La marine oubliée : la marine marchande durant la Deuxième Guerre mondiale | l'Encyclopédie Canadienne

La marine oubliée : la marine marchande durant la Deuxième Guerre mondiale

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SMITH : Lorsque le capitaine donnait l’ordre d’abandonner le navire, on se retrouvait tous livrés à nous-mêmes. Quand vous sautez d’un pont, vous sautez habituellement d’une hauteur de 60 pieds dans l’eau, dans l’Atlantique, qui est l’un des océans les plus froids au monde, et on ne savait pas ce qu’il y avait dans l’eau. Si vous étiez sur un pétrolier, l’eau était recouverte de pétrole et presque entièrement en feu.

NARRATEUR : Dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, les hommes et les femmes de la marine marchande canadienne ont joué un rôle essentiel dans la victoire des Alliés. Contrairement à la Marine royale canadienne, la marine marchande canadienne était composée d’anciens navires civils et de navires gérés par le gouvernement, et leurs équipages étaient constitués de marins marchands qui n’étaient pas membres des forces armées. Earle Wagner s’est joint à la marine marchande alors qu’il n’avait que 17 ans, après avoir été refusé comme jeune soldat dans la Marine royale canadienne. Percival Smith s’y est également joint à 17 ans; il venait de la colonie britannique de Ceylan.

Connus officieusement sous le nom de « quatrième arme des forces », ces civils ont enduré de graves menaces provenant de mines, d’avions, de navires de surface et, surtout, d’un infernal blocus de sous-marins allemands, et ce, tout en disposant de moyens de défense limités. Ils étaient chargés de transporter du matériel le long de la côte atlantique de l’Amérique du Nord ainsi que vers l’Europe. Pour la Grande-Bretagne, ces ravitaillements étaient cruciaux. La population civile était souvent au bord de la famine, et les militaires avaient besoin d’un approvisionnement continu en munitions, en armes, en véhicules, en carburant et plus encore.

SMITH : Vous devez comprendre qu’en Grande-Bretagne, ils étaient sur le point de mourir de faim. Ils devaient compter sur des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada.

WAGNER : Si vous laissez les gens mourir de faim, ils ne peuvent pas se battre, n’est-ce pas?

NARRATEUR : Mais avec la menace omniprésente des sous-marins allemands, des bombardiers en piqué, des dangereuses tempêtes et d’une pratique de navigation en convois serrés, ces voyages n’étaient pas simples.

WAGNER : La guerre en mer, c’est très dangereux. On avait une cargaison qui valait probablement au moins un million de dollars ou plus, vous voyez, et en fait, le navire valait également quelques millions. Alors nous étions précieux. Nous étions la cible principale.

SMITH : Lorsque Hitler a compris que c’était les navires marchands qui transportaient toutes les marchandises, l’armée de l’air a fourni une certaine couverture aux navires, mais à cette époque, ces avions ne pouvaient se rendre qu’à une certaine distance, et au beau milieu, il y avait un endroit où les avions ne pouvaient pas se rendre. C’est donc là que les sous-marins allemands allaient. On appelait cet endroit le « trou noir ».

Et donc, la partie dangereuse du voyage consistait à traverser ce trou noir, parce que nous y étions des cibles faciles. Heureusement, je n’ai jamais été torpillé, mais j’ai vu de mes propres yeux des gens lutter pour rester en vie dans cet immense océan ravagé par le feu, et la seule raison pour laquelle on arrivait à voir ces hommes se débattre dans l’eau était la lumière du navire en feu. Vous savez, vous pouvez voir ces gars se débattre dans l’eau, mais vous ne pouvez pas arrêter votre navire pour les aider, parce que si vous le faites, vous serez la prochaine cible.

NARRATEUR : En 1942, au plus fort de la bataille de l’Atlantique, les Alliés ont perdu, en moyenne, un navire de 10 000 tonnes toutes les 10 heures pendant 31 jours consécutifs. Un navire de 10 000 tonnes pouvait transporter suffisamment de nourriture pour nourrir 225 000 personnes pendant une semaine. Sur plus de 12 000 hommes et femmes marchands canadiens qui ont servi pendant la Deuxième Guerre mondiale, 1 629 sont morts, soit un sur huit, un taux de perte plus élevé que celui de n’importe quel autre service de l’armée canadienne.

