Article

Salamandre à points bleus

La salamandre à points bleus (Ambystoma laterale) est une salamandre forestière originaire du nord-est de l’Amérique du Nord. Elle est largement répandue dans l’est du Canada, où son aire de répartition s’étend du Manitoba à la Nouvelle-Écosse, en passant par l’Île-du-Prince-Édouard et le Labrador. Cette salamandre appartient à la famille des Ambystomatidae, qui sont également appelées « salamandres fouisseuses », car elles passent la majeure partie de leur vie sous terre.

Une salamandre à points bleus sur des aiguilles de pin et de la mousse, en pleine journée.

Description

La salamandre à points bleus adulte mesure généralement de 7,5 à 13 cm de longueur totale, la femelle étant légèrement plus grande que le mâle. La salamandre à points bleus a un corps trapu et des pattes courtes. Chez l’adulte, le dos, les membres et la queue sont gris foncé à noirs, et sont parsemés de mouchetures et de points bleus. Le ventre est noir, gris foncé ou gris brunâtre, avec de légères mouchetures claires. Les juvéniles sont de couleur gris clair à brun, avec des points allant du bleu au jaune.

Les larves aquatiques possèdent une large tête, des branchies externes plumeuses, une grande nageoire caudale et quatre pattes qui se développent au fur et à mesure de leur croissance. Elles sont généralement vert olive, brunes ou grises, avec des marbrures et des bandes jaunes plus ou moins prononcées. Les larves plus âgées développent une bande pâle sur le flanc. À l’éclosion, elles mesurent de 8 à 10 mm, et elles peuvent atteindre une longueur totale de 4 à 5,5 mm avant leur métamorphose.

Une salamandre à points bleus sur des aiguilles de pin et de la mousse, en pleine journée.

Répartition et habitat

La salamandre à points bleus est largement répandue dans l’est du Canada. On la trouve dans le sud-ouest du Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, et dans le sud du Labrador. L’espèce est également présente dans le nord-est des États-Unis, du Maine jusqu’à l’État de New York, et du nord-est de l’Ohio jusqu’au Minnesota et à l’est de l’Iowa.

(carte par L'Encyclopedie canadienne, donnees avec la permission de la International Union for the Conservation of Nature Red List Data, Version 2026-1)

La salamandre à points bleus vit généralement dans les forêts de feuillus et mixtes. Toutefois, on peut également la trouver dans les forêts de conifères, surtout à l’extrémité nord de son aire de répartition. Comme la plupart des amphibiens, la salamandre à points bleus possède une peau humide et poreuse et elle peut se déshydrater rapidement si elle est exposée à des conditions chaudes et sèches. C’est pourquoi elle vit dans des milieux frais et humides, sur le sol forestier. Elle passe la majeure partie de son temps sous les troncs d’arbres et dans des espaces souterrains, comme des terriers de mammifères et des cavités laissées par les racines et les souches en décomposition. Ces espaces souterrains lui permettent également de se mettre à l’abri du gel en hiver. Les adultes se reproduisent dans des milieux peu profonds et dépourvus de poissons, comme les mares printanières (petites zones humides qui s’assèchent généralement vers la fin de l’été), les terres humides, les étangs et les fossés. En dehors de la période de reproduction, on trouve généralement la salamandre à points bleus à quelques centaines de mètres de son site de reproduction.

Le saviez-vous?
La salamandre à points bleus possède l’une des aires de répartition les plus septentrionales de toutes les salamandres d’Amérique du Nord et elle est parfaitement adaptée aux conditions froides. Elle devient active au début du printemps, lorsque la température de l’air dépasse à peine 0 °C, et elle se déplace parfois sur la glace et la neige lors de sa migration vers ses sites de reproduction. Durant ces migrations, sa température corporelle peut même descendre légèrement en dessous de 0 °C, mais elle est capable de survivre un court laps de temps sans geler.


