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Juanita Westmoreland-Traoré

Juanita Westmoreland-Traoré, O.Q., magistrate, professeure, avocate, défenseuse des droits de la personne (née le 10 mars 1942 à Verdun, au Québec). Elle est la première professeure noire des Facultés de Droit de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec à Montréal. En 1996, elle devient la première personne noire à devenir doyenne d’une faculté de droit au Canada. Elle est aussi la première à être nommée juge à la Cour du Québec, en 1999. À plusieurs égards, elle est une pionnière de la communauté noire québécoise, ontarienne et canadienne. Elle a également contribué à l’avancée en matière d’équité et de justice sociale. Juanita Westmoreland-Traoré a promu l’égalité des droits de la personne et la solidarité envers les femmes ainsi que les personnes racisées et immigrantes.

Début de vie et formation

Juanita Westmoreland-Traoré est la fille unique d’Elma et d’Arthur Westmoreland, d’origine guyanienne. Sa grand-mère maternelle est enseignante et son grand-père est directeur d’école. Ceux-ci sont arrivés au Canada dans les années 1930. (Voir Immigration au Canada.) Juanita Westmoreland-Traoré est née dans la municipalité ouvrière de Verdun, au sud-ouest de Montréal.

Juanita Westmoreland-Traoré perd sa mère alors qu’elle est encore très jeune. Sa famille maternelle décide de s’impliquer dans son éducation et de l’immerger dans les activités culturelles guyaniennes. Elle fréquente une école primaire anglophone située à Verdun. Elle suit aussi une année scolaire en Guyane britannique a en compagnie de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère maternelle.

Dans son enfance, Juanita Westmoreland-Traoré doit changer plusieurs fois d’école. Elle suit son père, qui déménage fréquemment pour gagner sa vie. Il travaille notamment comme porteur de wagon-lits pour la compagnie de voyage ferroviaire Pullman.

En 1963, elle obtient un baccalauréat ès arts du Collège Marianopolis, un établissement d’enseignement supérieur anglophone privé situé à Westmount.

Juanita Westmoreland-Traoré décide d’aller étudier en droit. Elle se dit inspirée par le mouvement en faveur des droits civiques des personnes noires aux États-Unis. De plus, elle est influencée par le fait que son père est également un militant. (Voir aussi Racisme anti-Noirs au Canada.)

En 1966, elle poursuit ses études en français et obtient en 1966 un baccalauréat de la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Elle est la seule personne noire de sa promotion.

Elle poursuit ses études en France. En 1972, elle reçoit un doctorat d’État en droit public et en sciences administratives de l’Université de Paris II, désormais appelée Université Paris-Panthéon-Assas.

En France, elle rencontre son futur époux, Ismaïl Traoré, qui est d’origine malienne. Ensemble, le couple a deux fils, N’Kô Bangaly Traoré et John Abbass Traoré.

Parcours professionnel

La carrière de Juanita Westmoreland-Traoré se partage entre les provinces du Québec et de l’Ontario, que ce soit pour ses activités professionnelles ou communautaires.

En 1969, Juanita Westmoreland-Traoré est admise au Barreau du Québec, étape nécessaire pour exercer le métier d’avocate. La même année, elle se lance à son compte et défend dix protestataires noirs accusés d’avoir participé aux manifestations étudiantes antiracistes à l’Université Sir George Williams (aujourd’hui, l’Université Concordia). (Voir Affaire Sir George Williams.)

Le saviez-vous?
Juanita Westmoreland-Traoré est la seconde avocate de sa famille. Elle est la nièce de Frederick Phillips, le premier diplômé noir de la Faculté de droit de l’Université McGill (1956). Il est également la première personne noire à être admise au Barreau du Québec.


En 1970, Juanita Westmoreland-Traoré poursuit sa carrière et joint le cabinet d’avocats Mergler, Melançon, Bless pendant six ans.

