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Berthe Chaurès-Louard

Berthe Chaurès-Louard (née Berthe Clémence Chaurès), ouvrière, militante, secrétaire, administratrice, cofondatrice de mouvements coopératifs québécois (née le 2 octobre 1889 à Verviers, en Belgique; décédée le 7 février 1968 à Montréal, au Québec). Pendant la crise économique des années 1930, Berthe Louard est l’instigatrice, à Montréal, de La Familiale qui comprend une coopérative de consommation et une cité coopérative d’habitation abordable. Ses projets font écho au Québec; or, en ce temps-là, l’univers coopératif est masculin et les femmes mariées sont juridiquement soumises à leur époux. (Voir aussi Mouvement coopératif.)

La Familiale

Famille et formation

On en sait peu sur la vie de Berthe Chaurès-Louard avant son arrivée au Canada le 1er janvier 1920. Si ce n’est qu’elle travaille dans sa Belgique natale comme cardeuse de laine dans une filature. (Voir aussi Canadiens belges (Belgo-Canadiens ou Canadiens d'origine flamande et wallone.) Une fois au Canada, elle s’installe à Montréal, sur la rue Sainte-Catherine Est, avec son époux contrebassiste, Édouard Louard. Il travaille pour l’Orchestre symphonique de Montréal tandis que Berthe est couturière. Le couple Louard déménage dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, au nord de Montréal, et devient propriétaire d’un poulailler. Berthe Chaurès-Louard n’a pas eu d’enfant.

La Familiale : la coopérative de consommation

Les turbulences de la Grande Dépression traversent le Canada dans les années 1930 et, en 1935, la maison de Berthe Chaurès-Louard devient le lieu d’échanges d’un Cercle d’études économico-sociales (voir La crise des années 1930 au Canada.).

En novembre 1936, lors d’une conférence intitulée La révolution nécessaire, Berthe Chaurès-Louard rencontre le conférencier, Victor Barbeau, professeur à l’École des hautes études commerciales de Montréal. Très inspirée par le coopératisme évoqué par l’expert, Berthe Chaurès-Louard lui propose de cocréer une coopérative de consommation (une épicerie cogérée). (Voir aussi Mouvement coopératif.)

Ainsi, Berthe Chaurès-Louard et Victor Barbeau cofondent, le 8 juin 1937, une épicerie nommée La Familiale. Il s’agit du premier syndicat coopératif de consommation canadien-français. Victor Barbeau en assure la présidence et Berthe Louard en est d’abord la secrétaire, ensuite la gérante, le tout bénévolement.

Au fil des années, Berthe Chaurès-Louard devient une cheffe de file de l’idéal coopératif québécois, et tient plusieurs rôles au cœur et à la tête de son développement. Elle met sur pied des réseaux et anime des rencontres informatives autour du coopératisme à travers le Québec, elle établit un fonds de prévoyance et une caisse populaire tout en assurant l’administration de La Familiale ainsi que du journal Le Coopérateur Agricole.

Le modèle de coopérative de consommation inspiré de La Familiale se répand dans d’autres villes québécoises aussi touchées par la montée des prix des denrées alimentaires. D’ailleurs, Berthe Chaurès-Louard retrousse ses manches et se déplace en région pour prêter main-forte aux jeunes coopératives. Par après, l’expansion des coopératives d’alimentation devient en 1938 un réseau, l’Alliance des Coopératives de Consommation, dont Berthe Chaurès-Louard est la secrétaire. Son siège social se trouve à La Familiale, chez Berthe Chaurès-Louard, au 2189 de la rue Dorion à Montréal.

Les relations se détériorent entre les cofondateurs et provoquent en 1945 la démission de Victor Barbeau de La Familiale. Dans un rapport moral des années 1954 à 1955, ce dernier accusera la « perte de vitesse » du mouvement d’épicerie coopératif dès l’émergence des supermarchés.