Reproduction et développement

La salamandre à points bleus adulte émerge généralement d’hibernation et migre vers ses sites de reproduction en avril ou début mai, selon la latitude et les conditions météorologiques. Ces migrations ont généralement lieu lors des nuits pluvieuses, lorsque la température de l’air dépasse 5 °C. Après la parade nuptiale, le mâle dépose un spermatophore (petite poche qui renferme des spermatozoïdes) que la femelle récupère avec son cloaque (orifice unique à la base de la queue regroupant les systèmes digestif, urinaire et reproducteur). La femelle pond ses œufs quelques jours après l’accouplement. La taille des couvées varie de 82 à plus de 538 œufs. Ces derniers sont fixés à des brindilles, à de la végétation ou à d’autres structures en eau peu profonde, soit isolément ou soit en petits amas contenant généralement de 2 à 10 œufs. Les œufs présentent un centre sombre entouré de plusieurs enveloppes gélatineuses et ils éclosent au bout de trois à quatre semaines. Les larves sont aquatiques et respirent par des branchies. Elles subissent généralement leur métamorphose en deux à trois mois, habituellement du mois de juillet au début de septembre au Canada. Les jeunes salamandres, désormais dotées de poumons et capables de respirer l’air, se dispersent dans la forêt environnante. Elles atteignent leur maturité à deux ans. On dispose de peu d’informations sur leur durée de vie, mais certaines autres salamandres du genre Ambystoma peuvent vivre plusieurs décennies.

Le saviez-vous?
Les ambystomes unisexués constituent une lignée de salamandres exclusivement femelles qu’on retrouve dans de nombreuses régions où vit également la salamandre à points bleus. Les ambystomes unisexués se reproduisent généralement en créant des clones d’eux-mêmes. Cependant, le développement de leurs œufs nécessite le sperme de mâles d’une autre espèce d’ambystome (par exemple, la salamandre à points bleus). Dans certains cas, le matériel génétique issu du sperme est intégré à l’embryon d’ambystome unisexué. De ce fait, les ambystomes unisexués vivant aux côtés de la salamandre à points bleus partagent une grande partie de son ADN et lui ressemblent pratiquement à s’y méprendre.


Alimentation et prédation

La salamandre à points bleus adultes et ses juvéniles se nourrissent dans la litière de feuilles sur le sol de la forêt, sous les débris boisés et dans les espaces souterrains, comme les terriers de rongeurs. Ils se nourrissent d’invertébrés comme des vers de terre, des escargots, des mille-pattes, des araignées et des insectes. Les larves se nourrissent probablement d’une variété d’invertébrés aquatiques, notamment de zooplancton et de larves d’insectes.

On ne sait que peu de choses sur les prédateurs de la salamandre à points bleus. Il s’agit probablement de prédateurs semblables à ceux des autres salamandres du genre Ambystoma, ce qui comprend des serpents, des oiseaux forestiers et des mammifères comme les ratons laveurs et les mouffettes. On sait également que les araignées s’attaquent aux juvéniles de la salamandre à points bleus. Les poissons, les insectes aquatiques et leurs larves, les tritons verts adultes et les larves d’autres amphibiens sont des prédateurs des œufs et des larves des salamandres du genre Ambystoma. Comme la plupart des amphibiens, la salamandre à points bleus possède des glandes à venin qui la protègent des prédateurs. Lorsqu’elle est confrontée à un prédateur potentiel, elle lève souvent sa queue vers lui et elle l’ondule ou l’agite pour exhiber ses sécrétions nocives.

Photo d’une petite zone humide dans une forêt de feuillus
Photo d’une petite zone humide dans une forêt de feuillus

Statut et menaces

À l’échelle mondiale, la salamandre à points bleus est classée comme étant de « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette espèce est répandue et abondante au Canada, et son statut n’a pas été évalué par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (voir Lois sur les espèces en péril au Canada).

Les activités qui entrainent la destruction permanente des forêts matures et des sites de reproduction, comme le défrichement pour l’urbanisation ou l’agriculture, constituent les menaces les plus graves pour cette espèce. Les routes représentent également une menace sérieuse pour les salamandres du genre Ambystoma lorsqu’elles coupent et traversent leur habitat, car un grand nombre de salamandres peuvent être tuées durant leurs migrations printanières. Comme leur peau est perméable aux substances chimiques présentes dans l’environnement, les amphibiens sont particulièrement sensibles à la pollution chimique, comme les pesticides, les engrais, les produits chimiques industriels, le sel de déneigement sur les routes, et les métaux lourds. Les autres menaces comprennent les exploitations forestières intensives comme la coupe à blanc, l’acidification des sites de reproduction et l’introduction de poissons prédateurs dans les étangs de reproduction.

Liens externes

Collections associées

Zoologie

collection
Morses de l'Atlantique