Notre histoire en souvenirs : Arthur Hiller

En 2005, pour commémorer le 60e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens célèbres ont exprimé ce que signifiait pour eux cet exercice de mémoire, dans le cadre de la campagne Notre histoire en souvenirs, menée par l’Institut Historica-Dominion (aujourd’hui Historica Canada), CanWest News Service (aujourd’hui Postmedia News) et le ministère des Anciens Combattants. Cet article est tiré de cette campagne.

Hiller, Arthur
Le metteur en sc\u00e8ne et producteur, Arthur Hiller, sur le plateau de tournage de The Lonely Guy, 1983 (avec la permission du Toronto International Film Festival Group).\r\n \r\n

Une guerre qui avait un sens

Arthur Hiller se dit chanceux d’avoir participé à cette guerre, vrai combat entre la justice et le mal.

« Nous sommes chanceux, cette guerre avait un sens », a-t-il dit. « Lors de la Deuxième Guerre mondiale, nous nous battions contre un très mauvais gars. Je suis vraiment content de ne pas avoir eu à me rendre au Vietnam. »

« S’il n’était pas question de mort et de destruction, je pourrais dire que la camaraderie, les bons amis et le but commun que nous cherchions tous à atteindre ont fait de ces trois années les meilleures de ma vie. »

Navigateur de l’Armée de l’air

Arthur Hiller, âgé de 81 ans en 2005, a passé la majeure partie de sa vie à côtoyer les vedettes de Hollywood. Mieux connu pour la réalisation du film à succès Une histoire d’amour en 1970, il a également produit et réalisé des centaines d’autres films et séries télévisées primés et a occupé jusqu’en 1997 la présidence de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

Mais bien avant cela, ses amis et camarades étaient les six autres pilotes de l’Aviation royale du Canada qui ont volé avec lui de 1943 à 1945 lors de raids de bombardement de nuit en Allemagne. Hiller avait quitté ses études à l’Université de l’Alberta en 1941 pour s’engager dans l’Armée de l’air.

« Mes amis se faisaient tuer outre-mer », a-t-il dit; « alors, je me suis engagé ». Il voulait vraiment être un pilote, mais les recrues les plus brillantes recevaient un entraînement de navigateur et malgré les efforts déployés par Hiller pour abaisser volontairement sa note au test de recrutement, l’Armée de l’air l’a tout de même envoyé suivre un cours de navigateur.

Après une formation de deux ans au Canada, il s’est retrouvé sur une base aérienne en Angleterre pour intégrer l’équipage d’un bombardier de classe Halifax et a commencé à prendre part à des missions aériennes en Allemagne. En tant que navigateur, il avait la responsabilité d’assurer la sécurité de l’aéronef jusqu’à ce qu’il atteigne sa cible quotidienne et souvent par des temps exécrables, sous les projecteurs ennemis, les tirs antiaériens et parmi les chasseurs allemands. Il travaillait dans un petit cubicule derrière le poste de pilotage, le nez dans les cartes de navigation. Il dit avoir manqué bien des moments terrifiants qui se déroulaient à l’extérieur.

« Les pilotes devaient voler à très basse altitude et faire des courbes en S géantes pour éviter les tirs », se rappelle-t-il.

« Tout le monde à bord était terrifié, sauf moi. J’étais trop occupé pour avoir peur. Je rampais sans cesse sur le sol à la recherche de mes crayons et de mon compas et de toutes les choses qui tombaient de ma table pendant les manœuvres. Lorsque tout le monde paniquait à l’approche d’un tir antiaérien ou à cause d’un Messerschmitt qui nous talonnait, je me disais qu’il me fallait absolument trouver mes outils. »

Vie et mort

Même si Hiller et ses amis sont sortis indemnes de toutes leurs missions, sort plutôt inhabituel pour les troupes de bombardement alliées, ils n’étaient pas moins horrifiés à leur retour en Angleterre après les raids, à la vue des trous pratiqués par les shrapnels dans les ailes de leur avion – avion que l’équipage avait surnommé Li’l Abner.

« La plupart du temps, nous ne réalisions pas que nous avions été touchés », a-t-il dit. « Nous riions de cela, mais je me rappelle m’être réveillé certaines nuits avec des sueurs froides à l’idée de ces moments où j’ai failli mourir. »

Premier bombardier Lancaster
en ao\u00fbt 1943, des ouvriers en construction aéronautique de malton (ontario) entourent le premier bombardier lancaster de fabrication canadienne. nommé le \u00ab ruhr express, \u00bb le bombardier sera utilisé par le 419e Escadron pendant la guerre avant d'\u00eatre abattu en janvier 1945. (Archives de la Ville de Toronto/SC266/86576)

Le pire souvenir de la guerre pour Hiller ne concerne pas un événement qui s’est déroulé en Allemagne, mais plutôt sur la piste d’atterrissage en Angleterre, peu après le remplacement des bombardiers de type Halifax de son escadron par des Lancasters.

« On nous avait enlevé notre Li’l Abner », a-t-il dit. « Nous n’étions pas très contents. Après 17 raids, cet avion était un peu notre ami. »

« Quelques jours plus tard, alors que nous regardions le Li’l Abner s’en aller alors qu’un autre équipage le pilotait, un des pneus a éclaté au décollage. L’aile a touché le sol, la moitié du chargement de bombe a explosé et tout le monde à bord a été tué, sauf le canonnier arrière. Nous avons dû nettoyer après la piste, et ramasser les restes des corps de nos amis. »

« Aujourd’hui, ce souvenir demeure tout aussi douloureux. »

Le Souvenir

Des décennies plus tard, Hiller s’inquiète de voir cette guerre et ses causes être tranquillement oubliées.

« Tout s’efface avec le temps », a-t-il dit. « Je crois que plusieurs jeunes gens ignorent ce qu’a été la Deuxième Guerre mondiale et ce qui s’y est passé. Si vous demandez aux gens ce qu’est l’Holocauste, plusieurs ne sauront pas de quoi vous parlez. C’est arrivé il y a trop longtemps. »

« C’est pourquoi les cérémonies du Souvenir et les autres événements de ce type sont si importants. Ils nous permettent de rappeler ce qui s’est passé et de rester conscients afin d’éviter que des choses semblables se reproduisent à l’avenir. »


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