John McCrae, soldat, médecin, poète (né le 30 novembre 1872 à Guelph en Ontario; décédé le 28 janvier 1918 à Wimereux en France). Pathologiste et médecin militaire de renom, le lieutenant‑colonel John McCrae était également un poète. Il a écrit le poème « In Flanders Fields » (trad. Au champ d’honneur), l’un des plus célèbres poèmes de la Première Guerre mondiale.
Jeunesse et éducation
John McCrae est descendant d’immigrants écossais. Comme son frère aîné Thomas et sa sœur cadette Geills, il fait ses études à Guelph en Ontario. Il est membre du Guelph Highland Cadet Corps, et en 1887, il obtient la médaille d’or du cadet le mieux exercé en Ontario. Élève doué, il obtient son baccalauréat en 1894 et son diplôme de médecine en 1898 à l’Université de Toronto. Pendant ses études, il publie des poèmes dans plusieurs publications canadiennes et britanniques.

Durant l’été 1899, John McCrae travaille au Johns Hopkins Hospital à Baltimore dans le Maryland avec sir William Osler qui est déjà un médecin de renommée mondiale. Plus tard cette même année, John McCrae obtient une bourse de recherche de l’Université McGill à Montréal. Toutefois, il reporte ce travail d’un an et il retourne à Guelph où il s’enrôle dans une batterie locale.
Pendant un an, John McCrae et la batterie D de l’Artillerie de campagne royale canadienne prennent part aux combats de la guerre des Boers (1899 à 1902). John McCrae est rapidement promu capitaine, puis major. Lors d’un incident, il manque de se noyer en traversant un ruisseau à cheval. Il retourne au Canada en janvier 1901 et il donne une conférence publique sur l’utilisation de l’artillerie pendant la guerre.

Carrière médicale
John McCrae retourne à l’Université McGill et il reprend les études postdoctorales qu’il a laissées de côté avant son service militaire. Il est nommé médecin associé à l’Hôpital Royal Victoria à Montréal et il est chargé de cours à l’université. Il travaille également comme pathologiste à l’Hôpital général de Montréal, comme médecin à l’Hôpital Royal Alexandra pour les maladies infectieuses, et dans son propre cabinet privé. Jusqu’en 1911, il prend le train chaque semaine pour se rendre à la University of Vermont à Burlington, où il travaille comme professeur invité en pathologie.
Avant la Première Guerre mondiale, John McCrae coécrit avec J. George Adami un ouvrage médical de référence de 878 pages intitulé A Text‑book of Pathology for Students of Medicine. Il est également membre de différents groupes sociaux montréalais, comme le Pen and Pencil Club, où il récite sa poésie. Durant ses années à Montréal, il fonde le University Club of Montreal avec son ami Stephen Leacock, l’écrivain et humoriste canadien. Les deux hommes confient la conception de leur club à Percy Erskine Nobbs, l’un des plus grands architectes du Canada.

Expédition dans la baie d’Hudson
En 1910, le gouverneur général Earl Grey invite John McCrae à être le médecin de service pour une expédition en canot dans la baie d’Hudson et au‑delà. Le gouvernement souhaite établir une nouvelle liaison ferroviaire vers un port dans le nord pour transporter plus facilement le blé en provenance des Prairies. Le groupe d’Earl Grey, composé de 38 hommes dont 23 guides cris, entreprend un périple de deux semaines de Norway House sur le lac Winnipeg jusqu’à York Factory sur la baie d’Hudson, où ils laissent les guides. Les 15 hommes restants effectuent les quatre dernières semaines de voyage sur le navire brise‑glace et paquebot The Earl Grey, et ils se rendent au sud jusqu’à l’Île‑du‑Prince‑Édouard, et ensuite jusqu’à la ville de Québec.
Bien que la construction de la ligne ferroviaire s’avère ne pas être réalisable, le voyage offre à John McCrae l’occasion d’observer la vie des peuples autochtones du Canada, de consigner des informations dans son carnet et de faire des croquis. Pendant le voyage, il divertit le groupe avec ses histoires. Lorsque le navire The Earl Grey jette l’ancre au large de l’Île‑du‑Prince‑Édouard, il rencontre l’écrivaine Lucy Maud Montgomery; le gouverneur général est un grand admirateur de l’autrice du livre Anne of Green Gables (trad. Anne… la maison aux pignons verts).

Première Guerre mondiale
Lorsque la Grande‑Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, John McCrae se trouve sur un navire en partance pour l’Angleterre pour de rares vacances de son emploi du temps professionnel très chargé. À son arrivée en Angleterre, il se précipite pour offrir ses services à l’armée. À cette époque, il a 41 ans et a quitté l’armée dix ans plus tôt; bien qu’on refuse ses services en tant qu’officier d’artillerie, on lui offre un poste de médecin militaire.
John McCrae est nommé médecin militaire de la 1re Brigade de l’Artillerie de campagne royale canadienne et il retourne au Canada, à Valcartier au Québec, pour se préparer pour son service au front. Avant de quitter Montréal pour ce qui est la dernière fois, il entrepose ses affaires personnelles dans un entrepôt de storage, il écrit à sa famille à Guelph, et il visite le studio William Notman & Son (voir William Notman) où le photographe prend son portrait, ce qui devient son image la plus célèbre.

