La ceinture d’argile canadienne est une zone en forme de demi-lune aux sols d’argile lourd dans le nord-est du Canada. Située dans le Bouclier canadien, elle est à cheval sur les provinces de l’Ontario et du Québec. Les 180 000 km² de sols argileux de la région résultent d’anciens lacs postglaciaires. Son histoire conjugue la formation géologique du territoire, les projets de colonisation, les cycles économiques et les travaux de recherche sur la gestion des terres.

Description
La ceinture d’argile canadienne est une sous-région physiographique du Bouclier canadien dans le nord-est du Canada qui se distingue par ses vastes plaines d’argile. Le territoire, en forme de demi-lune, s’étire d’est en ouest du Québec à l’Ontario. Son centre suit le 49e parallèle au nord de l’équateur. La largeur de la ceinture varie, de 25 à 150 km environ. La ceinture a une superficie d’environ 180 000 km². La majeure partie de la région se trouve dans le district de Cochrane, dans le nord de l’Ontario, mais il y a aussi une petite partie à l’est qui va jusqu’en Abitibi-Témiscamingue, au Québec.
Aussi appelée la grande ceinture d’argile, elle doit son nom à sa composition argileuse. Mais ce n’est pas le seul type de sol qu’on y trouve. En effet, le limon et un horizon organique tourbeux y sont présents.
La ceinture présente une topographie généralement plate à légèrement ondulée, héritée d’un ancien fond de lac glaciaire. Les forêts boréales couvrent une grande partie de la ceinture d’argile alors que la végétation du Bouclier canadien rocheux est plus clairsemée. Les conifères y sont dominants, en particulier les épinettes noire et blanche. Les espèces à grandes feuilles telles que le peuplier sont aussi répandues. On y trouve aussi des populations dispersées d’autres espèces de feuillus. En raison d’un drainage déficient, la ceinture d’argile abrite de vastes muskegs.
Le climat de la ceinture est continental humide, frisant les conditions subarctiques. Les hivers sont longs, froids et enneigés et les étés sont courts, mais parfois quand même assez chauds.
Histoire naturelle
La ceinture d’argile canadienne se forme des suites de la dernière époque glaciaire. La longue érosion qui a lieu depuis le Pléistocène (voir Histoire géologique du Canada) modifie la topographie de surface du Bouclier canadien. Les crêtes rocheuses de la région jadis montagneuse sont creusées et aplanies. Les voies de drainage sont alors modifiées. C’est ainsi que voient le jour de nombreux cours d’eau, étangs et dépressions peu profondes abritant des lacs d’eau douce. La glace ne se retire pas uniformément et reprend de la vigueur à certains moments, transportant et déposant des moraines qui font office de barrages et jouent sur la superficie et la profondeur des étendues d’eau. Parmi les grandes étendues d’eau préhistoriques, citons le lac Barlow-Ojibway, qui couvrait une grande partie du nord de l’Ontario il y a près de 10 000 ans. Les restes du fond du lac sont formés de couches d’argile déposées par l’eau qui différencient la structure pédologique de la ceinture de celle du Bouclier canadien tout autour.
Établissements humains
L’activité humaine commence dans la ceinture d’argile après la fin de la dernière époque glaciaire, environ 6 000 ans avant notre ère. Les premiers contacts entre Premières Nations et Européens dans la région arrivent au 17e siècle dans le contexte de la traite des fourrures. La Compagnie de la Baie d’Hudson revendique la Terre de Rupert, où se trouve la ceinture d’argile, comme territoire de traite. En 1869, le Canada acquiert la Terre de Rupert.
La première étude de la région de la ceinture d’argile est l’œuvre de Robert Bell de la Commission géologique du Canada et de son assistant Alfred Barlow en 1887. En 1899, ce dernier rédige un rapport dans lequel il propose la colonisation agricole de la ceinture d’argile étant donné son sol fertile, son terrain relativement plat, sa nappe phréatique élevée et sa proximité avec des infrastructures d’exploitation forestière et minière en pleine expansion.
