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Rivulettes de Preston

Durant les années difficiles de la crise des années 1930, une équipe a dominé le hockey amateur féminin et a captivé l’imagination des Canadiens. Les Rivulettes de Preston ont été dirigées par leur capitaine et ailière droite vedette, Hilda Ranscombe, largement considérée comme la meilleure joueuse de hockey au monde à l’époque, et elles ont remporté des championnats provinciaux, régionaux et nationaux. Sur les quelque 350 matchs qu’elles ont disputés, les Rivulettes n’en ont perdu que trois à cinq (les chiffres divergent selon les sources). Les Rivulettes ont été l’équipe féminine de hockey sur glace la plus titrée de l’histoire du sport canadien. Elles ont été intronisées au Cambridge Sports Hall of Fame et au Panthéon des sports canadiens.

Preston Rivulettes

Formation de l’équipe

L’équipe des Rivulettes est créée à Preston en Ontario (maintenant une partie de Cambridge) en tant qu’équipe féminine de softball. À la fin de la saison de 1930, les joueuses décident de former une équipe de hockey pour pouvoir pratiquer un sport en hiver. Certaines d’entre elles ont déjà joué au hockey avec des garçons sur la rivière Grand gelée. Les filles reçoivent le soutien du député Karl Homuth. Sur les conseils d’Alexandrine Gibb, une journaliste sportive pour le Daily Star de Toronto, elles se joignent à la Ladies Ontario Hockey Association (LOHA). Herb Fach, le gérant de la Lowther Street Arena à Preston, devient l’entraineur de l’équipe, tandis que Roy Osgood en devient le gérant.

L’équipe originale des Rivulettes est composée des sœurs Eleanor « Nellie » et Hilda Ranscombe, de Grace « Toddy » Webb, de Margaret Gabbitas, des sœurs Helen et Marm Schmuck, de Myrtle Parr, d’Helen Sault, de Pat Marriot, de Winnie Mackrow et de Sheila Leahy. Elles sont toutes des adolescentes âgées entre 13 et 19 ans.

Les autres joueuses qui jouent dans l’équipe durant la décennie sont Violet Hall, Gladys Hawkins, Norma Hipel, Ruth Dargel, Elvis Williams, Dot Raffey, Fay Hilborn, Eleanor Fairgrieves, Marion Reed, Midge Robertson et Marie Bielstein.

« Ce n’est pas un sport pour les filles »

Au début du 20e siècle, les matchs de hockey féminin sont des événements sociaux. Des matchs hors concours sont organisés au profit d’œuvres caritatives. Les femmes et les filles sont dissuadées de pratiquer des sports violents. Les Rivulettes doivent faire face à une opinion publique affirmant que les femmes et les filles n’ont ni la force physique ni l’endurance nécessaires pour jouer à un sport de contact. Certains médecins affirment même que les efforts physiques liés à des sports comme le hockey nuisent à la capacité des femmes d’avoir des enfants. Comme les patinoires d’arénas communautaires donnent priorité aux équipes masculines, les équipes féminines doivent s’entrainer à des heures inhabituelles.

Hilda Ranscombe

Un début spectaculaire

Les Rivulettes disputent leur premier match en février 1931 et elles remportent une série de deux matchs contre les Peaches de Grimsby. Elles remportent ensuite deux victoires contre les Sailorettes de Port Dover, qui sont les championnes intermédiaires de l’Ontario. Les Rivulettes jouent avec tellement d’habileté que l’entraineur de Port Dover veut voir leur gardienne de but se déshabiller pour prouver qu’elle n’est pas un garçon. Les Rivulettes battent les Silverwoods de London en deux matchs, se qualifiant ainsi pour la finale du championnat de l’Ontario contre les Ladies de Pembroke. Les Rivulettes remportent ce match, et elles décrochent ainsi leur premier titre.

Une décennie de domination

Tout au long des années 1930, les Rivulettes de Preston sont pratiquement imbattables. Elles sont rapides et puissantes, et elles jouent un jeu physique et agressif. Un article de journal décrit l’un de leurs matchs : « Ce n’était pas l’heure du thé social rose, les membres des deux équipes se sont réellement affrontées. » Les Rivulettes remportent dix championnats de l’Ontario. En 1933, pour la première édition du championnat national présenté par la Dominion Women’s Amateur Hockey Association (DWAHA), les Rivulettes représentent l’Est du Canada face aux Rustlers d’Edmonton. Toutefois, les joueuses de Preston sont fatiguées après un voyage de trois jours en train jusqu’à Edmonton et elles doivent commencer le premier match seulement cinq heures après être descendues du train. Elles perdent la série de deux matchs avec un score de 4 contre 2.

En 1934, les Rivulettes battent les Maroons de Montréal pour remporter le premier de leurs six championnats de l’Est du Canada et la Coupe Elmer Doust.

En 1935, Preston accueille les Eatons de Winnipeg dans une série de deux matchs en championnat national. Les Rivulettes remportent la victoire avec un score de 10 contre 2, recevant ainsi le trophée Lady Bessborough. Elles remportent ensuite trois autres championnats nationaux.

Fin d’une époque

Les difficultés financières engendrées par la crise des années 1930 rendent le fonctionnement des équipes de hockey amateur difficile. En 1936, comme les Rivulettes n’ont pas les moyens de payer les frais de déplacement excessivement élevés, elles ne peuvent pas participer à la série de championnats contre Winnipeg et elles doivent déclarer forfait.

Les Rivulettes sont également victimes de leur propre succès. Les autres équipes préfèrent ne pas les affronter. L’affluence aux matchs dans leur propre ville diminue, car leurs matchs sont rarement compétitifs. Leur couverture médiatique se raréfie. En 1939, les Rivulettes ne sont pas sélectionnées parmi les équipes canadiennes invitées à un tournoi aux États-Unis, apparemment parce qu’elles sont trop bonnes. Les Rivulettes espèrent participer à un tournoi en Europe, mais le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale met fin à ce projet. Comme Hilda Ranscombe le confie plus tard : « Nous devions aller jouer en Europe, mais la guerre a éclaté et notre bateau a coulé. Nous n’y sommes jamais allées. » Les Rivulettes disputent quelques matchs hors concours avant que l’équipe soit dissoute en 1942.

Legs

Les Rivulettes de Preston sont intronisées au Cambridge Sports Hall of Fame et au Panthéon des sports canadiens. Parcs Canada reconnait leur importance historique en leur dédiant une plaque commémorative à Cambridge. Les Rivulettes sont honorées au Temple de la renommée du hockey, bien que ni l’équipe ni aucune de ses membres n’y soient intronisées.

La pièce de théâtre Glory de la dramaturge Tracey Power, qui raconte l’histoire des Rivulettes, est produite par Alberta Theatre Projects en 2018.