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Émeute anti-asiatique de Vancouver de 1907

Le 7 septembre 1907, une foule de Canadiens blancs se déchaîne dans le quartier chinois et le quartier japonais de Vancouver. Les émeutiers sont en colère contre l’immigration asiatique en provenance de la Chine, du Japon et de l’Asie du Sud. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.) Ils causent d’importants dommages aux résidences et aux commerces d’immigrants chinois et japonais. Les émeutes amènent le gouvernement canadien à restreindre l’immigration en provenance du Japon et de l’Inde. Les émeutes de 1907 laissent un long héritage sous la forme de restrictions à l’immigration. (Voir Komagata Maru (Guru Nanak Jahaz).) Les répercussions psychologiques et émotionnelles de ces violentes émeutes ont des effets durables sur les communautés asiatiques du Canada.

Photo en noir et blanc d'édifices sur lesquels on a ajouté des planches.

Origines

L’émeute survient après des décennies de montée du sentiment anti-asiatique en Amérique du Nord, particulièrement sur la côte Ouest. Des politiciens blancs affirment que les immigrants asiatiques ne s’assimileront jamais sur le plan culturel, qu’ils volent les emplois des travailleurs blancs et qu’ils sont racialement et biologiquement inférieurs.

Canadian Illustrated News, 26 avril 1879

À la fin des années 1800, le Canada prend ses premières mesures pour limiter l’immigration asiatique. À partir de 1885, le Canada exige de chaque nouvel immigrant chinois qu’il paie une taxe d’entrée à son arrivée. En 1903, le montant de cette taxe est augmenté afin de dissuader encore davantage les immigrants de venir. (Voir Politiques contre l’immigration chinoise au Canada.) Le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique souhaite imposer des restrictions similaires aux immigrants japonais et sud-asiatiques.

Au début des années 1900, le Japon est une puissance impériale en pleine expansion. Les empires occidentaux, comme la Grande-Bretagne, craignent que les ambitions grandissantes du Japon ne les mettent en concurrence pour les territoires et les ressources. L’immigration japonaise au Canada commence également à augmenter. Par conséquent, les Canadiens blancs en viennent à considérer les immigrants japonais comme une menace économique et comme un prolongement de l’expansion du Japon outre-mer.

Au début de 1907, la Colombie-Britannique adopte un projet de loi exigeant des nouveaux immigrants qu’ils passent un test d’alphabétisation dans une langue européenne. C’est la quatrième fois que la province adopte un projet de loi semblable. Chaque fois auparavant, le gouvernement fédéral avait désavoué la mesure. Sachant que le gouvernement fédéral désavouerait également le nouveau projet de loi, le lieutenant-gouverneur James Dunsmuir refuse de lui donner sa sanction. Son refus suscite une vive colère chez de nombreux habitants de la province.

À cette époque, un mouvement anti-asiatique organisé prend rapidement de l’ampleur sur la côte Ouest. À l’été 1907, des dirigeants syndicaux blancs forment une section de la Ligue pour l’exclusion des Asiatiques à Vancouver, une organisation qui a vu le jour aux États-Unis. Les travailleurs blancs sont souvent au cœur de la mobilisation anti-asiatique. Ils sont fréquemment animés par l’idée que les travailleurs asiatiques prennent les emplois des travailleurs blancs en acceptant des salaires moins élevés et de moins bonnes conditions de travail.

L’émeute

La Ligue pour l’exclusion des Asiatiques organise un défilé pour réclamer des restrictions à l’immigration asiatique. Il doit avoir lieu le 7 septembre 1907. Trois jours avant le défilé, le 4 septembre, des travailleurs blancs de l’autre côté de la frontière canado-américaine, à Bellingham, dans l’État de Washington, se soulèvent contre des travailleurs sud-asiatiques d’une scierie. La nouvelle de l’émeute se répand jusqu’à Vancouver, attisant les tensions à l’approche du défilé.

Dans la soirée du 7 septembre, une foule d’au moins 2 000 résidents blancs de Vancouver prend part au défilé. Ils se dirigent vers l’hôtel de ville, à l’intersection de la rue Main et de la rue Hastings. Certains brandissent des pancartes prônant le maintien du Canada comme société blanche, avec des bannières portant des slogans tels que « Un Canada blanc pour nous » et « Défendons un Canada blanc ». Des porte-parole de la Ligue prononcent des discours appelant le gouvernement à restreindre l’immigration asiatique, sous les acclamations de la foule. La Ligue brûle également une effigie du lieutenant-gouverneur James Dunsmuir devant l’hôtel de ville en raison de son refus d’adopter des restrictions à l’immigration asiatique.

