Samuel Glode

Samuel Glode (également orthographié Gloade), bûcheron, guide de chasse et de pêche, trappeur, soldat et héros de guerre mi’kmaq (né le 20 avril 1880 à Milton, en Nouvelle‑Écosse; décédé le 26 octobre 1957 à Halifax, en Nouvelle‑Écosse), était un vétéran de la Première Guerre mondiale. Il a servi dans le génie et a reçu la Distinguished Conduct Medal (DCM) pour ses actions héroïques, après l’armistice du 11 novembre 1918.



Jeunesse

Samuel (Sam) Glode est le fils de Stephen et Sarah Jane Glode. La famille mène la vie traditionnelle des Mi’kmaq, chassant et pêchant pour se nourrir, ainsi que pour fabriquer et vendre des paniers, des manches de hache et des arceaux de mât, en vue d’acheter d’autres marchandises dont ils ont besoin. Sam Glode épouse Louisa Francis en 1900, mais elle décède cinq ans plus tard, le laissant avec un fils, Louis. Jeune homme, Sam est bûcheron, cependant, l’année même du décès de sa femme, il commence à travailler comme guide pour des touristes sportifs, venus essentiellement des États‑Unis. Il occupe également, sur une longue période, un emploi de guide au Yukon pour de riches Américains.

Première Guerre mondiale

Un jour de 1915, alors qu’il est âgé de 35 ans, Sam Glode est en train d’abattre des arbres avec l’un de ses amis, une tâche dure et fatigante qui donne très chaud. Ils savent que l’armée nourrit et habille les soldats, tout en les payant 1,10 $ par jour. S’imaginant que la vie militaire ne pourrait pas être pire que d’abattre des arbres, ils décident, alors, de « partir à la guerre ». Le 28 août 1915, Sam Glode s’enrôle dans le 64e bataillon d’outre‑mer du Corps expéditionnaire canadien (CEC), au camp de Sussex, au Nouveau‑Brunswick. À l’origine, le 64e devait recruter des hommes dans les trois provinces maritimes (Terre‑Neuve ne faisait pas encore partie du Canada); toutefois, la plupart des soldats du bataillon étaient originaires de la Nouvelle‑Écosse. En novembre, après 10 semaines de formation à Sussex, l’unité s’installe dans des quartiers d’hiver, à Halifax, en Nouvelle‑Écosse.

Le 31 mars 1916, le 64e quitte le Canada à bord du SS Adriatic, pour l’Angleterre, où il stationne dans différents camps dans le sud‑est du pays. Après trois mois de formation supplémentaire, le bataillon est démantelé en juillet, afin que ses hommes puissent venir renforcer les unités du Corps expéditionnaire, qui se bat, sur le front de l’Ouest, en France et en Belgique (voir Première Guerre mondiale).

À l’été 1916, une unité minière du Corps du génie royal canadien (voir Ingénieurs militaires) lance un appel pour le recrutement de volontaires. Bien que Sam Glode ne soit pas lui‑même mineur, il partage sa tente avec un soldat originaire de l’île du Cap‑Breton, en Nouvelle‑Écosse, qui, lui, l’est, et le convainc de demander son transfert vers cette unité minière. Avec plusieurs autres hommes, il est envoyé en Belgique, où il intègre la 1re Compagnie de sapeurs‑mineurs.

Plus tard, Sam Glode se rappellera qu’il pouvait voir les lignes allemandes le long de la crête de Messines, en Belgique, et n’oubliera jamais sa première nuit dans les tranchées. Il témoignera de cette expérience en ces termes : « Je suis resté debout pendant presque toute cette nuit à regarder les fusées éclairantes qui s’élevaient, comme des feux d’artifice, au‑dessus du « No Man’s Land », et à écouter les canons et les rafales des fusils et des mitrailleuses. C’était comme un grand spectacle, et c’était plutôt joli la nuit. »

Sam Glode creuse des tunnels, pour la première fois, dans la région de la crête de Messines. Il fait partie d’un groupe qui se dirige vers les lignes allemandes, mais, en raison de la pente du terrain, les ingénieurs doivent d’abord creuser 25 mètres, tout droit vers le bas, avant de pouvoir commencer à creuser vers les tranchées ennemies. Il se souvient : « Il s’agissait essentiellement de travailler avec un pic et une pelle, et ce, surtout dans de l’argile bleue bien dure. »

Un matin, Sam Glode conduit un groupe de tunneliers d’une vingtaine d’hommes. Il se rappelle qu’alors qu’ils progressaient sous le « No Man’s Land », tout à coup, « tout est devenu noir » et qu’il a senti que quelqu’un l’avait frappé « à la tête avec une grosse massue » et que ses oreilles « chantaient comme s’il y avait un sifflet à vapeur à l’intérieur ».

