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Centralisation des Mi’kmaq en Nouvelle-Écosse

La centralisation des Mi’kmaq en Nouvelle-Écosse était une politique du gouvernement fédéral mise en œuvre dans les années 1940. Dans le cadre de cette politique, le gouvernement visait à relocaliser tous les Mi’kmaq vivant en Nouvelle-Écosse sur deux réserves isolées (voir aussi Réserves en Nouvelle-Écosse). La politique a échoué, mais pas avant que le déplacement forcé n’ait déraciné la moitié de la population mi’kmaq et bouleversé la société mi’kmaq. Dans les années 1970, les dirigeants mi’kmaq ont qualifié la centralisation de « phase de génocide culturel ».

Vie des Mi’kmaq avant la centralisation

Malgré une longue histoire de contacts avec les Européens, les Mi’kmaq conservent leur gouvernance traditionnelle et leur mode de vie culturel jusqu’au début du 20e siècle. Ils sont largement ignorés alors que le Canada se concentre sur son expansion vers l’ouest.

Au début des années 1900, certaines familles mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse vivent de manière saisonnière dans un wikuom (wigwam). Lorsqu’arrive l’année 1926, la plupart des Mi’kmaq vivent alors dans des maisons situées à l’intérieur ou à l’extérieur des réserves, souvent près des voies ferrées et des villes afin de pouvoir se déplacer et travailler facilement (voir aussi Réserves en Nouvelle-Écosse). Les hommes et les femmes chassent et pêchent. Ils occupent également des emplois salariés et ils vendent des objets artisanaux, comme des paniers, dans les marchés. Les modes de déplacement, qui sont essentiels au mode de vie des Mi’kmaq depuis des millénaires, demeurent importants.

Un wikuom à Hubbards en Nouvelle-Écosse, en 1935
Un wikuom et une maison à Pictou Landing en Nouvelle-Écosse, en 1923
Famille mi’kmaq vivant dans le comté de Digby en Nouvelle-Écosse, vers 1920

Plan de relocalisation

Entre 1917 et 1930, plusieurs communautés mi’kmaq sont menacées d’être relocalisées, principalement en réponse aux plaintes des propriétaires fonciers et des commerçants locaux. De nombreux Mi’kmaq résistent, souvent par l’entremise de pétitions. Cela prolonge les efforts de relocalisation pendant des années.

À partir de 1918, un inspecteur forestier du ministère des Affaires indiennes propose un plan qui vise à centraliser tous les Mi’kmaq en Nouvelle-Écosse (voir aussi Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord). Dans une série de notes de service rédigées sur près de deux décennies, H.J. Bury justifie sa demande de centralisation par des arguments sur la présence de réserves inoccupées et isolées, la hausse des coûts des services sociaux, ainsi que l’inefficacité et le coût des 19 agents des Indiens qui travaillent à temps partiel (voir aussi Réserves en Nouvelle-Écosse). Il fait valoir que trois agents travaillant à temps plein pourraient se consacrer davantage à leur travail et ainsi permettre au ministère de réaliser des économies.

Carte du plan de centralisation de H.J. Bury

Le plan suscite l’intérêt du ministère, mais il ne progresse que peu jusqu’à ce que le gouvernement fédéral, confronté aux difficultés financières de la Deuxième Guerre mondiale, cherche à réduire ses dépenses.

Durant cette période, la moralité devient également une préoccupation clé. Dans son rapport de 1941, qui préconise la centralisation comme politique gouvernementale, l’inspecteur W.S. Arneil recommande une surveillance étroite du « groupe d’Indiens que nous cherchons à réhabiliter ». W.S. Arneil considère que les Mi’kmaq sont moralement inférieurs, et il prône la centralisation pour remédier à cette situation par l’intermédiaire de l’enseignement dispensé par les curés de la paroisse.

Centralisation

Le ministère des Affaires indiennes lance officiellement sa politique de centralisation en Nouvelle-Écosse en 1942 (voir aussi Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord). Les autorités promettent aux familles mi’kmaq un logement, de l’éducation, des soins de santé et des emplois si elles déménagent sur l’une des deux réserves cibles, aujourd’hui connues sous les noms de Sipekne’katik et d’Eskasoni (voir aussi Premières Nations en Nouvelle-Écosse; Réserves en Nouvelle-Écosse)

Ces promesses ne sont pas tenues. Bien que le ministère des Affaires indiennes ne suive pas l’état des maisons construites dans les communautés centralisées, les récits oraux des Mi’kmaq indiquent qu’ils emménagent dans des maisons inachevées ou qu’ils passent le premier hiver sous des tentes militaires. Le seul projet d’emploi mis en place par le ministère est la construction de scieries, qui n’ont qu’une vie très courte; elles sont minées par des problèmes mécaniques et par une pénurie d’approvisionnement en bois. De plus, les employés des scieries ne perçoivent que de très faibles salaires.

