Abraham Ulrikab et les zoos humains | l'Encyclopédie Canadienne

Abraham Ulrikab et les zoos humains

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  • Peuples autochtones
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Le zoo humain, qu’on appelait auparavant spectacle ethnographique, était un type d’exposition populaire en Europe et en Amérique du Nord de la fin du 19e au début du 20e siècle. Les peuples autochtones du monde entier étaient en effet exhibés, généralement pour un public blanc, dans des zoos, des cirques et des expositions universelles.

L’Inuit Abraham Ulrikab est né à Hebron, au Labrador, en 1845. Éduqué par des missionnaires moraves, il apprend à lire et à écrire l’inuktitut. Fervent chrétien, il joue du violon à l’église. Il est pêcheur et chasseur et a une femme et deux enfants.

La vie au Labrador est difficile en 1880. Abraham est criblé de dettes envers le magasin des missionnaires moraves. Dans son journal, il écrit qu’étant donné sa profonde misère, il prie souvent Dieu de l’aider à se libérer et d’entendre ses soupirs, car il n’est même plus en mesure de s’occuper de ses proches.

Cette année-là, le Norvégien Johan Adrian Jacobsen, agent d’un propriétaire de zoo allemand, arrive à Hebron, où il cherche à recruter une douzaine d’Inuits pour participer à une exposition avec promesse d’une importante rémunération. Abraham se joint d’abord au Norvégien à titre d’interprète pour l’aider à recruter d’autres Inuits. Il finit par accepter de partir en Europe avec sa famille. C’est pour lui une réponse à ses prières.

Le 26 août 1880, Abraham et sept autres Inuits s’embarquent pour l’Europe avec Johan Jacobsen. Le groupe est exposé dans les zoos de Hambourg et de Berlin, et les Inuits sont censés y montrer leurs compétences traditionnelles, comme le kayak et la chasse au phoque. Abraham développe rapidement le mal du pays. Il n’aime ni les foules ni le bruit.

Le groupe fait une tournée dans plusieurs villes. En décembre, à Darmstadt, en Allemagne, une jeune fille de 15 ans et sa mère, qui font partie du groupe des Inuits, tombent malades et meurent. Peu après, la fille d’Abraham, Sara, âgée de trois ans, meurt de la variole. Le groupe continue à voyager et arrive à Paris le 31 décembre. Les autorités françaises exigent qu’ils soient vaccinés, mais il est trop tard. Abraham et les autres ont déjà contracté la variole. Après avoir été exposé à nouveau à Paris, Abraham meurt le 13 janvier 1881. Sa femme, Ulrike, et les autres Inuits de l’exposition sont emportés par la maladie peu de temps après. Les Inuits sont enterrés dans un cimetière français. En 1886, le Muséum national d’histoire naturelle de France exhume leur corps pour les intégrer à ses collections. Leurs ossements y sont encore aujourd’hui.

Abraham tenait un journal en inuktitut relatant ses expériences. L’original a été perdu, mais une traduction allemande a survécu. C’est un rare témoignage à la première personne sur la vie dans un zoo humain.

Le Canada et la France ont signé un accord de collaboration pour le rapatriement des restes d’Abraham et des autres Inuits de l’exposition. Le Gouvernement du Nunavut travaille à l’élaboration d’un protocole de rapatriement des dépouilles et des artefacts qui y sont associés.

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