La colonisation prend de l’envergure à la fin du 19e siècle et au début du 20e. À l’époque, les gouvernements provinciaux vantent le potentiel agricole de la région de la ceinture et ouvrent des cantons dans le cadre de programmes de colonisation (voir Thèse de la frontière).
Québec
Jusqu’au milieu du 19e siècle, seuls les commerçants de fourrures et les missionnaires circulent dans la région. Les premiers colons s’installent sur des terres fertiles autour du lac Témiscamingue. Dans les années 1880, les sociétés de colonisation et l’Église catholique encouragent les colons canadiens-français à établir des fermes dans la ceinture d’argile au Québec. La construction du Chemin de fer National Transcontinental (intégré plus tard aux Chemins de fer nationaux du Canada) de 1910 à 1913 accélère la création des cantons, modifie la façon dont les colons occupent la terre et entraînent souvent le déplacement des Autochtones. Vers le milieu des années 1930, le plan de colonisation Vautrin du gouvernement provincial accorde des concessions de terres et fournit une aide pour les matériaux de construction, ce qui favorise l’établissement de localités permanentes. Après la Première Guerre mondiale, l’expansion se poursuit dans la région de l’Abitibi par l’ouverture d’une série de paroisses de colonisation planifiées, principalement au nord de la ligne de chemin de fer.
Ontario
De 1905 à 1906, la Couronne négocie avec les Ojibwés et les Cris, et la région est ultimement intégrée au territoire du Traité no 9. Le développement de la région est étroitement lié à celui du Temiskaming and Northern Ontario Railway (plus tard l’Ontario Northland Railway). En 1903, la découverte d’argent à Cobalt entraîne la construction d’un chemin de fer et attire des milliers de prospecteurs et de travailleurs. La compagnie de chemins de fer nationale encourage les colons à s’y installer en leur accordant des terres gratuites pour la mise en valeur agricole du territoire. De nombreux agriculteurs du Québec arrivent alors en Ontario. Dans les années 1920, le développement agricole se fait de manière éparse. L’agriculture se révèle difficile dans la ceinture d’argile. Les sols argileux se drainent mal et nécessitent d’importants réseaux de drainage souterrain qui coûtent cher. Beaucoup de fermes sont abandonnées une fois tout le bois qui s’y trouvait abattu. La population devient de plus en plus dépendante des industries primaires de la région : l’exploitation minière (or, cuivre, zinc) et la foresterie (pâtes et papiers, bois d’œuvre; voir Histoire économique du Canada central).
Croissance et scepticisme
Alors que l’agriculture pionnière subsiste dans la ceinture d’argile canadienne, le développement demeure inégal de part et d’autre de la frontière entre le Québec et l’Ontario en raison des orientations distinctes des gouvernements provinciaux en matière d’agriculture.
Dès le début, les gouvernements fédéral et provinciaux mettent en place des stations de recherche en agriculture comme celle de Kapuskasing en Ontario afin de mettre au point des techniques et des variétés de cultures adaptées au climat nordique. Toutefois, l’écart entre le potentiel théorique de la région et la réalité de l’agriculture nordique alimente encore recherches et débats. La hausse des prix des denrées alimentaires suscite un regain d’intérêt, qui se traduit par des études et campagnes de promotion laissant entendre que la ceinture d’argile pourrait devenir le « prochain grenier du pays » dans le contexte des changements climatiques. Ces propositions suscitent régulièrement le scepticisme de scientifiques et d’économistes qui mettent en avant la persistance des difficultés économiques, sociales et environnementales.
On reconnaît de plus en plus la fragilité écologique de la forêt boréale de la ceinture d’argile, ainsi que l’importance de réduire au minimum les émissions de carbone. Depuis 1997, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue est à l’avant-garde de la recherche sur la région. En 2022, Conservation de la nature Canada met sous protection le site des Terres boréales, s’appuyant sur les nombreuses espèces en péril qui y vivent. Couvrant une section de 1 450 km² de la ceinture d’argile, le projet est considéré comme le plus grand accord de conservation de terres privées au Canada.