Sam Glode raconte qu’il a alors tenté, sans succès, d’allumer une bougie qui s’était éteinte, constatant qu’il n’y avait pas suffisamment d’air. Il explique qu’après avoir trouvé une torche électrique, il a rapidement constaté que le tunnel derrière le groupe s’était effondré et a compris que leur seule chance de sortir de là était de creuser tout droit vers le haut, sachant que le sol au‑dessus d’eux était en pente descendante. Il raconte qu’encore hébétés par l’effondrement, la seule chose à laquelle ses camarades arrivaient à penser était le puits de 25 mètres qu’ils avaient creusé vers le bas pour arriver là où ils se trouvaient.

Sam Glode poursuit en racontant qu’ayant saisi un pic, il s’est attaqué, sous les yeux de ses compagnons, au toit du tunnel et, qu’après avoir creusé pendant plusieurs heures, il a fini par atteindre la surface. Il poursuit son récit en expliquant qu’il a alors indiqué à son groupe qu’il faudrait attendre l’obscurité pour revenir jusqu’à leurs propres lignes. Il conclut en indiquant qu’alors qu’ils attendaient, une équipe de secours a réussi une percée à partir de l’autre extrémité du tunnel effondré, et que lui et ses hommes ont ainsi été sauvés. Il participe ensuite à d’autres opérations de creusage de tunnels à Passchendaele et à la crête de Vimy.

Monument national des anciens combattants autochtones, Ottawa

Monument dédié aux soldats autochtones, comme Frank Narcisse Jérome,  qui ont combattu pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.

(avec la permission de Wikipédia)

Médaille de conduite distinguée

En juillet 1918, Sam Glode est muté au 6e Bataillon du Génie canadien. Là, il entreprend des tâches habituelles du génie, comme la réparation des routes. Le 20 octobre, il est promu caporal. Après la signature de l’armistice, le 11 novembre 1918, mettant fin à la Première Guerre mondiale, son courage est à l’origine d’un honneur rarement accordé (voir Jour du souvenir au Canada). Alors que les soldats canadiens progressent en Belgique en direction de l’Allemagne, son unité avance en tête, à la recherche de mines et de charges explosives de démolition. Les 19 et 20 novembre, il désamorce personnellement 450 charges, ce qui lui vaut une Médaille de conduite distinguée (DCM). La citation accompagnant sa médaille mentionne « [...] qu’il fit preuve d’un zèle extraordinaire dans sa tâche et demeura imperturbable face au danger ».

Pendant la Première Guerre mondiale, la DCM était la deuxième plus haute distinction décernée aux soldats de l’Empire britannique, dépassée uniquement, à ce chapitre, par la Croix de Victoria (voir Médaille). Moins de 2 000 militaires, sur les plus de 600 000 ayant servi dans le Corps expéditionnaire canadien, ont reçu la DCM pendant la guerre.

Vie après la guerre

Sam Glode retourne à Halifax, à bord du SS Belgic, et est libéré le 1er mai 1919. De retour en Nouvelle‑Écosse, il choisit de reprendre son mode de vie d’avant la guerre, comme il le dit : « seul dans ma cabane dans les bois ». Admis à l’hôpital Camp Hill, l’hôpital des anciens combattants à Halifax, il y décède en 1957, à 77 ans, après une maladie de quelques mois. Il est enterré au cimetière catholique Saint Gregory à Liverpool, en Nouvelle‑Écosse, en présence d’une garde d’honneur de la Légion royale canadienne.

Importance

Samuel Glode est l’un des soldats des Premières Nations les plus décorés de la Première Guerre mondiale, avec, notamment, la Distinguished Conduct Medal (DCM) qui lui a été attribuée pour acte de bravoure. En 2018, à l’occasion du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, l’affiche annuelle du Mois de l’histoire des Mi’kmaq rend hommage aux 200 Mi’kmaq, originaires des Maritimes, qui se sont enrôlés dans l’armée, dont 90 environ venaient de la Nouvelle‑Écosse. Sam Glode figure en bonne place sur cette image.


Lecture supplémentaire

  • John Marteinson, Le Corps blindé royal canadien : une histoire illustrée (1992).

Liens externes