Éditorial : Comment Guy Lombardo est devenu « Monsieur réveillon du jour de l’an » avec sa version de « Auld Lang Syne »

Auld Lang Syne est la chanson chantée dans l’univers anglophone pour souhaiter la bienvenue à la nouvelle année. Cette chanson conjugue une note de gaieté et un sens poignant de perte, l’atmosphère parfaite pour la veille du jour de l’An, quand notre esprit flotte entre le regret et l’anticipation. « Auld Lang Syne » se traduit par « depuis bien longtemps » ou « les jours d’antan ». La version que l’on chante de nos jours a été rendue populaire par Guy Lombardo et ses « Royal Canadians ». C’est la version d’une ancienne chanson remaniée par un poète écossais du 18e siècle, Robbie Burns. Guy Lombardo et son groupe vendent plus de 450 millions d’albums et connaissent un énorme succès aux États-Unis et à l’échelle internationale. Leur performance de « Auld Lang Syne » a été diffusée de New York à travers le pays, à chaque réveillon du jour de l’an entre 1929 et 1976. Le magazine Variety déclare que Guy Lombardo est le seul canadien à avoir créé une tradition américaine.



Auld Lang Syne : « La plus douce des musiques de ce côté-ci du paradis »

Guy Lombardo entend cette chanson pour la première fois, alors que ses frères et lui, tous trois adolescents et musiciens, sont en tournée dans les campagnes environnantes de London en Ontario, une ville fondée par des Écossais. Dans l’un de ces charmants amalgames multiculturels représentatifs de l’expérience canadienne, le mélange des héritages écossais et italien produit un cocktail unique. Gaetano, le père de Guy, est déterminé à ce que la musique joue un rôle dans la vie de tous ses enfants. À l’école, Guy met sur pied un quatuor qui joue lors d’événements sociaux organisés par l’église. En 1919, à l’âge de 17 ans, Guy quitte l’école avec ses deux frères, Carmen et Lebert, pour travailler comme musiciens. En 1924, ils se rendent à Cleveland en autobus et jouent au Claremont Inn. Louis Bleet, le propriétaire de la boîte de nuit, suggère que le groupe se donne un nom plus accrocheur que « Lombardo Brothers Orchestra » et c’est la naissance des « Royal Canadians ». C’est aussi Bleet qui conseille à l’orchestre de jouer doucement, ce qui crée leur son unique. Puis, lorsque Guy Lombardo déclare à Bleet qu’il est impossible de jouer toutes les chansons que lui demande le public, Bleet lui suggère de faire des pots-pourris. C’est cette formule qui fait la renommée du groupe.

En 1927, Guy déménage le groupe à Chicago. Ils jouent devant des salles vides jusqu’à ce que Guy persuade la station radiophonique locale de diffuser leur spectacle à partir de la boîte de nuit. En conséquence, la station est inondée d’appels et le club fait salle comble.

Guy Lombardo

En octobre 1929, les Royal Canadians déménagent à New York. Ils s’installent au Roosevelt Grill, une salle à deux niveaux avec une deuxième piste de danse. Quand le Grill ferme ses portes plusieurs années plus tard, le groupe s’installe alors au Waldorf Astoria, là où sont tournées les populaires émissions télévisées du réveillon du jour de l’An. Lombardo crée un son rare et inimitable : lent, rythmé et, surtout, sur lequel on peut danser. Beaucoup trouvent sa musique sentimentale, mais Louis Armstrong, un grand admirateur, parle du plaisir qu’il a eu à entendre Lombardo à la radio : « C’était la plus douce des musiques de ce côté-ci du paradis... Guy Lombardo nous envoûtait. » Lombardo vend un incroyable 450 millions de disques. Il lance quelque 400 succès. Plusieurs d’entre eux, comme Seems Like Old Times et Return to Me, sont écrits par son frère Carmen. Pendant une grande partie du 20e siècle, Guy a été aisément considéré comme l’un des Canadiens les plus connus au monde. 

Lorsque le groupe s’installe à New York, sa popularité est telle que deux stations de radio se disputent

ses services. La veille du jour de l’an 1929, Guy Lombardo quitte les ondes de CBS juste avant minuit pour apparaître aussitôt après à NBC. Pour combler l’écart, il choisit la vieille mélodie qu’il a apprise à la maison, Auld Lang Syne.


Même ceux qui trouvent que Guy Lombardo fait de la musique à l’eau de rose regardent avec respect le groupe faire le décompte des dernières secondes avant la nouvelle année. Ils font de même à chaque réveillon du Nouvel An, de 1929 à 1976. Le magazine Variety déclare que Guy Lombardo est le seul canadien à avoir créé une tradition américaine.

Le magazine Life écrit que si Guy Lombardo ne jouait pas Auld Lang Syne, le public américain ne croirait pas que la nouvelle année est vraiment arrivée. Guy Lombardo est mystifié de voir que tout le monde trouve aussi brillant le fait de jouer Auld Lang Syne, alors que les Écossais de son Canada natal le chantent depuis des années. Mais cette chanson est très appropriée. Elle évoque le souvenir des vieilles amitiés qui ne meurent jamais, les vieux amours qui restent jeunes et les couleurs éclatantes des rêves de jeunesse.