Il y a environ 200 espèces d’arbres indigènes au Canada, dont bon nombre peuvent vivre des centaines d’années. Il est possible que le plus vieil arbre du Canada n’ait pas encore été identifié. La plupart des scientifiques qui s’intéressent aux arbres se préoccupent davantage de la santé des forêts entières que de l’âge des arbres individuels. Cela signifie qu’ils ne déterminent pas l’âge de chaque arbre qu’ils rencontrent. Les arbres les plus vieux ne sont généralement pas les plus gros ni les plus impressionnants. La principale façon de déterminer l’âge réel d’un arbre vivant consiste à le mesurer à l’aide d’un outil appelé sonde de Pressler. Voici quelques exemples des plus vieux arbres connus au Canada, depuis les forêts pluviales tempérées du Pacifique jusqu’à la forêt ancienne de l’escarpement du Niagara.

Mélèze subalpin (Larix lyallii)
Le mélèze subalpin occupe une aire de répartition restreinte dans les hautes montagnes du sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Il peut pousser à des altitudes allant jusqu’à environ 2 200 m, soit plus haut que tous les autres arbres de son aire de répartition. Occupant des environnements très froids et souvent venteux, il reste généralement petit et rabougri. Contrairement à la plupart des autres conifères, qui sont persistants, celui-ci est caducifolié, ce qui signifie qu’il perd ses aiguilles chaque automne et en fait pousser de nouvelles au printemps. Cette particularité lui permet de prospérer dans des régions aussi élevées et isolées, où il peut survivre pendant des millénaires.
Un mélèze subalpin remarquable découvert dans le parc E.C. Manning, en Colombie-Britannique, était estimé à 1 917 ans en 1989. Certains individus pourraient même avoir plus de 2 000 ans.

Thuya occidental (Thuja occidentalis)
Le thuya occidental pousse dans le sud-ouest du Canada, de la Nouvelle-Écosse jusqu’à l’est du Manitoba, souvent dans des zones marécageuses où la roche sous-jacente est composée de calcaire. Ce conifère persistant aux feuilles vert jaunâtre en forme d’écailles peut atteindre jusqu’à 25 mètres de hauteur. Une population ancienne de thuyas occidentaux occupe les falaises de l’escarpement du Niagara en Ontario, où leur éloignement des humains et des prédateurs a permis à certains d’entre eux de vivre plus de mille ans. Un arbre vivant sur l’escarpement a commencé à pousser en 688, ce qui lui confère plus de 1 300 ans. Le plus ancien thuya occidental connu, un arbre mort sur l’escarpement, a vécu environ 1 890 ans.
Les Haudenosaunee (Iroquois) ont une longue histoire d’utilisation de l’écorce et des aiguilles de cet arbre pour préparer une infusion qui prévient le scorbut. Cette technique a contribué à sauver la vie des premiers explorateurs français atteints de cette maladie, conférant à cet arbre longévif le surnom approprié d’« arbre de vie ».

Cyprès jaune (Chamaecyparis nootkatensis)
Le cyprès jaune est commun dans les forêts pluviales tempérées anciennes près de la côte du Pacifique, en Colombie-Britannique, y compris sur l’île de Vancouver et l’archipel Haïda Gwaïi. Ce conifère persistant aux petites feuilles en forme d’écailles peut atteindre une hauteur de 25 mètres.
Le cyprès jaune est extrêmement résistant à la pourriture fongique et aux insectes qui abondent dans les écorégions humides où il vit. Grâce à cette résistance, il peut vivre plus de mille ans, et même atteindre l’âge de 3 000 ans. Cette espèce a toujours été menacée par l’interférence anthropique, en particulier par l’exploitation forestière, et continue de décliner en raison du changement climatique. Une souche coupée à blanc découverte sur le mont Caren Range, en Colombie-Britannique, appartient à un arbre qui pourrait avoir 1 835 ans.

Épinette blanche (Picea glauca)
L’épinette blanche pousse partout au Canada, et pourrait bien être l’arbre le plus longévif du Nord. Ce conifère persistant, droit et rigide peut atteindre une hauteur d’environ 25 mètres. Sa vaste aire de répartition, qui s’étend du sud de l’Ontario jusqu’à la limite septentrionale des arbres, est due au fait qu’elle peut prospérer sur une grande variété de sols et dans une multitude de climats. Dans des conditions idéales, cette espèce peut vivre pendant des siècles.
En 2004, on évaluait l’âge d’une épinette blanche, située près du lac Kluane, au Yukon, à plus de 668 ans. Dans les Territoires du Nord-Ouest, on a dénombré plusieurs individus âgés de plus de 500 ou 600 ans. Dans les régions sauvages reculées au-delà du cercle arctique, certaines épinettes blanches peuvent vivre près de 1 000 ans.

Pruche du Canada (Tsuga canadensis)
La pruche du Canada est originaire des provinces de l’Est, depuis l’Ontario jusqu’en Nouvelle-Écosse. Ce conifère persistant peut atteindre une hauteur de 30 mètres. Contrairement à de nombreux arbres, cette espèce prospère à l’ombre, ce qui lui permet de croître lentement et de renforcer sa résilience face aux menaces. Ces dernières années, cette espèce a dû faire face à de graves menaces, notamment à cause des infestations de pucerons lanigères de la pruche. Ces petits insectes envahissants attaquent et tuent les pruches (voir Quatre insectes nuisibles majeurs des forêts canadiennes).
Une pruche du Canada est le plus vieil arbre vivant des Maritimes. En 2021, on a découvert l’arbre de 533 ans près du lac Panuke, en Nouvelle-Écosse. Ailleurs, les pruches du Canada peuvent vivre plus de 800 ans.

Érable à sucre (Acer saccharum)
L’érable constitue un symbole national du Canada. L’érable à sucre est probablement l’espèce la plus connue. Cet arbre caducifolié pousse dans les forêts de feuillus, depuis l’Ontario jusqu’aux Maritimes. Il est réputé pour ses feuilles aux couleurs automnales éclatantes, de même que pour le sirop d’érable produit à partir de sa sève.
Le « Comfort Maple » à Pelham, en Ontario, est considéré comme le plus ancien érable à sucre du Canada. En 1975, l’Association forestière de l’Ontario l’estimait âgé de 400 à 500 ans. En 2000, ce spécimen d’environ 25 mètres de hauteur a été désigné comme un arbre patrimonial en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.
