Nelly Arcan

Nelly Arcan, née Isabelle Fortier (née le 5 mars 1973 à Lac-Mégantic, Québec; décédée le 24 septembre 2009 à Montréal), est une auteure de romans québécois spécialisée dans l’autofiction.

Nelly Arcan, née Isabelle Fortier (née le 5 mars 1973 à Lac-Mégantic, au Québec; décédée le 24 septembre 2009 à Montréal, au Québec), est une auteure de romans québécois spécialisée dans l’autofiction. Elle éveille beaucoup la curiosité en avouant publiquement avoir été escorte, ce qui parfois détourne l’intérêt pour son travail d’auteure, aussi bien lors d’entrevues que dans les critiques. Ses œuvres, surtout la première, intitulée Putain, sont librement inspirées de son emploi du temps comme travailleuse du sexe. Elle s’est enlevé la vie à l’âge de 36 ans.

Origines et publications

Isabelle Fortier passe son enfance à Lac-Mégantic, dans les Cantons-de-l’Est. Elle est la plus jeune de deux enfants d’une famille traditionnelle plutôt religieuse. Son enfance est assez paisible; on la décrit comme une enfant créative, brillante et sensible. En 1994, elle quitte sa ville natale pour faire des études en littérature à l'Université du Québec à Montréal. La grande ville lui fait vivre ce qu’elle appelle « une débauche de valeurs » et lui fait découvrir des mœurs pour lesquelles elle est moins bien préparée. Elle travaille comme escorte pour payer ses études, ce qui lui permet de constater amèrement le grand mal de vivre de la société et le sort souvent réservé aux femmes de cette industrie. Étudiante plutôt douée, elle fait son baccalauréat et enchaîne aussitôt avec une maîtrise, durant laquelle elle rédige aussi sa première œuvre, Putain (2001). Le manuscrit, achevé en quelques mois, est rapidement accepté par les Éditions du Seuil. Pour marquer une distance avec son récit, l’auteure prend alors le nom de plume Nelly Arcan. L’intérêt pour son livre croît à une vitesse fulgurante en France. Putain lui vaut même une nomination pour les prestigieux prix Médicis et Femina en 2002.

Folle paraît en 2004, toujours aux Éditions du Seuil, et se retrouve également en lice pour le prix Médicis, bien que l’enthousiasme du public se soit calmé quelque peu. Arcan publie ensuite en 2007 L’enfant dans le miroir, un récit accompagné d’illustrations de Pascale Bourguignon décrivant les déboires de l’adolescence et le début du règne de la beauté. Une version allongée de cette œuvre, souvent décrite comme un « conte cruel pour jeunes filles », paraît aussi dans le recueil posthume Burqa de chair (2011).

Également en 2007, l’écrivaine présente À ciel ouvert, un récit plus classique tenant moins de l’autofiction. Enfin, en 2009, Paradis clef en main, qui traite du suicide, paraît deux mois environ après sa mort. Si tous les livres de Nelly Arcan sont assez bien reçus par la critique, Putain demeure son œuvre centrale.

Talent, image et honte

À l’adolescence, Isabelle Fortier traverse une période assez difficile pendant laquelle les complexes se multiplient. Elle développe un rapport au corps particulier duquel elle ne se défera jamais; elle aura d’ailleurs recours à la chirurgie plastique plus d’une fois au cours de sa vie. L’apparence de Nelly Arcan capte l’attention et à plusieurs reprises, elle se sent humiliée ou incomprise sur des plateaux de télévision, entre autres en France lors de l’émission Tout le monde en parle avec l’animateur controversé Thierry Ardisson. À son passage en septembre 2007 à l’émission québécoise du même nom animée par Guy A. Lepage, l’auteure est profondément bouleversée par l’entrevue, qui met peu d’emphase sur son œuvre. Peu après, elle écrit le texte « La honte », qui est d’abord publié sur son site puis dans le recueil Burqa de chair en 2011.

Les héroïnes des œuvres de Nelly Arcan vivent dans un monde qui les oppresse et les rejette, mais en même temps, elles tueraient pour plaire. Le paradoxe qu’engendre Nelly Arcan par son passé d’escorte et sa position de témoin critique du milieu de la prostitution fait d’elle, malgré son immense talent, une proie médiatique facile. Comme ses héroïnes, elle se débat avec sa propre image. Cependant, ses admirateurs la lisent et la soutiennent pour les mêmes raisons. Aujourd’hui encore, elle est lue et étudiée, et depuis 2014, la Médiathèque municipale de Lac-Mégantic, sa ville d’origine, porte son nom.

Mort tragique

La romancière avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide avant de parvenir à ses fins et de se pendre en 2009 dans son appartement du plateau Mont-Royal, à Montréal. Le suicide était présent dans sa vie personnelle et dans son œuvre : il en est question dans Putain et dans Folle, et Paradis clef en main est rédigé autour de ce sujet. Lors de sa mort, des courriels ont été envoyés à certains amis, mais aucun message n’a été diffusé au public. Il reste son œuvre, grandement autobiographique, à découvrir. Nelly (2016), le troisiѐme film d’Anne Émond, est librement inspiré de la vie de Nelly Arcan.