SMITH : Quand vous voyez quelqu’un de mort pour la première fois, ça a un impact sur vous, mais après un petit moment, quand vous voyez la mort, ça devient une question de fait de savoir que c’est ce qui pourrait vous arriver.

WAGNER : Je pense que la partie qui était la plus difficile était le fait de laisser notre famille et nos amis derrière nous. On ne savait jamais si on allait se faire torpiller par un sous-marin. Il y avait des moments où on était un peu inquiet, et on allait au lit avec notre gilet de sauvetage; on le mettait au pied de notre lit.

SMITH : C’est une vie très dure. J’ai commencé alors que j’étais un jeune garçon, et je suis ressorti comme un homme. Une fois la guerre terminée, je ne pouvais pas croire que j’avais survécu.

NARRATEUR : Après la guerre, le contre-amiral Leonard Murray, commandant en chef du Commandement canadien de l’Atlantique du Nord-Ouest, a déclaré : « La bataille de l’Atlantique n’a pas été gagnée par la marine ou les forces aériennes, elle a été gagnée grâce au courage, à la force d’âme et à la détermination de la marine marchande britannique et alliée. »

Cependant, malgré les dangers auxquels ils ont été confrontés et le soutien opérationnel essentiel qu’ils ont fourni, le gouvernement du Canada n’a pas considéré les marins de la marine marchande comme des anciens combattants de la guerre lorsqu’ils sont rentrés au pays.

WAGNER : En 1945, nous avons été classés comme de simples civils, et nous n’avons pas bénéficié des prestations qu’ont eues l’armée, la marine et l’armée de l’air. Je m’étais porté volontaire parce que je voulais prendre le risque et je voulais le faire.

SMITH : Nous sommes rentrés chez nous, et personne ne se souciait de nous. J’ai fait une demande auprès du ministère Anciens Combattants Canada, et dans la première lettre que j’ai reçue, la première phrase disait : « Nous ne vous reconnaissons pas comme un ancien combattant. » Je me suis senti offensé, j’étais insulté, parce que j’étais un ancien combattant. Je m’étais trouvé en plein cœur de l’action. J’avais combattu en mer, et je me suis dit : eh bien, il faut faire quelque chose à ce sujet. Je vais me battre jour et nuit contre eux.

WAGNER : Les médias nous ont soutenus, et les Canadiens nous ont soutenus également.

NARRATEUR : Au début des années 1980, les marins canadiens de la marine marchande de la Deuxième Guerre mondiale se sont regroupés pour revendiquer le statut d’ancien combattant et leur droit aux prestations qui leur étaient refusées depuis 1945. En 1992, ce groupe a marqué une première victoire en étant enfin reconnu comme des anciens combattants. Les marins de la marine marchande ont finalement pu bénéficier de pensions d’invalidité, d’allocations et de prestations de soins de santé, même si les difficultés d’accès à ces prestations n’ont pas cessé. Malheureusement, à cette époque, des milliers de ces hommes et femmes étaient déjà morts, et rien n’avait été fait pour indemniser leur famille.

En 1998, quatre anciens combattants de la marine marchande ont entamé une grève de la faim sur la colline du Parlement jusqu’à ce que le gouvernement approuve un nouveau programme d’indemnisation. En 2000, le gouvernement canadien a commencé à verser les indemnités qui étaient dues, soit 55 ans après la fin de la guerre. Et en 2003, dans un dernier acte de reconnaissance, le Parlement a déclaré le 3 septembre Journée des anciens combattants de la marine marchande.

SMITH : Quand j’ai reçu la lettre du ministère Anciens Combattants Canada m’informant que j’avais reçu le titre d’ancien combattant, ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

WAGNER : Je suis très fier d’avoir servi dans ce service. Si c’était à refaire, je me trouverais encore un équipage. Sans cet élément de transport pour l’armée, la marine, l’armée de l’air et les autres, ces gens n’auraient pas été en mesure de continuer.

SMITH : Je suis si fier d’avoir servi mon pays, et si vous me demandiez de le faire à nouveau : oui, sans hésitation, je le ferais à nouveau. Vous ne reverrez plus jamais une génération comme la nôtre.

Nous nous souvenons

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