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Néolibéralisme

Le néolibéralisme est une philosophie politique et économique. Il prône les marchés libres, une intervention limitée du gouvernement, la privatisation, la déréglementation et le libre-échange. Cette philosophie est apparue après la Deuxième Guerre mondiale grâce à des économistes tels que Friedrich Hayek et Milton Friedman. À la suite des crises économiques des années 1970, la confiance dans l’économie keynésienne s’est effritée. Cela a permis au néolibéralisme de gagner en importance. Il s’est imposé sous Margaret Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux États-Unis et Brian Mulroney au Canada. La mondialisation a connu un essor grâce à des accords de libre-échange comme l’ALENA. Cependant, les crises récentes ont amené les gouvernements à adopter des approches plus interventionnistes.

Contexte historique

Le libéralisme classique est l’idéologie politique dominante aux 17e et 18e siècles. Adam Smith en développe les principes dans La Richesse des nations (1776). Le libéralisme classique est ancré dans la liberté individuelle. Il repose sur le laissez-faire économique, un système de marché libre fondé sur la conviction que les gouvernements ne devraient pas intervenir dans l’économie.

Les intellectuels John Stuart Mill et David Ricardo contribuent à faire progresser le libéralisme classique. Celui-ci demeure dominant jusqu’à la crise économique des années 1930. La crise dure une décennie et entraîne un chômage massif. Elle remet en question le laissez-faire économique et ouvre la voie à de nouvelles façons de concevoir l’économie.

Essor et déclin du New Deal

Le New Deal est une série de réformes adoptées par le président américain Franklin D. Roosevelt en 1933. Il s’agit d’une philosophie politique progressiste qui s’adresse à « l’homme oublié ». Sous le New Deal, l’économie keynésienne devient l’idéologie dominante. Keynes soutient que les dépenses publiques en période de crise économique stimulent l’économie.

Alors que la Deuxième Guerre mondiale touche à sa fin, les premiers signes du néolibéralisme apparaissent. L’économiste autrichien Friedrich Hayek, qui formule le concept de néolibéralisme dès 1936, s’inquiète de la préservation de « la société libre ». En réponse, il élabore une méthode pour la préserver. Dans La Route de la servitude (1944), Hayek expose ce qu’il considère comme les dangers de la social-démocratie. En 1947, Hayek fonde la Société du Mont-Pèlerin. Ce groupe de 36 intellectuels se réunit sur le Plateau suisse, qui surplombe le lac Léman, pour discuter de l’avenir du libéralisme. L’un des principaux membres de la Société du Mont-Pèlerin est l’économiste Milton Friedman, de l’Université de Chicago. Il publie de nombreux ouvrages dans lesquels il défend ses idées néolibérales.

Au cours des décennies suivantes, divers groupes de réflexion – une nouvelle forme d’organisation politique composée de gens d’affaires, de journalistes et d’autres intellectuels – défendent le néolibéralisme.

Ère néolibérale

Dans les années 1970, l’ère du New Deal s’effondre. En 1973, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) impose un embargo pétrolier. Cela entraîne une flambée des prix du pétrole et une instabilité économique mondiale. Par la suite, la révolution iranienne de 1979 et la guerre Iran-Irak (1980-1988) exercent des pressions supplémentaires sur les prix du pétrole. À ces crises s’ajoute la stagflation, une situation économique caractérisée à la fois par un chômage élevé et une forte inflation.

La combinaison de ces difficultés économiques et d’autres événements, comme le Watergate, entraîne une perte de confiance envers le système en place. Cela permet aux politiques néolibérales de s’imposer dans le courant politique dominant. Hayek, figure fondatrice du néolibéralisme, conserve son influence, notamment en s’opposant aux syndicats. Friedman gagne en influence sur la politique économique lorsque sa théorie du monétarisme est adoptée en Grande-Bretagne et aux États-Unis. (Voir aussi Politique monétaire.)

Margaret Thatcher, la première femme à occuper le poste de première ministre du Royaume-Uni, est élue en 1979. À son entrée en fonction, elle doit composer avec un taux de chômage élevé. Elle cherche à y remédier au moyen de politiques néolibérales, notamment la déréglementation, la réforme des syndicats et la privatisation. Ronald Reagan est élu président des États-Unis en 1980. Il est déterminé à rétablir les principes du libre marché aux États-Unis. Il met en œuvre des politiques semblables à celles de Thatcher, notamment des baisses d’impôts et des mesures visant à affaiblir les syndicats.

Brian Mulroney et Margaret Thatcher

Brian Mulroney est élu premier ministre du Canada en 1984. Il met en œuvre diverses politiques néolibérales. Il déréglemente le marché, réduit l’intervention de l’État (en particulier dans le secteur de l’énergie) et privatise des sociétés d’État comme Air Canada et Petro-Canada. Ses réformes fiscales réduisent l’impôt des particuliers et des sociétés grâce à l’instauration de la taxe sur les produits et services (TPS) en 1991. Mulroney démantèle également le Programme énergétique national (PEN), créé sous Pierre Trudeau. L’Accord de l’Ouest établit une nouvelle politique énergétique fondée sur le libre marché, mettant fin au protectionnisme à l’égard du pétrole et du gaz canadiens.

Mulroney et Reagan sont les principaux artisans du mouvement vers la mondialisation avec l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis. Celui-ci est ensuite élargi pour devenir l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), aujourd’hui remplacé par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). L’ALENA élimine les droits de douane et réduit les obstacles au commerce. Parmi les autres politiques néolibérales de l’ère Mulroney figurent la création de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA) et l’Accord atlantique de 1985, un plan visant à permettre à Terre-Neuve-et-Labrador de tirer des revenus de ses ressources pétrolières.

Le nouveau consensus de Washington

Le néolibéralisme demeure l’idéologie dominante sous les premiers ministres canadiens Jean Chrétien, Paul Martin et Stephen Harper. Il fait toutefois l’objet de nombreuses critiques. La plus répandue concerne la répartition de la richesse. Certains soutiennent que le monde est aujourd’hui plus riche qu’il ne l’était il y a un siècle et que des millions de personnes sont sorties de la pauvreté. D’autres estiment que le néolibéralisme accentue les inégalités de richesse et entraîne une érosion des droits.

L’abandon progressif du néolibéralisme s’explique par plusieurs facteurs, notamment la récession de 2008-2009 à l’échelle mondiale, la pandémie de COVID-19, le mandat du président américain antimondialiste Donald Trump, ainsi que les perturbations économiques causées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et par la guerre menée contre l’Iran par les États-Unis et Israël en 2026.

Cette nouvelle période, appelée le Nouveau consensus de Washington, marque un important virage par rapport aux politiques néolibérales. Elle met l’accent sur la protection des économies nationales, l’énergie verte et une intervention accrue de l’État. Par exemple, le Royaume-Uni nationalise ses services ferroviaires. Aux États-Unis, le président Joe Biden investit des milliers de milliards de dollars dans des programmes sociaux et climatiques. L’Union européenne (UE) est également à l’avant-plan de la transition écologique. Même le Fonds monétaire international (FMI), une institution traditionnellement favorable au libre marché, crée le Fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité (Resilience and Sustainability Trust) afin d’aider les pays les plus touchés par le changement climatique.

Les nouvelles politiques de protectionnisme et de nationalisme économique, de même que l’élargissement des programmes sociaux, marquent un éloignement de l’ère néolibérale au profit du Nouveau consensus de Washington.