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Joey Hollingsworth

Orlando Theo « Joey » Hollingsworth (né Brown), danseur de claquettes, chanteur, acteur, joueur de congas (né le 5 septembre 1936 à Windsor en Ontario). Joey Hollingsworth a été un pionnier de la danse de claquettes parmi les Noirs canadiens. Il a été l’un des premiers artistes noirs à se produire sur CBC TV. Il a participé à de nombreuses émissions, dont le Wayne and Shuster Hour et le Ed Sullivan Show. Il est possiblement surtout reconnu pour son rôle de vendeur danseur dans l’émission Mister Rogers’ Neighborhood. Dans les années 1960, il s’est impliqué dans le mouvement des droits civiques, se produisant aux côtés d’artistes et d’activistes comme Oscar Peterson et Leon Bibb. Joey Hollingsworth a été intronisé au Temple de la renommée Dance Collection Danse et au London Music Hall of Fame. Il a également reçu le prix pour l’ensemble de sa carrière de la Ontario Black History Society.

Jeunesse

Orlando Theo Brown naît à Windsor en Ontario. Sa mère est Arizona Brown, une Noire canadienne qui joue de la batterie dans un groupe. Il est adopté alors qu’il est bébé par Jeanne (née Henderson) et Cecil Hollingsworth, qui le surnomment Joey. Ces descendants de personnes qui ont fui l’esclavage vers le nord élèvent Joey à London en Ontario. Comme c’est le cas de nombreux enfants de familles noires de la ville de London des années 1940, Joey Hollingsworth grandit dans la pauvreté. Sa famille vit dans un appartement de trois pièces et partage une salle de bain avec une famille irlandaise de huit personnes. Ses parents occupent divers emplois et à un moment donné, ils sont préposés aux toilettes au Brass Rail, une boite de nuit huppée de London.

Joey Hollingsworth commence à faire de la claquette à l’âge de trois ans et demi en suivant des cours de base à l’école de danse. Il apprend le « Black style » avec son grand-père John « Huskey » Henderson, et avec des batteurs de jazz, des danseurs de claquettes noirs comme Peg Leg Bates et Teddy Hale, et des porteurs de wagons-lits, ainsi qu’à l’église noire locale.

Victime de discrimination raciale, Joey Hollingsworth n’est pas autorisé à danser avec les 90 danseurs blancs de son école. Une amie noire de la famille inscrit sa fille, et celle-ci et Joey Hollingsworth forment un duo de danse de style hollandais.

À cinq ans, Joey Hollingsworth touche son premier salaire en dansant sur l’air de vaudeville « The Darktown Strutters’ Ball ». Il fait des spectacles de claquettes pour des « medicine shows » et des « minstrel shows » qui sont des spectacles itinérants, bien que son père insiste pour que les organisateurs n’obligent pas Joey à se maquiller en « blackface » (se noircir le visage, ce qui est la norme de ces spectacles à l’époque). Joey Hollingsworth devient une légende locale grâce à sa maitrise des claquettes. En 1946, les habitants de London se rallient autour de cette étoile montante lorsqu’il danse avec Bill « Bojangles » Robinson, une vedette de claquettes de Hollywood.

Faits saillants de carrière

Joey Hollingsworth est un artiste noir pionnier sur la chaine de la CBC TV. À l’époque des « big bands », il participe à l’émission de talents Pick the Stars (1954) de CBC, accompagné par l’orchestre de Samuel Hersenhoren. Joey Hollingsworth danse la claquette avec une précision remarquable sur la musique « Sabre Dance ». Cependant, il ne remporte pas la compétition. Des années plus tard, il apprend qu’un juge a invalidé sa victoire parce qu’il croyait : « Comment un petit garçon noir de London en Ontario qui fait de la claquette pourra-t-il devenir une vedette? »

Après avoir participé à sa première émission sur CBC, Joey Hollingsworth s’installe dans un YMCA de Toronto avec son ami de longue date, le musicien de musique country Tommy Hunter. Il décroche un emploi au luxueux hôtel Royal York et il fait de la claquette sur la musique « Caravan » de Duke Ellington. Les journalistes Alex Barris et Gordon Sinclair commencent à le promouvoir, ce qui lui vaut de nombreuses apparitions à la télévision. Il apparait entre autres dans des émissions comme The Barris Beat (1956), l’émission spéciale de la CBC Christmas with the Stars réalisée par Norman Jewison (1956), The Billy O’Connor Show (1957), et Cross Canada Hit Parade (1958).

