Le Congrès juif canadien (CJC) est une organisation juive canadienne non gouvernementale. Pendant plus de 90 ans, il est le principal représentant et défenseur de la communauté juive du Canada. Il respecte les principes démocratiques et cherche à assurer une large représentation. Beaucoup le considèrent comme le « parlement des Juifs canadiens ». Tout au long de son histoire, le CJC joue un rôle de premier plan dans la défense des droits de la personne. Il se bat notamment pour l’égalité et la réforme de l’immigration au Canada. (Voir Politique d’immigration au Canada.) Au cours de ses dernières décennies, l’organisation participe à la campagne pour permettre l’immigration de Juifs en provenance de l’Union soviétique. Elle œuvre aussi pour retrouver de présumés criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale qui vivent au Canada. (Voir Crimes de guerre.) En 2011, la dissolution de l’organisation suscite une vive controverse. Elle marque un changement de cap, puisqu’elle délaisse la défense des droits des Juifs canadiens et de la personne pour se concentrer davantage sur la défense des intérêts israéliens.
Début des organisations juives canadiennes
La présence juive au Canada remonte au moins au 18e siècle. Les premières communautés juives stables s’établissent dans les villes de l’est et du centre du pays, principalement à Montréal et à Toronto. Ces communautés sont cependant peu nombreuses. Leur vie sociale et politique s’articule souvent autour de leur synagogue.
La première vague importante d’immigration juive au Canada a lieu à la fin du 19e siècle. De nombreux Juifs fuient les pogroms et la misère en Europe, espérant trouver une vie meilleure en Amérique du Nord. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, la communauté juive canadienne compte déjà 100 000 membres. Bon nombre de ces immigrants vivent dans une extrême pauvreté. Ils travaillent dans les industries des grandes villes canadiennes, en particulier dans l’industrie de la confection à Montréal.
Certains Canadiens se montrent xénophobes envers les immigrants juifs et le rejettent, tandis que d’autres leur témoignent de l’hostilité par antisémitisme. En conséquence, ces dernières sont souvent exclues de la société. Ces facteurs, combinés à l’exploitation des travailleurs juifs, donnent lieu à plusieurs événements marquants dans l’histoire de la défense des droits des Canadiens d’origine juive. Parmi ceux-ci figurent l’affaire Plamondon, l’affaire Pinsler et la question des écoles juives, la grève des tailleurs de 1912 et la manifestation étudiante de l’école Aberdeen de 1913.
Ce contexte hostile favorise l’émergence de groupes de défense des intérêts de la communauté juive. Parmi eux, on peut citer la Fédération des sionistes canadiens, dont les dirigeants sont désignés. On trouve aussi au Canada des sections du Po’alei Zion (Parti travailliste socialiste démocratique juif), un groupe socialiste qui défend les droits des travailleurs.
Cependant, la communauté juive canadienne est profondément marquée par la diversité culturelle et linguistique. (Voir aussi Multiculturalisme.) Elle se distingue également par sa grande diversité d’opinions politiques. Ces caractéristiques favorisent l’émergence d’une nouvelle organisation juive nationale et démocratique.
Fondation
En mars 1919, 200 délégués se réunissent au Monument national à Montréal pour fonder le Congrès juif canadien, premier organisme démocratiquement élu pour représenter la communauté juive du pays. Quelque 25 000 Juifs, provenant de diverses régions du pays, prennent part au vote pour élire leurs représentants.
Le CFC constitue la première assemblée juive pancanadienne de l’histoire du Canada. Son premier secrétaire général est Hananiah Meir Caiserman. Tailleur de métier et originaire de Roumanie, il reflète ainsi les origines est-européennes d’une grande partie de la communauté juive canadienne de l’époque. De plus, il personnifie l’héritage ouvrier de cette communauté et son engagement dans l’industrie de la confection. Il occupe ce poste jusqu’à sa mort en 1950.
Le saviez-vous?
En 2005, Parcs Canada reconnaît l’importance historique nationale de la fondation du Congrès juif canadien.
Premières années
Saul Hayes joue un rôle déterminant dans la transformation du Congrès juif canadien (CJC) en un groupe de pression efficace. Il agit comme directeur général de l’organisation pendant une grande partie du milieu du 20e siècle.
Dans les années 1930, il se distingue par son engagement au sein du Comité pour les réfugiés du CJC. (Voir aussi Réfugiés au Canada.) Il incite le gouvernement canadien à modifier ses politiques restrictives en matière d’immigration juive. Malgré tous les efforts de Hayes, du CJC et de leurs alliés, le Canada accueille moins de 5 000 réfugiés juifs entre 1933 et 1947, soit l’un des taux les plus faibles de tous les pays occidentaux. (Voir Le Canada et l’Holocauste; None is Too Many.)
Malgré cela, Saul Hayes parvient à tisser des liens politiques solides. S’ajoutant à son talent oratoire, cela fait de lui un leader efficace. Il devient le représentant de la communauté juive d’Ottawa. Il collabore étroitement avec Samuel Bronfman, le célèbre distillateur et magnat des affaires canadien. (Voir Famille Bronfman.)
