Francophones de l'Ontario (Franco-Ontariens)

L’Ontario abrite la plus grande communauté minoritaire de langue française au Canada, et la plus grande communauté francophone de toutes les provinces à l’exception du Québec. La présence française en Ontario remonte au début du 17e siècle, au temps du régime colonial français (voirNouvelle-France.) Elle a grandi constamment tout au long des 19e et 20e siècles, surtout dans l’est et le nord-est de la province, suivant l’essor de la foresterie, des mines et du chemin de fer. Le français a statut de langue officielle à l’Assemblée législative, dans les tribunaux et les établissements d’enseignement (voirLoi sur les services en français de l’Ontario).



Population

Le recensement de 2016 a dénombré 622 340 Franco-Ontariens. Le français est la langue maternelle de 4 % de la population de la province (527 690 personnes) et la première langue officielle de 4,1 % (550 600 personnes).

La plupart des Franco-Ontariens vivent dans l’est de la province, soit 42,7 % dans la région économique d’Ottawa et les alentours. Ils sont présents aussi dans les régions économiques du Nord-Est, autour de Sudbury et de North Bay (20,7 %); de Toronto (19 %); de Hamilton-Péninsule du Niagara (4,7 %); de Kitchener-Waterloo-Barrie (3,8 %); de Kingston-Pembroke (2,6 %); de Windsor-Sarnia (2,9 %); de London (1,5 %); du Nord-Ouest (1,1 %); de Muskoka-Kawarthas (0,8 %) et de Stratford-Péninsule Bruce (0,4 %).

Histoire des francophones en Ontario

En 1610, l’explorateur français Étienne Brûlé devient le premier Européen à mettre le pied dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Ontario, inaugurant une présence française qui grandira avec le temps. Des garnisons françaises s’installent au fort Frontenac (Kingston) et au fort Conti (fort Niagara) en 1673, au fort de Buade (fort Michilimackinac) en 1683, au fort Pontchartrain (Détroit-Windsor) en 1701 et au fort Rouillé (Toronto) en 1750. Des coureurs des bois et des voyageurs français parcourent la province, tandis que des missionnaires jésuites portent l’Évangile en Huronie.

Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac arrivant à Détroit en 1701 avec ses hommes
Charles W. Jefferys, The Picture Gallery of Canadian History, vol. 1, Discovery to 1763, Toronto, The Ryerson Press, 1942, p. 200.

Au début du 18e siècle, l’explorateur français Antoine Laumet fonde le fort Pontchartrain, qui deviendra un jour la ville de Détroit, au Michigan. En 1749, des défricheurs établissent sur la rive sud de la rivière Détroit la colonie de Petite Côte, là où se trouve aujourd’hui la ville ontarienne de Windsor. C’est la première colonie permanente en Ontario, qui accueille la première paroisse (1767) et une des premières écoles (1786), toutes deux françaises. À l’époque, le territoire est occupé principalement par des peuples autochtones et quelques avant-postes français où convergent commerçants et explorateurs. La population francophone n’augmente pas de façon appréciable avant la seconde moitié du 19e siècle, lorsque des cultivateurs du Québec en quête de terres fertiles s’installent dans l’Est ontarien et le long du chemin de fer du Canadien Pacifique, au nord des lacs Nipissing et Huron. Au nombre de 14 000 en 1842, les Canadiens français seront 100 000 en 1881, puis 249 000 en 1921.

Rôle de l’industrie

Durant la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique à la fin du 19e siècle, on découvre du nickel à Sudbury et de l’or à Timmins, ce qui attire de nombreux Canadiens français dans le nord de l’Ontario. Entre 1861 et 1901, le nombre de francophones passe de 500 à 3 000 à Toronto, où l’Alliance française voit le jour en 1902, prélude à l’éveil d’une presse française (Toronto-Presse en 1955, Les Nouvelles françaises de Toronto en 1958, Courrier Sud en 1973, Toronto Express en 1976).

En 1920, une usine de pâtes et papiers s’installe à Kapuskasing et une scierie à Hearst, provoquant un afflux de Canadiens français. Au milieu du 20e siècle, l’essor de l’industrie automobile à Windsor et à Oshawa attire aussi un grand nombre de francophones.

Religion

L’Église catholique romaine a eu une profonde influence sur le développement de la communauté franco-ontarienne. En de nombreux endroits de la province, on lui doit les premières paroisses et écoles, les premiers collèges et hôpitaux.