En outre, le modèle coopératif bat de l’aile. L’Alliance des Coopératives de Consommation devient en 1958 la Fédération des Magasins Coop. Après le décès de Berthe Louard, la Fédération répond à la concurrence et dès 1969 elle modernise son réseau d’épiceries qu’elle nomme Cooprix. La première enseigne, Cooprix Berthe-Louard, est inaugurée aux abords du Domaine Saint-Sulpice, sur l’avenue André-Grasset.

Dans les années 1980, la faillite de la Fédération des Magasins Coop déstabilise la gestion des Cooprix. À l’issue d’une décennie de turbulences, l’enseigne sera reprise par une fédération concurrente.

Le saviez-vous?
Victor Barbeau dédie à Berthe Chaurès-Louard le titre de pionnière de la coopérative de consommation au Canada français dans son livre Initiation à l’humain (1944).


La Familiale : la coopérative d’habitation abordable

À partir des années 1950, Berthe Chaurès-Louard investit beaucoup de son temps pour mettre sur pied une cité coopérative de logements à prix modique. (Voir aussi Coopérative d’habitation.) Son objectif est de démocratiser l’accès à la propriété pour les familles à faibles revenus et, en même temps, de protéger des loyers de l’inflation spéculative. La Familiale crée son comité d’habitation en 1953.

Après une dizaine d’années de pourparlers et de pressions, le maire de Montréal, Sarto Fournier accepte de vendre un cinquième du Domaine Saint-Sulpice, à deux conditions. Une corporation doit superviser la construction de la cité et Berthe Louard doit être la signataire de l’acte d’achat. La Familiale crée ainsi Les Habitations Saint-Sulpice inc. en 1959. En 1962, au terme de trois années de bureaucratie, la Ville de Montréal lui cède enfin le terrain du Domaine Saint-Sulpice, situé dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Le Domaine Saint-Sulpice

Le plan d’aménagement du Domaine, approuvé par l’administration municipale, est conçu par les architectes Campeau et Linden. Le Domaine est découpé en 408 lots d’environ 5000 pieds carrés. Les propriétés sont vendues aux familles membres de La Familiale, en fonction de leur contribution à la coopérative, du nombre d’enfants, et aux ménages qui ne sont pas déjà propriétaires.

Entre 1962 et 1965, 740 familles s’installent dans les 174 duplex construits dans le Domaine Saint-Sulpice. Les plus pauvres écoulent leurs biens, comme leur voiture, ou contractent un emprunt à la Caisse populaire Desjardins pour acheter une propriété (voir Caisse populaire). Dès l’été 1962, cinq premiers duplex sont dressés sur la rue de Louvain. Une vingtaine de familles s’installe dans les premières habitations fraichement bâties la même année.

Les difficultés de trésorerie accablent La Familiale qui doit interrompre la construction de sa cité immobilière. En 1963, un comité de liquidation dissout la coopérative d’habitation qui évite de peu la faillite.

Fin de vie et héritage

Berthe Chaurès-Louard décède le 7 février 1968 à 78 ans.

La maison de Berthe Chaurès-Louard, acquise lors de l’aménagement du Domaine, se trouve encore au 1322, rue Chabanel Est.

En hommage au développement social, urbain, économique et humain du quartier, la municipalité d’Ahuntsic-Cartierville immortalise le legs de Berthe Louard avec la construction de cinq coopératives d’habitation (dans les années 1980), le parc Berthe-Louard (en 2006) et l’avenue Berthe-Louard.

Prix et Distinctions

Berthe Chaurès-Louard est titulaire d’un doctorat honorifique en sciences sociales décerné par l’Université de Montréal (1947). Elle est la première femme récipiendaire de l’Ordre du Mérite coopératif et mutualiste québécois du Conseil supérieur de la coopération (1949).

Le 5 mars 2020, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, désigne Berthe Chaurès-Louard figure historique qui « a su mobiliser des personnalités en vue de la société québécoise au bénéfice des familles pauvres et ouvrières ».