Samuel Bronfman préside le CJC pendant la plus longue période de son existence, de 1939 à 1962. Durant cette période, Saul Hayes représente la communauté juive du Canada lors d’importantes réunions internationales cruciales, notamment au Congrès juif mondial, à la Conférence de San Francisco de 1945 et à la Conférence de paix de Paris de 1946. Il participe également à l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction. Dans ce dernier cas, Hayes devient la première personne à représenter la quasi-totalité des délégués juifs d’une organisation internationale depuis le traité de Versailles de 1919.
Le saviez-vous?
Lors d’une célébration du Centenaire du Canada en 1967, le CJC fait don d’une importante collection (7 000 volumes) d’ouvrages judaïques rares à Bibliothèque et Archives Canada.
Défense des droits de Juifs soviétiques
Les Juifs d’Europe jouent depuis longtemps un rôle important dans l’Union soviétique (URSS). En fait, au début du 20e siècle, des antisémites allèguent qu’un complot juif se cache derrière le communisme international. Malgré cela, l’antisémitisme et la discrimination généralisée envers les Juifs sont monnaie courante en URSS. De plus, l’émigration hors de l’Union soviétique y est fortement restreinte. De nombreux Juifs désirant s’installer en Israël voient leur demande rejetée. Leurs protestations entraînent des persécutions supplémentaires : ils peuvent perdre leur emploi ou leur statut, voire être emprisonnés.
Le saviez-vous?
Les liens entre l’URSS et Israël étaient particulièrement complexes. L’URSS a soutenu Israël pendant un certain temps après sa fondation. Toutefois, elle a également soutenu les mouvements de libération des peuples colonisés, y compris les Palestiniens, en particulier après la guerre israélo-arabe de 1967.
Des années 1960 à la fin des années 1980, la cause des Juifs soviétiques devient un enjeu important pour la diaspora juive au Canada et aux États-Unis. Le Congrès juif canadien (CJC) exerce des pressions sur le gouvernement canadien pour obtenir son soutien. En 1971, le CJC crée également son Comité national pour les Juifs soviétiques en réaction aux procès de 31 Juifs soviétiques dissidents à Leningrad. Le CJC joue un rôle clé au Canada en recueillant des fonds et en sensibilisant la population à cette cause.
Criminels de guerre nazis au Canada
Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Congrès juif canadien (CJC) se penche sur la question des criminels de guerre présumés ou suspectés au Canada, dont plusieurs étaient des collaborateurs nazis ou des sympathisants fascistes. Le CJC est l’une des premières organisations à attirer l’attention du gouvernement canadien sur cette question. Dans les années 1980, le gouvernement entreprend une enquête, la Commission Deschênes sur les criminels de guerre au Canada, à laquelle contribue le CJC.
En 1997, l’émission d’information américaine 60 Minutes se penche sur cette affaire. Le journaliste Mike Wallace interviewe notamment Bernard (Bernie) Farber, directeur national des relations communautaires au sein du CJC, ainsi que l’ancien président, Irving Abella.
Bernie Farber aurait collaboré efficacement avec la police et les commissions des droits de la personne pour éradiquer presque complètement le mouvement suprémaciste blanc en Ontario.
Dissolution
En 2011, le Congrès juif canadien (CJC) annonce qu’il met fin à ses activités. Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) prend alors le relais pour assurer la défense des intérêts des Juifs au Canada.
À l’époque, The Forward, la publication juive américaine à but non lucratif, rapporte que le CJC éprouve des difficultés financières. De plus, depuis près d’un an, plusieurs familles juives influentes au Canada coordonnent une fusion de plusieurs organisations juives nationales.
Le directeur général fondateur du CIJA, Shimon Fogel, soutient que la frontière entre l’antisémitisme et les « attaques politiques contre Israël » s’estompe. Cela justifie, selon lui, le regroupement des différentes organisations communautaires juives du Canada.
Le point de vue de Fogel contraste avec celui de l’ancien président du CJC, Keith Landy. Ce dernier soutient que Fogel et le CIJA détruisent une organisation communautaire établie de longue date et respectée, qui œuvre depuis près d’un siècle. Il souligne en outre que de nombreuses autres communautés minoritaires au Canada ont adopté le modèle du CJC.
Plusieurs membres du CJC sont mécontents et pensent que la nouvelle organisation sera moins démocratique et plus redevable aux principaux donateurs. Ils craignent également que le CIJA ne se concentre exclusivement sur la défense d’Israël, au détriment des préoccupations de la communauté juive au Canada. Cette approche contraste avec l’engagement accru du CJC envers la population juive canadienne et ses priorités nationales, y compris les droits de la personne et la justice sociale. Au moment de la fusion, de nombreuses critiques émergent, arguant que plusieurs entités seraient plus aptes à représenter la communauté juive canadienne qu’une seule. Elles soutiennent que, comme la communauté non juive ne parle pas d’une seule voix, vouloir que la communauté juive s’exprime par une seule voix semble insensé.
Les archives du CJC sont conservées par les Archives juives canadiennes Alex Dworkin à Montréal.