Entre 1848 et 1968, 26 congrégations catholiques romaines ont dispensé l’enseignement en langue française en Ontario. Entre 1845 et 1984, sept ont dispensé des services de soins de santé. De plus, les caisses populaires de l’Ontario ont presque toutes été fondées dans des sous-sols d’église ou des presbytères (voirCoopératives de crédit). Bien des écoles, des hôpitaux et des collèges sont devenus des établissements publics dans les années 1960 et 1970.

Immigration

Les Franco-Ontariens sont de diverses origines. À la fin du 20e siècle, 60 % étaient nés dans la province, 25 % au Québec et 14 % à l’extérieur du Canada. Aujourd’hui, la francophonie ontarienne a des racines dans le monde entier. D’après le recensement de 2016, 58 % des Franco-Ontariens sont nés en Ontario, 25 % sont nés ailleurs au Canada et 17 % sont nés à l’étranger. De ce dernier groupe, 37 % sont originaires de l’Afrique, 27 % de l’Europe, 20 % de l’Asie et 17 % des Amériques (voirImmigration au Canada).

Institutions et associations

Les Franco-Ontariens ont toujours eu à cœur de préserver leurs institutions de minorité linguistique, notamment, au fil des années, leurs paroisses, leurs écoles primaires et secondaires, leurs coopératives comme les caisses populaires, et l’hôpital Montfort (voirSOS Montfort).

Ils ont aussi créé pour leurs propres besoins de nombreuses associations de toutes sortes, dont la Fédération des femmes canadiennes-françaises (1914), l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario (1920), l’Union des cultivateurs franco-ontariens (1929), l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (1939), la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (1975), la Fédération des aînés francophones de l’Ontario (1978), l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (1980), l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (1988), l’Association française des municipalités de l’Ontario (1989), l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (1990), le Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (1991), l’Union provinciale des minorités raciales et ethnoculturelles francophones de l’Ontario (2005) et FrancoQueer (2005), qui défend les droits des gais, des lesbiennes, des bisexuels, des transgenres et des altersexuels de langue française (voirDroits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada).

Éducation

Les établissements d’enseignement revêtent une importance particulière pour les Franco-Ontariens parce que c’est sur eux que repose la transmission de la langue et de la culture françaises aux jeunes générations. L’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (précurseur de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario) voit le jour en 1910. De 1912 à 1927, les Franco-Ontariens luttent contre le Règlement 17, qui interdit l’usage du français comme langue d’enseignement à l’école (voir : Politique linguistique; Question des écoles de l’Ontario). En 1969, le gouvernement de la province reconnaît le français comme langue officielle dans les écoles secondaires. En 1984, il adopte la Loi sur les tribunaux judiciaires, qui accorde au français le statut de langue officielle.

Le saviez-vous? Le 22 février 2016, la première ministre Kathleen Wynne, au nom du gouvernement de l’Ontario, a présenté des excuses officielles aux Franco-Ontariens pour l’imposition du Règlement 17 et la politique longtemps pratiquée d’assimilation des Canadiens français.

En 1986, l’Assemblée législative adopte la Loi sur les services en français. Sans aller jusqu’à faire du français une langue officielle égale à l’anglais, cette loi lui accorde un statut juridique à l’Assemblée législative de l’Ontario et garantit le droit de recevoir des services publics en français dans 22 régions (voirLoi sur les services en français de l’Ontario).

Aujourd’hui, 12 conseils scolaires (8 catholiques, 4 publics) administrent plus de 400 écoles de langue française, dont 104 au niveau secondaire.

L’Ontario compte actuellement deux collèges de langue française (La Cité, dans l’Est ontarien, et le Collège Boréal, qui dessert le Nord et le Sud), mais n’a aucune université de langue française. L’Université Laurentienne, le Collège universitaire Glendon de l’Université York, l’Université d’Ottawa, l’Université de Sudbury, l’Université de Hearst (affiliée à l’Université Laurentienne), l’Université Saint-Paul (affiliée à l’Université d’Ottawa), le Collège universitaire dominicain, l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario à l’Université de Toronto et le Collège militaire royal offrent tous des programmes en français.

Médias

Entre 1950 et 1980, 26 journaux de langue française ont vu le jour en Ontario, mais la plupart n’ont pas duré longtemps. Aujourd’hui, Ottawa possède le seul quotidien français de la province (Le Droit), aussi publié en ligne. Plusieurs hebdomadaires paraissent depuis les années 1960 ou 1970, notamment à Cornwall, à Hearst, à Penetanguishene, à Toronto, à Sudbury et à Windsor.

