Entre 1951 et 1957, l’Aviation royale canadienne (ARC) comptait sept infirmières militaires qui avaient été formées pour exercer les fonctions de sauveteuses-parachutistes, une fonction qui est l’ancêtre des techniciens de recherche et de sauvetage d’aujourd’hui. Ces infirmières militaires sauveteuses-parachutistes ont été surnommées avec admiration « para-belles » par la presse, et elles faisaient partie d’un petit groupe de professionnels des soins de la santé formés pour les sauvetages en parachute dans les années 1950. Par la suite, aucune autre femme n’a suivi de formation de sauvetage-parachutiste ou de technique de recherche et de sauvetage avant 1997.

Débuts du sauvetage-parachutisme
Durant la Deuxième Guerre mondiale, Wilfrid « Wop » May, un pionnier de l’aviation, crée une équipe de sauvetage en parachute alors qu’il dirige la No. 2 Air Observer School à Edmonton. L’Aviation royale canadienne (ARC) reprend cette opération en décembre 1944 et elle organise deux cours de sauvetage en parachute, un en 1945 et un en 1947. À l’issue de leur formation, les candidats obtiennent une qualification de spécialité tout en conservant leur métier habituel. En juin 1947, le gouvernement confie à l’ARC la mission de recherche et de sauvetage, ce qui nécessite le recrutement de davantage de spécialistes en sauvetage-parachutisme.
Formation de sauvetage-parachutisme pour le personnel médical
La promotion du cours de 1950 comprend parmi ses élèves le commandant d’escadre J.R. Jackson, médecin et chef du service médical du Commandement aérien du Nord-Ouest. En avril 1951, J.R. Jackson recommande que du personnel médical soit formé au sauvetage-parachutisme afin de tenter de prévenir les décès parmi les survivants d’accidents d’avion; selon lui, ne pas le faire susciterait des critiques publiques. L’état-major de l’armée de l’air approuve cette recommandation et met en place des cours de sauvetage en parachute destinées au personnel médical.
Chaque cours comprend 16 étudiants; deux médecins, cinq infirmières militaires, et neuf assistants médicaux. Au lieu du cours habituel de 18 semaines, la durée de cette formation est réduite à 13 semaines, car la partie médicale est supprimée de la phase théorique, et la partie pratique sur le terrain est réduite. Les infirmières militaires suivent la même formation que leurs collègues masculins et elles portent le même poids en équipement.

Infirmières militaires en formation
Le 16 juillet 1951, le premier groupe d’infirmières militaires parachutistes commence son cours de sauvetage en parachute, soit les sous-lieutenants Muriel Beaton, Marion MacDonald, Marian Neily, Anne Peden et Isabelle Thomson. Le 3 septembre, Marian Neily effectue le premier saut d’une infirmière parachutiste. La sous-lieutenant Muriel Beaton se fracture la jambe lors de son premier saut, malgré un atterrissage parfait.
Le 25 octobre, les participants au cours obtiennent leurs diplômes. L’événement est suffisamment important pour que le maréchal de l’air Wilfred Curtis, chef d’état-major de l’armée de l’air, remette aux diplômés le nouvel insigne de sauveteur-parachutiste. Wilfrid « Wop » May est l’invité d’honneur de la cérémonie. L’infirmière Muriel Beaton ne peut pas terminer sa formation en raison de sa blessure.
Le deuxième cours de sauveteurs-parachutistes entièrement constitué de personnel médical commence le 21 janvier 1952. Les infirmières militaires sous-lieutenants qui suivent le cours sont Roberta Bliesner, Marjory Fera, Ruth Kelly, Theresa Shoniker et Grace Woodman. À la mi-avril, alors qu’elles en sont à la phase pratique sur le terrain à Jasper, les recrues participent à un réel sauvetage; un accident de train au cours duquel une locomotive de passagers a heurté un éboulement et a dégringolé un talus de 150 mètres. Les participants du cours obtiennent leurs diplômes le 21 juin 1952. Parmi les infirmières militaires, seules Marjory Fera, Ruth Kelly et Grace Woodman obtiennent leurs diplômes, les deux autres ont été blessées.
Après leur graduation, les infirmières militaires sauveteuses-parachutistes continuent d’exercer leurs fonctions habituelles dans leurs hôpitaux respectifs. Elles participent également à des missions de vols de secours, durant lesquelles une infirmière militaire accompagne un patient à bord d’un avion militaire, et à des visites médicales dans les détachements. Parallèlement, elles doivent se maintenir en bonne condition physique et effectuer des sauts mensuels pour conserver leur qualification. En fait, seuls deux cours sont donnés pour le personnel médical. Les cours sont discontinués en raison des nombreuses demandes concurrentes pour des médecins et des infirmières, qui ne disposent donc que de peu de temps pour maintenir leur qualification de parachutiste et qui ne peuvent pas être facilement remplacés en cas d’urgence.

