Tasha Hubbard, cinéaste, réalisatrice, scénariste, professeure (née en 1973 à Saskatoon en Saskatchewan). Tasha Hubbard est une documentariste primée, et elle a réalisé plusieurs documentaires pour l’Office national du film du Canada (ONF) sur les droits des Autochtones au Canada. Ses documentaires ont abordé des sujets comme la mort de Colten Boushie, la rafle des années1960, et les StarlightTours, qui ont attiré l’attention du public à Saskatoon lorsque des policiers ont été accusés d’avoir conduit des hommes autochtones jusqu’aux limites de la ville et de les avoir laissés mourir de froid pendant la nuit. Le travail de Tasha Hubbard a remporté un prix Gemini et un prix Écrans canadiens, ainsi que des prix du Hot Docs, de DOXA et du Festival international du film de Calgary. Elle siège également au Conseil consultatif autochtone de l’ONF. Elle est originaire de la Première Nation Peepeekisis, sur le territoire du Traité n°4. Elle a également des liens avec la Première Nation de Thunderchild, sur le territoire du Traité n°6 (voir aussi Premières Nations en Saskatchewan).

Jeunesse et éducation
Tasha Hubbard naît sous le nom de Carrie Alaine Pinay à Saskatoon au printemps1973. Elle est adoptée à l’âge de trois mois par un couple d’Avonlea en Saskatchewan. Tasha Hubbard fait partie des enfants placés en adoption dans le cadre de ce qui est communément connu comme la rafle des années soixante. Ce système, qui est en vigueur des années1950 jusqu’aux années1980, retire des enfants à leurs communautés autochtones lorsque le gouvernement provincial estime que cela est dans leur intérêt, et les place en famille d’accueil ou en adoption. Tasha Hubbard est adoptée grâce au programme Saskatchewan Adopt Indian Métis (AIM). Bien qu’elle souligne qu’elle a eu la chance d’avoir été adoptée par une famille aimante, la plupart des enfants autochtones n’ont pas cette chance. Certains sont adoptés pour servir de main-d’œuvre gratuite. Certains adoptés déclarent avoir subi des abus sexuels ou physiques. Dans la plupart des cas, les travailleurs sociaux et les familles adoptives ou d’accueil ne connaissent que très peu, voire pas du tout, les cultures autochtones. Par conséquent, des aspects clés de ces cultures ne sont pas transmis d’une génération à l’autre. L’expérience directe de Tasha Hubbard lors de la rafle des années soixante lui inspire son documentaire sur le sujet, Birth of a Family (v.f. Naissance d’une famille), qui raconte l’histoire de quatre frères et sœurs qui se rencontrent pour la première fois à l’âge adulte.
La mère adoptive de Tasha Hubbard lui demande, lorsqu’elle a 14ans, si elle aimerait rencontrer sa mère biologique. En moins de deux ans, Tasha Hubbard réussit à rencontrer ses deux parents biologiques. Son père biologique est cri et sa mère biologique est crie et saulteaux (voir aussi Anishinaabe).
Tasha Hubbard a dix frères et sœurs biologiques, tous plus jeunes qu’elle. Elle rencontre l’un d’entre eux en premier à 16ans, et le dernier, une de ses sœurs, à 22ans.
Les effets multigénérationnels de la perte de culture causée par les politiques de génocide culturel comme les pensionnats indiens ou la rafle des années60 peuvent être reflétés dans l’expérience de Tasha Hubbard qui tente de transmettre sa langue crie à son fils. Bien qu’il soit de coutume que les mères soient les premières à enseigner leur langue à leurs enfants, Tasha Hubbard est incapable de réaliser le souhait de son enfant de lui enseigner le cri.
Les deux parents biologiques de Tasha Hubbard, ainsi que les parents et grands-parents de sa mère biologique, sont des survivants des pensionnats indiens.
Tasha Hubbard est diplômée du College of Arts and Science de l’Université de la Saskatchewan, où elle obtient un baccalauréat ès arts en 1994 et une maitrise ès arts en 2006. Elle obtient également un doctorat en littérature autochtone et en fiction en prose de l’Université de Calgary en 2016.
Tasha Hubbard
Tasha Hubbard est une cinéaste surtout reconnue pour ses documentaires. Son travail a remporté de nombreux prix, dont un prix Écrans canadiens.