En plus de pratiquer activement le droit, Juanita Westmoreland-Traoré est la première professeure de droit noire de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec à Montréal. Dès 1972, elle occupe la position de professeure adjointe à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Elle quitte ses fonctions en 1976 pour se lancer à son propre compte. Elle enseigne néanmoins à temps partiel au sein du Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal jusqu’en 1991. Elle se spécialise en droit de l’immigration, de la personne et de la famille.

Juanita Westmoreland-Traoré s’implique pour améliorer le réseau de l’éducation. Elle joint le Conseil supérieur de l’éducation du gouvernement du Québec pour examiner les activités et besoins en éducation. Elle prend notamment part au Comité des affaires interconfessionnelles et interculturelles vers la fin des années 1970.

En 1979, la ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières Lise Payette nomme Juanita Westmoreland-Traoré comme membre de l’Office de protection des consommateurs du Québec. Un rôle qu’elle occupe jusqu’en 1983. De 1983 à 1985, elle est commissaire à temps partiel de la Commission canadienne des droits de la personne. En 1985, le ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration du Québec Gérald Godin la désigne présidente du Conseil consultatif des communautés culturelles et de l’immigration du Québec. De 1985 à 1990, elle travaille au sein du conseil pour faciliter l’intégration des personnes immigrantes dans la société québécoise. En 1990, Juanita Westmoreland-Traoré accède à la direction de la Commission d’équité en matière d’emploi de l’Ontario, un rôle qu'elle occupe jusqu’en 1995.

En 1995, Juanita Westmoreland-Traoré est conseillère des Nations Unies auprès de la Commission nationale de Vérité et de Justice en Haïti.

En 1996, à l’Université de Windsor en Ontario, Juanita Westmoreland-Traoré devient la première personne noire à occuper la fonction de doyenne d’une faculté de droit au Canada. Une responsabilité qu’elle occupe pendant trois ans. Elle passe le barreau de l’Ontario l’année suivante, en 1997.

Au début des années 1980, Juanita Westmoreland-Traoré poursuit ses engagements communautaires à titre de conseillère juridique. Elle s’implique notamment auprès du Congrès des femmes noires du Canada, du Centre communautaire des noirs et de l’Association québécoise des organismes de Coopération internationale. Elle est aussi membre du comité consultatif de l’Ordre national du Québec en 1984.

En avril 1999, Juanita Westmoreland-Traoré accède à la magistrature, à la Chambre criminelle et pénale et à la Chambre de la famille de la Cour du Québec. Elle devient ainsi la toute première personne noire à occuper ce rôle dans la province. Elle est alors l’une des 49 femmes parmi les 264 juges de la Cour du Québec.

Entre 2003 et 2009, Juanita Westmoreland-Traoré fait partie du conseil d’administration du volet canadien de l’Association

Retraite

En 2012, la juge Juanita Westmoreland-Traoré prend une retraite progressive de la Cour du Québec. Elle continue de présider des procès à titre de juge surnuméraire jusqu’à sa retraite, en 2017.

Même à la retraite, elle poursuit son engagement communautaire au sein de Centraide Montréal, de la Ligue des droits et libertés, du Congrès des femmes noires du Canada et du Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes.

Prix et Reconnaissance

  • Officière de l’Ordre national du Québec(1991)
  • Titulaire de doctorats honorifiques décernés par l’Université d’Ottawa (1993), l’Université du Québec à Montréal (2001), et l’Université McGill (2018)
  • Prix Jackie Robinson pour l’ensemble de ses réalisations par la Black Business and Professional Association (2003)
  • Prix « Les assises » de l’Association du Barreau canadien (2005)
  • Prix Droits et Libertés de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (2008)
  • Prix du Mérite Christine-Tourigny (2009)
  • Médaille du Barreau de Montréal (2021-2022)

Depuis 2013, le Département des sciences juridiques et la Fondation de l’Université du Québec à Montréal offre une bourse de 3 000 $ au nom de Juanita Westmoreland-Traoré. Celle-ci est décernée à une personne étudiante qui se démarque par sa volonté d’utiliser le droit comme outil de changement social.