Dans les années 1960, Joey Hollingsworth travaille avec la légendaire chanteuse d’opéra canadienne Portia White sur l’émission Playdate : In the Good Time (1961) de la CBC. Il est également en vedette dans un grand spectacle populaire à l’Exposition nationale canadienne (CNE) à Toronto. En 1962, accompagné des humoristes canadiens John Louis Wayne et Frank Shuster, Joey Hollingsworth fait une apparition à l’emblématique émission Ed Sullivan Show, où il joue des congas et effectue des grands écarts aériens.

Le style impeccable de claquettes de Joey Hollingsworth, ses costumes sur mesure, ses cravates fines et ses bottes de claquettes personnalisées font de lui une vedette. Cependant, il lui est difficile de se trouver du travail. Entre deux engagements importants, il se produit dans des cabarets burlesques de Toronto comme le Lux Theatre. Il collabore avec des musiciens comme son ami Lenny Breau, le célèbre guitariste de jazz. Dans une petite boite de nuit enfumée, Joey Hollingsworth chante et fait de la claquette sur « Work Song », un morceau de musique de blues de l’album At the Purple Onion (1962). Il est également un habitué du club de R&B branché, le Club Bluenote, à Toronto. Il y interprète le style de jazz hipster poétique de Lord Buckley, accompagné par Doug Riley.

Très sensible au traitement réservé aux Noirs, Joey Hollingsworth soutient le mouvement des droits civiques des années 1960. Il donne un spectacle-bénéfice pour le Dr Martin Luther King Jr. au Massey Hall de Toronto, partageant l’affiche avec les musiciens canadiens Oscar Peterson et Phyliss Marshall. Selon le Toronto Daily Star, « la vedette de la soirée était le danseur et chanteur Joey Hollingsworth. Il a été en rappel si souvent qu’il a dû improviser un rappel au rythme des applaudissements du public. » Joey Hollingsworth participe également à un concert-bénéfice pour le Congrès de l’égalité raciale (CORE) avec Dick Gregory, Brock Peters et Leon Bibb.

Artiste polyvalent à la voix douce, Joey Hollingsworth passe des années à l’émission à succès pour jeunes, Mister Rogers’ Neighborhood. Il conquit un vaste public international dans son rôle du vendeur danseur.

Avec ses claquettes galvanisantes, Joey Hollingsworth se produit dans des boites de nuit dans les années 1970. On peut l’entendre faire de la claquette sur l’album Clayton (1978) de David Clayton Thomas, sur le morceau de jazz rock « Professor Longhair ». Dans les années 1980, Joey Hollingsworth participe à l’émission Big Sky Country de la CBC, animée par son ami Métis Ray St. Germain, le musicien de bluegrass. Joey Hollingsworth et Ray St. Germain se produisent aussi à la base des Forces armées canadiennes d’Alert, dans les Territoires du Nord-Ouest (maintenant le Nunavut). À cette époque, Joey Hollingsworth collabore également avec le chorégraphe Tink Robinson, un autre ami de longue date de la CBC.

Joey Hollingsworth se joint à Salome Bey, la « première dame du blues du Canada », pour sa version télévisée de Indigo (1984), un cabaret au sujet de l’histoire de la musique noire. Il joue le rôle de « Grandpa Joey », danseur de claquettes, dans l’émission Mr. Dressup d’Ernie Coombs, et il figure plus tard dans le documentaire Mr. Dressup : The Magic of Make-Believe (2023). Dans les années 1990, il interprète le rôle de Mikado dans The Hot Mikado, une comédie musicale de danse swing à la claquette dans laquelle il est accompagné par des danseurs de Broadway. Il prend sa retraite en 2001 après avoir écrit, mis en scène et joué dans des spectacles au Palace Grand Theatre de Dawson City au Yukon.

Prix et distinctions

  • Intronisé, London Music Hall of Fame (2017)
  • Prix pour l’ensemble de sa carrière, Ontario Black History Society (2018)
  • Intronisé, Temple de la renommée Dance Collection Danse (2024)