(Photo par Harold Feng/Getty Images)
Carrière cinématographique
Le premier projet solo d’écriture et de réalisation de Tasha Hubbard est le film Two Worlds Colliding, produit par l’Office national du film. Il est présenté en première au imagineNATIVE Film + Media Arts Festival en 2004. Ce documentaire porte sur les tristement célèbres « StarlightTours » de la police de Saskatoon et les décès par hypothermie qui en résultent chez les Autochtones, principalement des hommes. Le film remporte le prix Canada remis lors des prix Gemini de 2005 (maintenant les prix Écrans Canada).
L’expérience de Tasha Hubbard en tant que survivante de la rafle des années soixante jette les bases de son long métrage documentaire de 2017, Birth of a Family (v.f. Naissance d’une famille), qui raconte les retrouvailles, à l’âge adulte, de quatre frères et sœurs séparés à la naissance. Le film est présenté en première au Festival international canadien du documentaire Hot Docs cette même année. Il remporte le prix Moon Jury au imagineNATIVE Film + Media Arts Festival, ainsi que le prix Audience Favourite au Festival international du film d’Edmonton.
En 2019, Tasha Hubbard réalise le film nîpawistamâsowin: We Will Stand Up, qui explore le décès de Colten Boushie (voir Affaire Gerald Stanley). Le film remporte le prix du meilleur long métrage documentaire canadien lors de l’édition de 2019 des Hot Docs, et le prix Découverte de la Guilde canadienne des réalisateurs la même année. Il est également le premier film d’un cinéaste autochtone à ouvrir le festival Hot Docs. Il remporte deux prix au imagineNATIVE Film + Media Arts Festival cette année-là, soit le prix Sun Jury et le prix Audience Choice pour le long métrage. Il remporte également le Special Jury Prize for Social Justice lors de l’édition de 2019 du Festival international du film de Calgary. Aux prix Écrans canadiens de 2020, le film remporte le prix Ted Rogers du meilleur long métrage documentaire.
Le film de Tasha Hubbard Singing Back the Buffalo (2024) est un long métrage documentaire sur les efforts déployés pour réintroduire les bisons dans les plaines de l’intérieur de l’Amérique du Nord. La réintroduction est un concept proposé par LeeMaracle, universitaire et auteur Stó:lō, qui présente la restauration des terres et des cultures en reconnaissant les liens et les valeurs, en particulier ceux liés aux cultures et aux lois autochtones. Le bison, un animal sacré pour de nombreux peuples autochtones, a constitué une source essentielle de nourriture et de vêtements pendant des millénaires. Alors que les peuples autochtones vivaient en relative harmonie avec les immenses troupeaux de bisons d’Amérique du Nord autrefois très nombreux, cet animal a été tellement chassé qu’il a failli disparaitre au 19e siècle. Le documentaire de Tasha Hubbard suit les efforts transfrontaliers des communautés autochtones et des scientifiques pour réintroduire les bisons sur les terres où ils régnaient autrefois. Le projet s’appuie sur l’intérêt académique de Tasha Hubbard pour le bison et ses relations avec les sociétés autochtones. Le film est en nomination pour le prix du meilleur documentaire canadien et il remporte le prix Audience Award pour le meilleur long métrage documentaire canadien au Festival international du film de Calgary en 2024. Il remporte également le prix du meilleur long métrage documentaire au imagineNATIVE Film + Media Arts Festival de 2025, en hommage à la célèbre documentariste Alanis Obomsawin. Il remporte aussi le prix Special Jury Mention Nigel Moore lors de l’édition de 2024 de DOXA.
Carrière universitaire
Tasha Hubbard est professeure agrégée à l’Université de l’Alberta. Elle fait partie de la faculté des études autochtones et du département d’anglais et de cinéma. Avant cela, elle est professeure adjointe de littérature et de médias autochtones à l’Université de la Saskatchewan. Ses intérêts universitaires portent sur les efforts des Autochtones pour le retour des bisons sur leurs terres, ainsi que sur le cinéma autochtone en Amérique du Nord. Depuis 2015, Tasha Hubbard œuvre en faveur du Buffalo Treaty, un accord transfrontalier entre les communautés autochtones du Canada et des États-Unis qui soutient la réintroduction des bisons sur leurs terres traditionnelles. Tasha Hubbard est également l’une des fondatrices du International Buffalo Relations Institute.