Scierie et usine de châssis et de portes à Eskasoni

Environ la moitié des Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, dont le nombre est estimé entre 2100 et plus de 2700, sont relocalisés dans les années 1940. Certains partent volontairement. Dans d’autres cas, des agents des Affaires indiennes entassent des familles mi’kmaq et leurs biens dans des camions et ils incendient la plupart de leurs maisons après leur départ.

Lors de son témoignage devant le Comité spécial mixte des affaires indiennes en 1947, le directeur Robert A. Hoey admet que le ministère a eu recours à des « pouvoirs de persuasion ». Les agents des Indiens ont menacé les Mi’kmaq de leur retirer leur statut d’Indien en leur refusant le droit de vote et les ont également menacés de les priver de services d’éducation et de santé s’ils ne déménageaient pas.

Réponse des Mi’kmaq

La centralisation laisse des traces écrites qui s’étalent sur des décennies au ministère des Affaires indiennes, mais les Mi’kmaq ne sont que très peu informés au sujet du plan, et sont maintenus dans l’ignorance jusqu’à la veille de sa mise en œuvre (voir aussi Ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord).

En mai 1942, 56 hommes et femmes mi’kmaq de la réserve de Wa’qmitkuk (ou Wagmatcook) au Cap-Breton adressent une pétition au Ministère pour protester contre leur déplacement forcé et leur expulsion de leurs foyers : « Nous estimons que c’est tout à fait injuste et que cela ne profitera à personne » (voir aussi Premières Nations en Nouvelle-Écosse; Réserves en Nouvelle-Écosse)

Ben Christmas, chef de longue date de la communauté de Membertou, critique ouvertement la centralisation. Dans un journal en 1942, il la qualifie « d’instrument redoutable pour contraindre les Autochtones à se soumettre ».

La moitié des Mi’kmaq qui sont déplacés à Sipekne’katik ou à Eskasoni en repartent. Le militantisme des Mi’kmaq, la flambée des coûts et la prise de conscience sociale croissante des Canadiens après la Deuxième Guerre mondiale contribuent à ce que le ministère des Affaires indiennes abandonne sa politique de centralisation en 1949, mais le mal est déjà fait.

Conséquences de la centralisation

En mai 1947, le Sydney Post Record, un journal local, publie un article de deux pages sur la centralisation à Eskasoni, avec le titre : « Village turned into model community (Village transformé en communauté modèle) ». En réalité, la relocalisation entraine une forte hausse du chômage, des dépenses sociales, un nombre élevé d’enfants placés en famille d’accueil, de la toxicomanie, des dépendances, et des problèmes de santé mentale.

Le pouvoir politique devient concentré entre les mains de deux agents des Indiens à temps plein. Les Mi’kmaq font état d’un sentiment d’impuissance, d’une perte d’indépendance et d’une perturbation de leurs pratiques culturelles.

Malikewe’j, ou Malagwatch, un ancien lieu de rassemblement au bord du lac Bras d’Or, est entièrement vidé lors de la centralisation. Des années plus tard, les Mi’kmaq reviennent y passer l’été, mais le ministère des Affaires indiennes détruit les maisons et l’école dans les années 1940.

Dans une revendication des titres ancestraux et des revendications territoriales publiée pour la première fois dans le journal Micmac News en 1974, les dirigeants mi’kmaq qualifient cette relocalisation forcée de « génocide culturel ». Malgré les politiques coloniales comme la centralisation, les pensionnats indiens et la Loi sur les Indiens, qui visent à assimiler les peuples autochtones, les Mi’kmaq arrivent à préserver leur langue, leurs valeurs et leurs traditions, qui continuent de prospérer aujourd’hui.

Alors que la Nouvelle-Écosse compte treize Premières Nations Mi’kmaq en 2026, les populations les plus importantes résident toujours sur les réserves centralisées de Sipekne’katik et d’Eskasoni (voir aussi Premières Nations en Nouvelle-Écosse; Réserves en Nouvelle-Écosse)

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