Sauts opérationnels
Une fois qualifiées, les infirmières militaires sauveteuses-parachutistes effectuent cinq sauts dans le cadre d’opérations de sauvetage entre 1952 et 1955. À l’époque, les sauveteurs-parachutistes ne sautent pas souvent. En 1952, par exemple, on compte moins de dix missions impliquant des sauvetages en parachute. Ce taux se maintient de la sorte durant les années suivantes.
L’infirmière militaire Grace Woodman effectue le premier saut opérationnel d’une infirmière militaire sauveteuse-parachutiste le 7 juillet 1952, seulement trois semaines après avoir obtenu son diplôme. Elle fait partie d’un trio qui, ce soir-là, saute pour porter secours à un jeune géomètre qui s’est fracturé le bassin en travaillant dans la région de Pitt Lake au nord-est de Vancouver. Grace Woodman se retrouve coincée dans un arbre à 11 mètres du sol. Elle finit par rejoindre les autres parachutistes à 5 h 30 le lendemain matin. Ils transportent le patient jusqu’à une zone d’atterrissage, et Grace Woodman l’accompagne à bord d’un hélicoptère de la US Navy jusqu’à l’hôpital. Il s’agit très probablement du premier saut de sauvetage en parachute effectué par une femme au monde.
En juillet 1952, l’ARC et la USAF organisent l’exercice Signpost dans l’est du Canada. Le 22 juillet, un bombardier Lancaster et un chasseur à réaction Vampire entrent en collision. Après la découverte des épaves, l’infirmière militaire Isabelle Thomson fait partie des sauveteurs qui sautent à moins de 9 mètres de l’épave du Lancaster. Aucun survivant n’est trouvé.
Le 28 novembre 1952, deux Sabres entrent en collision en plein vol durant un entrainement. Le lendemain, l’infirmière militaire Marion MacDonald et deux autres spécialistes en sauvetage sautent en parachute pour aller sauver l’un des survivants.
Le quatrième saut opérationnel connu a lieu après la disparition d’un Expeditor de l’ARC lors d’un vol de convoyage entre Summerside et Winnipeg le 9 octobre 1953. Ruth Kelly fait partie de l’équipe qui saute à environ 1,6 km de l’épave et découvre les corps des deux membres du personnel de l’ARC.
Le dernier saut opérationnel a lieu aux premières heures du 12 février 1955, lorsqu’un bombardier Boeing B-47 de la USAF explose en plein vol au-dessus du nord de la Saskatchewan. Un avion de la Saskatchewan Government Airways repère et évacue un survivant. L’infirmière militaire Marion MacDonald saute pour secourir un deuxième survivant. Il s’agit du deuxième saut de Marion MacDonald dans le cadre d’une mission de sauvetage, et elle le qualifie de « difficile ».

« Glamourisation »
Dès le début de leur formation de sauveteuses-parachutistes, les infirmières militaires sont glamourisées. Les médias surnomment les infirmières sauveteuses-parachutistes les « para-belles » ou les « para-beauty queens » en anglais, mettant l’accent sur leur féminité et leur charme. Les journaux précisent que ces surnoms sont utilisés avec « admiration » pour désigner ces infirmières.
Importance
En 1955, seules quatre infirmières militaires sauveteuses-parachutistes sur les sept d’origine continuent à effectuer des sauts; Majory Fera, Marion MacDonald, Marian Neily et Anne Peden. Toutes, sauf Anne Peden, sont démobilisées à la fin de février 1957. Quatre d’entre elles prennent leur retraite parce qu’elles se marient, et deux sont démobilisées parce qu’elles en sont à la fin de leur service. Cette situation est conforme aux attentes de l’ARC concernant le service des infirmières militaires. À la fin de décembre 1956, plus aucune des infirmières militaires sauveteuses-parachutistes n’est en service.
En ce qui concerne leurs rôles dans les missions de sauvetage en parachute, les « para-belles » effectuent peu de sauts opérationnels. Ceci reflète toutefois davantage le besoin de leurs services plutôt que leurs compétences. Aucune autre femme ne suit de formation en technique de sauvetage en parachute avant 1997.

Infirmières militaires sauveteuses-parachutistes de l’ARC
|
Nom |
Enrôlée |
Diplômée |
Libérée |
Raison |
|---|---|---|---|---|
|
Cours 5 |
||||
|
Muriel Beaton |
21 juin 1950 |
Non |
15 janvier 1954 |
Mariage |
|
Marion MacDonald |
25 janvier 1951 |
Oui |
Mars 1956 |
Mariage |
|
Marian Neily |
15 février 1951 |
Oui |
14 février 1957 |
Fin du contrat |
|
Anne Peden |
6 avril 1951 |
Oui |
Active jusque dans les années 1960 |
|
|
Isabelle Thomson |
31 janvier 1951 |
Oui |
14 octobre 1952 |
Mariage |
|
Cours 6 |
||||
|
Roberta Bliesner |
23 septembre 1950 |
Non |
Septembre 1956 |
Fin du contrat |
|
Marjory Fera |
21 août 1950 |
Oui |
20 août 1956 |
Fin du contrat |
|
Ruth Kelly |
4 juillet 1951 |
Oui |
12 octobre 1954 |
Mariage |
|
Theresa Shoniker |
20 septembre 1950 |
Non |
31 janvier 1954 |
Mariage |
|
Grace Woodman |
8 août 1951 |
Oui |
13 juin 1955 |
Mariage |
