est-à-dire qu’elle a reçu soit un vaccin à dose unique, soit les deux doses du vaccin à deux doses).

Pourtant, une proportion importante de Canadiens retarde ou refuse la vaccination contre la COVID-19. Parmi eux, on compte certaines personnes qui ont pourtant accepté la vaccination contre la grippe et les maladies infantiles, comme la rougeole et la polio. La réticence est influencée par plusieurs facteurs, qui comprennent la méfiance à l’égard des systèmes de soins de santé et des responsables de la politique vaccinale. La vaccination généralisée et les mandats de vaccination sont perçus comme une violation des droits et libertés individuels. Certains soupçonnent même le gouvernement d’utiliser la pandémie pour étendre son influence et contrôler les citoyens. Cela pousse certaines personnes à croire à des théories du complot selon lesquelles le gouvernement insérerait des micropuces dans le corps des gens pendant la vaccination pour suivre leurs faits et gestes.

Un autre facteur est la préoccupation concernant la sécurité et l’efficacité des vaccins contre la COVID-19. Bien que le développement et le déploiement des vaccins COVID-19 aient été rapides, la mise au point des vaccins repose sur des années de recherche sur l’ARNm et sur un effort concerté des chercheurs, des gouvernements et des sociétés pharmaceutiques pendant la pandémie. Pourtant, certains Canadiens pensent que les réglementations et les procédures normales ont été contournées et que les vaccins contre la COVID-19 n’ont pas été rigoureusement testés. La sécurité de la technologie ARNm utilisée dans les vaccins COVID-19 de Pfizer et de Moderna est également remise en question. De plus, les cas de réactions indésirables (bien que rares) et d’effets secondaires graves sont largement rapportés et diffusés sur les médias sociaux.

Les préoccupations liées à la sécurité affectent l’adoption du vaccin chez les enfants et les jeunes, qui développent généralement des symptômes moins graves de la COVID-19. Pour ces groupes, le rapport risques-avantages est moins clair. Certains parents canadiens décident donc que les effets secondaires des vaccins constituent un plus grand risque pour leurs enfants que le virus lui-même. En date du 26 février 2023, seuls 40,6 % des enfants de 5 à 11 ans sont entièrement vaccinés, alors qu’ils sont admissibles à la vaccination depuis près d’un an (le premier vaccin pour ce groupe d’âge est approuvé en novembre 2021). En revanche, la couverture vaccinale est la plus élevée chez les Canadiens de 60 ans et plus, un groupe d’âge plus vulnérable à la COVID-19. En date du 26 février 2023, plus de 90 % des personnes de ce groupe d’âge sont entièrement vaccinées.

La couverture vaccinale est plus faible chez les Canadiens noirs, les peuples autochtones et les nouveaux arrivants au Canada. Certains de ces groupes sont victimes de discrimination au sein des systèmes de santé publique et de soins de santé, notamment en raison d’une histoire marquée par des expériences médicales et de ségrégation dans les années d’après-guerre. (Voir aussi Ségrégation raciale des Noirs au Canada; Ségrégation raciale des peuples autochtones au Canada.) Ces expériences contribuent grandement à leur méfiance à l’égard du gouvernement, de la santé publique et des systèmes de soins de santé, ainsi que des vaccins.

Enfin, la complaisance joue un rôle dans la réticence à la vaccination. La couverture vaccinale des doses de rappel, par exemple, est nettement plus lente que celle de l’administration des premières doses du vaccin contre la COVID-19. Au fur et à mesure de la progression de la pandémie, la vaccination réduit considérablement l’apparition de symptômes graves et le risque de décès au sein de la population en bonne santé; de plus, certaines mutations du virus semblent causer une maladie moins grave. Tous ces facteurs mènent à un sentiment de complaisance à l’égard de la COVID-19 chez de nombreux Canadiens.