In Flanders Fields (Au champ d’honneur)
Nouvellement promu au grade de lieutenant‑colonel, John McCrae soigne les soldats blessés durant la deuxième bataille d’Ypres en Belgique, du 22 avril au 25 mai 1915. Ce combat est le premier durant lequel des gaz toxiques sont utilisés comme armes, causant de graves lésions aux poumons et des décès. (Voir Le Canada et la guerre des gaz.) Les poumons de John McCrae sont endommagés par les gaz, ce qui aggrave considérablement l’asthme dont il souffre; néanmoins, il continue à soigner les soldats au poste de secours à Essex Farm près d’Ypres, un bunker au sol en terre battue, éclairé uniquement par des lanternes et par la porte ouverte.
La mort d’un soldat en particulier touche profondément John McCrae durant la bataille. Le lieutenant Alexis Hannum Helmer, un ingénieur civil et diplômé de l’Université McGill, est âgé de 22 ans. John McCrae ne connaissait pas Alexis Helmer alors qu’ils étaient tous deux à Montréal, mais les deux hommes deviennent de bons amis pendant la guerre. Le matin du 2 mai 1915, Alexis Helmer est tué par un obus allemand qui explose à ses pieds. Ses restes sont rassemblés dans une couverture de l’armée et enterrés dans le cimetière de Essex Farm à proximité. En tant qu’officier présent, John McCrae préside le service funéraire d’Alexis Helmer. Une croix de bois marque l’emplacement de sa sépulture.
Le lendemain matin, John McCrae écrit le poème « In Flanders Fields » (trad. Au champ d’honneur). Bien qu’il existe différentes versions sur la manière dont John McCrae écrit ce poème de 15 lignes, que ce soit sur le marchepied d’une ambulance, à l’intérieur du poste de secours, sur la tombe de son ami, etc., ces détails n’ont pas d’importance par rapport au contenu du texte et à sa puissance intemporelle.

Dans le décor horrible des cimetières construits à la hâte à côté des champs de bataille, des coquelicots rouges jaillissent du sol bombardé. Les oiseaux chantent malgré les sons assourdissants de la guerre. En quelques lignes, John McCrae appelle les vivants à se joindre à l’effort de guerre pour qu’Alexis Helmer et des millions d’autres soldats de la Première Guerre mondiale ne soient pas morts en vain.
Après avoir été rejeté par The Spectator (un magazine populaire de Londres), le poème « In Flanders Fields » est publié pour la première fois dans l’édition du 8 décembre 1915 du magazine britannique Punch. Cependant, le nom de John McCrae n’apparait pas avec le poème et ce dernier est mal placé et relégué dans un coin inférieur gauche de la page. Toutefois, le public remarque le poème et il est rapidement mémorisé, copié dans des lettres, mis en musique et traduit dans de nombreuses langues. (Voir In Flanders Fields en musique.) Le poème est également utilisé pour amasser 400 millions de dollars pour l’effort de guerre.

Au moment de la publication de « In Flanders Fields », John McCrae a été transféré au Troisième l’Hôpital général canadien no 3, près de Boulogne-sur-Mer en France, à proximité de la Manche. Cet hôpital est géré par l’Université McGill et il compte parmi ses effectifs quelques-uns des plus éminents médecins de l’époque, dont Edward Archibald et Francis Scrimger. L’hôpital compte plus de 1000 soldats blessés et mourants.
Le saviez-vous?
Contrairement à la croyance populaire, John McCrae savait que son poème était devenu populaire dans le monde entier et il était ravi des acclamations qu’il recevait. Cependant, ses autres poèmes, comme The Anxious Dead écrit en 1917, ne suscitaient que peu d’intérêt. Toutefois, en 1919, soit un an après son décès, l’intérêt du public pour tout ce qui concernait John McCrae s’est reflété dans les rapides ventes du recueil de poésie de John McCrae publié par sir Andrew Macphail et incluant une courte biographie du poète.

Lorsqu’arrive janvier 1918, John McCrae prodigue des soins médicaux aux troupes de la British Expeditionary Force depuis plus de trois longues années. Son dévouement est remarqué et John McCrae est nommé médecin consultant de la Première Armée britannique, devenant ainsi le premier Canadien à obtenir ce poste. Cependant, il n’occupe jamais ces nouvelles fonctions. Épuisé et affaibli, il est particulièrement vulnérable à la pneumonie, une maladie qui tue de nombreux soldats durant la Première Guerre mondiale. Il tombe malade le 23 janvier 1918. Le 28 janvier, il meurt d’une pneumonie et d’une méningite au 14e Hôpital général britannique à Wimereux en France. Il est âgé de 45 ans.
John McCrae est inhumé le lendemain au cimetière communal de Wimereux avec tous les honneurs militaires. Bonfire, son cheval bien‑aimé, fait partie du cortège funèbre et le général Arthur Currie est présent. Les infirmières militaires trouvent quelques coquelicots à mettre sur sa tombe en ce jour d’hiver exceptionnellement chaud et ensoleillé.
Legs
Le lieu de naissance de John McCrae est maintenant un musée et un lieu historique national du Canada.
En 2015, John McCrae est intronisé au Temple de la renommée médicale canadienne pour ses précieuses contributions dans le domaine de la pathologie.
Également en 2015, à l’occasion du 100e anniversaire de l’écriture de « In Flanders Fields », une statue de John McCrae créée par la sculptrice Ruth Abernethy est dévoilée à Ottawa. Une réplique de cette sculpture se dresse à proximité de l’église presbytérienne St. Andrew, le lieu de culte de sa famille, et elle surplombe sa ville natale de Guelph en Ontario.
Entre 2001 et 2013, un extrait du poème « In Flanders Field » figure sur le dos du billet de 10 $ canadien.
Le coquelicot rouge demeure un symbole de sacrifice et de souvenir dans de nombreuses parties du monde (voir Jour du Souvenir).