Trois chaînes de télévision ‒ Télévision française de l’Ontario (TFO), ICI Radio-Canada Télé et Unis TV ‒ diffusent du contenu de langue française (voir aussiFrench-Canadian TV Makes Hit Shows). Toutes trois ont leurs plateformes respectives sur le Web.

L’Ontario compte six stations de radio communautaire de langue française (à Cornwall-Alexandria, à Hearst, à Kapuskasing, à Ottawa, à Penetanguishene et à Toronto) et deux stations de radio publique (ICI Première et ICI Musique, de Radio-Canada).

Arts et culture

On compte en Ontario sept compagnies de théâtre d’expression française (une à Sudbury, deux à Toronto et quatre à Ottawa) et six maisons d’édition de langue française. De nombreux écrivains franco-ontariens ont remporté le Prix littéraire Trillium (Ontario) ou les Prix littéraires du Gouverneur général.

Chaque année, le Festival franco-ontarien à Ottawa, la Franco-Fête à Toronto et La Nuit sur l’étang à Sudbury accueillent des musiciens d’ici et d’ailleurs. Dans les années 1970 et 1980, la Coopérative des artistes du Nouvel Ontario (CANO) et les musiciens Robert Paquette, Donald Poliquin et Paul Demers ont été parmi les premiers à faire rayonner le talent musical franco-ontarien. L’humour aussi a ses têtes d’affiche, dont Véronic DiCaire, Katherine Levac, Patrick Groulx et Julien Tremblay (voirHumoristes francophones).


Le Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO), un organisme à but non lucratif fondé en 1991, rassemble les artistes franco-ontariens pour mieux soutenir leur perfectionnement professionnel et défendre leurs intérêts collectifs. Se distinguent entre autres dans les arts visuels Clermont Duval, Shahla Bahrami, Marc Charbonneau, Sylvie Bélanger, Yvan Dutrisac, Joseph Muscat et Ginette Legaré.

Peu de films ont été produits en langue française en Ontario, encore moins avec des personnages franco-ontariens, mais les choses évoluent tranquillement. La Sacrée (2011) est la première comédie tournée entièrement en français. Eaux Troubles/Broken Waters (dont la sortie est prévue en 2019), de la cinéaste de Guelph Karolyne Pickett, est un film bilingue où on suit le destin de deux Franco-Ontariennes dans les années 1980.

Drapeau franco-ontarien

Vitalité et symboles d’identité

Un certain nombre de collectivités francophones célèbrent la fête de la Saint-Jean en Ontario, notamment celle d’Ottawa, qui organise chaque année autour de la Saint-Jean le Festival franco-ontarien. La fête est aussi célébrée dans l’Est ontarien et dans de nombreuses localités du Nord comme Hearst et Kapuskasing.

Au début du 21e siècle, quelques événements viennent renforcer la reconnaissance de la communauté. En 2001, le drapeau franco-ontarien est élevé au rang d’emblème provincial officiel. En 2009, la province adopte une nouvelle définition de « francophone » afin d’inclure les immigrants susceptibles de bénéficier des services publics en français. En 2010, le 25 septembre devient officiellement le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.


Lecture supplémentaire

  • Robert Choquette, L’Ontario français, historique (Montréal : Éditions Études vivantes, coll. L’Ontario français, 1980).

    Gaétan Gervais et Michel Bock, L’Ontario français : des Pays-d’en-Haut à nos jours (Ottawa : Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques, 2004).

    Michel Gratton, Montfort, la lutte d'un peuple (Ottawa : Centre Franco-Ontarien, 2003).

    Cornelius J. Jaenen, dir., Les Franco-Ontariens (Ottawa : Les Presses de l’Université d’Ottawa / Ontario Historical Studies Series, 1993).

    Paul-François Sylvestre, L’Ontario français, quatre siècles d’histoire (Ottawa : Éditions David, 2013).

    Paul-François Sylvestre, L’Ontario français au jour le jour : 1 384 éphémérides de 1610 à nos jours (Toronto : Éditions du Gref, coll. Inventaire no 4, 2003).

    Paul-François Sylvestre, Les Communautés religieuses en Ontario français : sur les traces de Joseph Le Caron (Montréal : Éditions Bellarmin, 1984).

    Clermont Trudelle et Pierre Fortier, La Paroisse du Sacré-Cœur (Toronto : Éditions La Société d’histoire de Toronto, 1987).

Liens externes