Échauffée par les discours, la foule en colère tourne ensuite sa fureur vers les quartiers voisins, le quartier chinois et le quartier japonais. Elle marche de l’hôtel de ville jusqu’au quartier chinois. Les émeutiers lancent des pierres et d’autres objets à travers les fenêtres des résidences et des commerces chinois. Ils fracassent également des fenêtres et des vitrines en se ruant dans le quartier chinois. La communauté chinoise est très peu prévenue de l’arrivée de la foule. Les résidents du quartier chinois se barricadent à l’intérieur de leurs commerces pour se protéger des émeutiers. La foule endommage presque tous les bâtiments du quartier.

Après le quartier chinois, la foule se dirige vers le quartier japonais, sur la rue Powell, à l’est du quartier chinois. Le quartier japonais dispose d’un peu plus de temps pour se préparer à l’arrivée des émeutiers. Lorsque la foule atteint le quartier japonais, elle se heurte à une résistance farouche. Les résidents japonais s’arment de tout ce qu’ils peuvent trouver; couteaux, gourdins, briques et bouteilles. Ils se postent également à des endroits stratégiques pour protéger leurs maisons. Un groupe se poste à l’entrée du quartier japonais, tandis que d’autres montent la garde devant leurs commerces. Certains lancent des briques et des pierres depuis les toits sur les envahisseurs qui approchent. Malgré cela, les émeutiers endommagent tout de même de nombreux bâtiments. La foule brise des fenêtres et endommage de nombreux bâtiments. Elle met également le feu à l’école de langue japonaise.

Finalement, les défenseurs japonais parviennent à repousser les émeutiers, et la foule fait demi-tour vers le quartier chinois. L’émeute prend fin lorsque la police se déploie dans le quartier chinois et commence à arrêter les émeutiers. De fortes pluies contribuent également à disperser la foule.

Après l’émeute

La police arrête un petit nombre d’émeutiers ou leur inflige des amendes pour leur participation aux émeutes. Les dommages causés au quartier chinois et au quartier japonais sont immenses. Bien qu’aucune blessure ne soit signalée, l’émeute cause d’importants dommages matériels. Environ 2 000 résidents chinois sont temporairement chassés de leur domicile en raison de l’étendue des dégâts.

Photographie en noir et blanc d'un commerce endommagé avec un homme debout devant l'entrée. Les fenêtres ont été renforcées avec des planches.
Un magasin avec des vitrines brisées, devant lequel se tient un homme.
Photo en noir et blanc d'un magasin de crème glacée et de boissons gazeuses dont les vitrines sont brisées.

En réponse à l’émeute, les communautés chinoise et japonaise de Vancouver organisent des grèves. Elles veulent montrer à quel point leur travail est précieux pour la ville. Le lendemain de l’émeute, les travailleurs japonais se mettent en grève pendant une demi-journée. Les travailleurs domestiques chinois, les travailleurs de blanchisserie, les travailleurs d’hôtel et les serveurs se mettent en grève pendant les jours suivants.

Conséquences

L’émeute constitue un embarras international pour le Canada. L’ampleur des dommages matériels et les troubles généralisés donnent l’impression que le Canada est incapable de maintenir l’ordre et de gérer sa politique d’immigration. Elle amène le gouvernement canadien à reconsidérer sérieusement son approche à l’égard de l’immigration asiatique.

Au cours des mois suivants, le Canada négocie avec le gouvernement japonais afin de limiter l’émigration japonaise vers le Canada. (Voir Canadiens d’origine japonaise.) En janvier 1908, le Canada et le Japon signent l’engagement d’honneur, ou engagement d’honneur Hayashi-Lemieux. En conséquence, le Japon accepte de limiter à 400 par année le nombre d’immigrants japonais de sexe masculin travaillant dans l’agriculture et les services domestiques.

En avril 1908, le gouvernement canadien met en œuvre un décret en conseil connu sous le nom de « Règlement sur le voyage continu ». Le décret exige que les immigrants se rendent par bateau de leur pays d’origine au Canada sans faire escale dans un autre port. La politique vise principalement à limiter considérablement l’immigration en provenance de l’Asie du Sud. À la suite du décret en conseil, le gouvernement canadien ordonne au Chemin de fer du Canadien Pacifique de cesser de vendre des billets de navire à vapeur reliant directement l’Inde au Canada. Cela coupe la principale voie qu’empruntent les migrants de l’Inde pour se rendre au Canada. (Voir Komagata Maru (Guru Nanak Jahaz).) Cela ajoute également un obstacle supplémentaire à l’immigration japonaise, car de nombreux immigrants japonais utilisent Hawaï comme escale avant de se rendre au Canada.

Lecture supplémentaire

Liens externes