Edna Parliament Jaques, poétesse, auteure, conférencière, sténographe (née le 17 janvier 1891 à Collingwood, en Ontario; décédée le 13 septembre 1978 à Toronto). Dans les années 1950, elle était sans doute la poétesse la plus connue et la plus vendue du pays. En 1952, on l’a classée parmi les femmes les plus populaires du pays, et, en 1976, on l’a nommée « Femme de l’année » en Ontario. Autodidacte, elle aurait écrit près de 3000 poèmes au cours de sa vie. Son poème le plus célèbre, « In Flanders Now », se veut une réponse patriotique au poème de John McCrea, « In Flanders Fields » (« Au champ d’honneur »). Les vers d’Edna Jaques ne plaisaient pas à tous les critiques littéraires, mais ils séduisaient le grand public. Elle a décrit ainsi son style : « revêtu de toile de ménage et de l’armure robuste des gens ordinaires. »

Jeunesse et famille
Edna Jaques naît et grandit à Collingwood, en Ontario. Elle et sa sœur jumelle, Erie, naissent prématurément. Erie meurt six semaines plus tard. La mère d’Edna se nomme Mary Ellen Donohue. Son père, Charles Adolphus Jaques, est capitaine de paquebot sur les Grands Lacs et effectue la traversée entre Collingwood et Fort William (aujourd’hui Thunder Bay). En tant que capitaine du Northern Belle, il est le dernier à quitter le navire avant qu’il ne soit consumé par les flammes en 1898. Edna Jaques se souvient que son père doit traverser le pont en flammes pour s’échapper.
Ses ancêtres sont des huguenots (des protestants français) originaires de Hazebrouck, en France, près de la frontière belge. Elle se souvient que sa grand-mère lui racontait comment des navires de la Royal Navy les avaient secourus et conduits en « sécurité en Angleterre ». La famille s’installe dans le Yorkshire avant d’immigrer au Canada en 1835. Ils vivent près du village de Colborne, en Ontario, avant de s’établir à Collingwood en 1879.
Edna Jacques a 11 ans lorsque son père, animé par un esprit pionnier, déménage la famille sur une terre en Saskatchewan. Elle a deux frères plus âgés, Bruce et Clyde, ainsi que deux jeunes sœurs, Madge et Arlie. La ferme familiale devient le noyau d’une nouvelle collectivité au sein de laquelle la famille Jaques est intimement liée. Sa mère tient à la maison le bureau de poste local, qu’elle nomme « Briercrest » en référence aux rosiers églantiers qui poussent sur une colline avoisinante. La collectivité finit par prendre le nom du bureau de poste, Briercrest.
Début de carrière
Le talent d’Edna Jaques pour la poésie se révèle dès son plus jeune âge. Elle n’a que 13 ans lorsque le journal Moose Jaw Times la publie. À 14 ans, elle soumet un recueil de poèmes à l’évangéliste Billy Sunday, qui les met en musique et les interprète lors de ses cérémonies de réveil de la foi.
Elle termine ses études dans une école publique locale. Elle veut parcourir le monde, mais ne se rend que jusqu’à Calgary. À 20 ans, ses poèmes sont régulièrement publiés dans les journaux et dans des numéros du magazine Saskatchewan Farmer. Elle devient une couturière itinérante, tout en continuant à écrire et à soumettre ses poèmes.
« In Flanders Now »
Le poème le plus célèbre d’Edna Jaques est une réponse patriotique positive au poème de John McCrea, « In Flanders Fields » (« Au champ d’honneur »). Elle l’écrit dans la vingtaine, alors qu’elle vit à Calgary pendant la Première Guerre mondiale. Elle se souvient avoir ressenti une inspiration soudaine alors qu’elle raccommode des vêtements à l’hôpital Holy Cross de Calgary. Elle griffonne son poème sur un bout de papier trouvé.
« In Flanders Now »
We have kept faith, ye Flanders' dead,
Sleep well beneath those poppies red,
That mark your place.
The torch your dying hands did throw,
We've held it high before the foe,
And answered bitter blow for blow,
In Flanders' fields.
And where your heroes' blood was spilled,
The guns are now forever stilled,
And silent grown.
There is no moaning of the slain,
There is no cry of tortured pain,
And blood will never flow again
In Flanders' fields.
Forever holy in our sight
Shall be those crosses gleaming white,
That guard your sleep.
Rest you in peace, the task is done,
The fight you left us we have won.
And "Peace on Earth" has just begun
In Flanders now.
Son poème « In Flanders Now » est d’abord publié dans le Calgary Herald. Il est rapidement repris dans des journaux partout en Amérique du Nord. Il est utilisé dans une campagne de financement menée par l’Everywoman’s Club aux États-Unis, qui permet de collecter 1 million de dollars pour la restauration de la bibliothèque de Louvain, en Belgique. Ce poème ne rapporte que 40 dollars à Edna Jaques, mais il établit sa renommée internationale. Le poème est également récité lors d’une cérémonie au cimetière national d’Arlington à Washington, DC, pour saluer le retour du soldat inconnu.
Carrière ultérieure
« In Flanders Now » propulse Edna Jaques au rang de célébrité en un clin d’œil. Le rédacteur en chef du Calgary Herald lui propose de financer ses études universitaires. Cependant, elle préfère partir pour Vancouver pour poursuivre son rêve de parcourir le monde. Avant que ses revenus de poésie ne lui permettent de subvenir à ses besoins, elle travaille dans un hôpital, comme sténographe et comme serveuse. Elle finit par se joindre au quotidien Province de Vancouver en tant que journaliste.
En 1921, elle épouse William Ernest Jamieson, un fermier de Moose Jaw. Le couple établit une ferme près de Tisdale, en Saskatchewan, où naît leur fille Joyce. Lorsque la ferme éprouve des difficultés financières, Edna déménage avec sa fille à Victoria, en Colombie-Britannique. Elle continue d’écrire des poèmes, rédige des articles pour des magazines et des journaux locaux, et travaille comme sténographe.
Elle devient une conférencière renommée. Sa première conférence a lieu en 1929, devant le Canadian Club de Moose Jaw. De 1933 à 1939, elle est régulièrement invitée par les Homemakers’ Clubs of Saskatchewan.
Edna Jaques est extrêmement prolifique tout au long de sa carrière. Elle aurait soumis deux poèmes par mois au Saskatchewan Farmer qui publie un poème dans chaque numéro du magazine pendant 30 ans. Cela finit par attirer l’attention des rédacteurs en chef du magazine Maclean’s, à qui elle envoie régulièrement ses poèmes. Au fil des ans, elle publie régulièrement ses poèmes dans le journal Winnipeg Free Press et dans le Province. On estime qu’elle a écrit 3 000 poèmes au cours de sa carrière. Ils sont rassemblés dans une douzaine de recueils de poésie.
Pendant sa vie, Edna Jaques est connue sous le nom de « Scrapbook Poetess of the West » ou de « Scrapbook Poet », surnom que lui attribue son amie Nellie McClung dans un article qu’elle lui consacre en 1934. Il fait référence à son habitude de griffonner des poèmes sur des bouts de papier et de découper les exemplaires de ses poèmes parus dans les journaux pour les conserver dans des albums de découpures (scrapbooks). Nellie McClung joue un rôle déterminant dans la publication de My Kitchen Window en 1935, qui est perçu comme son premier recueil majeur.
En 1935, Edna Jaques envoie sa fille Joyce à Briercrest pour se concentrer sur le développement de sa carrière. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle travaille dans une usine à Toronto, puis au service de l’information de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre, à Ottawa, aux côtés de nombreuses autres femmes journalistes.
Distinctions et legs
Son poème, « Thankful for What », publié dans l’édition de novembre 1932 de Good Housekeeping, est nommé meilleur poème de l’année par le New York Times.
Dans les années 1950, Edna Jaques est sans doute la poétesse la plus connue et la plus vendue du pays. On la considère comme la meilleure de sa génération, et on la compare au poète écossais Robert Burns, en raison de son rôle de « voix du peuple ». Un sondage réalisé en 1952 la classe parmi les femmes les plus populaires du Canada. Au moment de son 85e anniversaire en 1976, on estime que ses recueils de poésie se sont écoulés à plus d’un quart de million d’exemplaires. Cette même année, le premier ministre de l’Ontario, Bill Davis, lui décerne le titre de « Femme de l’année ».
En 2008, la maison Peachey, historiquement liée à la famille Jaques, à Briercrest, est désignée comme un bien patrimonial. Elle est ensuite transformée en un centre culturel dédié à la mémoire d’Edna Jaques, le Brier Rose Cultural Centre.
Recueils publiés
- Wide Horizons(1934)
- Drifting Soil(1934)
- My Kitchen Window(1935)
- Dreams in Your Heart(1937)
- Beside Still Waters(1939)
- Britons Awake(1940)
- Aunt Hattie's Place(1941)
- Verses for You(1941)
- Roses in December(1944)
- Back-Door Neighbors(1946)
- Hills of Home(1948)
- Fireside Poems(1950)
- The Golden Road(1953)
- Uphill All the Way: The Autobiography of Edna Jaques (1977)