La Association of Iroquois and Allied Indians (AIAI) est une organisation provinciale et territoriale des Premières Nations de l’Ontario. Elle a fondé le Woodland Indian Cultural Education Centre (maintenant le Woodland Cultural Centre [WCC]) en 1972. Le Woodland Cultural Centre a pour mission de « préserver, de promouvoir et de renforcer la langue, la culture, l’art et l’histoire autochtones, et de faire revivre l’histoire du peuple Hodinohsho:ni des forêts de l’Est grâce à des expositions et des programmes innovateurs ». Le conseil d’administration du Woodland Cultural Centre comprend des membres des communautés des Six Nations de la rivière Grand, des Mohawks de la baie de Quinte (le territoire Mohawk Tyendinaga), et des Mohawks de Wahta. Le WCC a été créé en réaménageant le Mohawk Institute, premier pensionnat indien du Canada, après sa fermeture. En 2014, le WCC a lancé sa campagne « Save the Evidence » pour restaurer le Mohawk Institute. Ces efforts ont abouti à d’importants travaux de rénovation et à l’inauguration du Mohawk Institute le 30 septembre 2025, lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation du Canada.
Le Mohawk Institute et l’émergence de la AIAI
L’importance de l’organisation politique et de l’activisme des Premières Nations prend de plus en plus d’ampleur sur la scène nationale à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Les membres des Premières Nations obtiennent le droit de vote aux élections provinciales de l’Ontario en 1954, sans perdre leur statut d’Indien ni leurs droits issus des traités, et ils l’obtiennent ensuite également aux élections fédérales de 1960 (voir aussi Les peuples autochtones et la lutte pour l’émancipation; Droits des Autochtones au Canada). En 1963, le gouvernement charge le Dr Harry B. Hawthorn d’enquêter sur les conditions sociales des membres des Premières Nations au Canada. Il produit un rapport en deux volumes intitulé Étude sur les indiens contemporains du Canada - besoins et mesures d’ordre économique, politique et éducatif, qui est publié en 1966 et en 1967, dans lequel il qualifie les membres des Premières Nations de « citizens minus » (ou citoyens moins un).
En 1969, plusieurs événements se produisent. En réponse au rapport Hawthorne, le gouvernement fédéral publie le Livre blanc de 1969. Les peuples des Premières Nations, leurs dirigeants et leurs institutions rejettent complètement le document.
Jean Chrétien, alors ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, déclare lors de discussions sur le Livre blanc, qu’il n’a l’intention de traiter qu’avec les associations indiennes. Cela incite les Premières Nations de St. Regis, des Six Nations, de Tyendinaga, des Mississaugas de Credit et d’Oneida à former la Association of Iroquois and Allied Indians (AIAI). Cette association se définit comme « une organisation politique représentant ses bandes membres lors de négociations ou de consultations avec tout niveau de gouvernement qui a une incidence sur le bien-être de l’ensemble des bandes membres ».
En 1962, des communications internes du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien concernant le Mohawk Institute indiquent que « malheureusement, [toutes les personnes concernées ont] fait un travail extrêmement médiocre pour expliquer aux Autochtones les rôles de l’Église et de la Society for the Propagation of the Gospel in New England and Parts Adjacent, et celui du gouvernement fédéral ». En 1970, le gouvernement fédéral s’engage pleinement à fermer le Mohawk Institute. Celui-ci ferme ses portes en tant qu’école en 1970, et il est définitivement fermé en 1971.
Programme des centres culturels et éducatifs
En réponse au Livre blanc, des organisations des Premières Nations de partout au Canada publient divers rapports d’opposition, dont Citizens Plus (aussi connu sous le nom du Livre rouge). Le rapport Citizens Plus propose la création du Alberta Indian Education Centre, qui est « fondé par des Autochtones et géré par des Autochtones pour des Autochtones ». Ce centre propose trois objectifs : adapter les connaissances traditionnelles à la vie contemporaine; revitaliser et enseigner les fondements culturels pour assurer la continuité et la résilience culturelles; et outiller les membres des Premières Nations pour qu’elles puissent s’engager dans la société moderne. Des demandes semblables sont formulées en Saskatchewan, en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick (voir Union of British Columbia Indian Chiefs). De plus, le document de politique de la Fraternité nationale des Indiens (maintenant l’Assemblée des Premières Nations), intitulé Contrôle de l’éducation des Indiens par les Indiens, est adopté par le gouvernement fédéral en 1973. Ce document intègre les principes de responsabilité parentale et d’autonomie locale. Finalement, le gouvernement fédéral crée le Programme des centres culturels et éducatifs (PCECP) sans consulter les Premières Nations de manière significative ou appropriée.
En 1972, le Conseil élu des Six Nations demande le financement promis par la AIAI pour mener à bien une étude de faisabilité concernant l’utilisation du Mohawk Institute comme centre culturel. Il demande à la AIAI de présenter le rapport final de cette étude au gouvernement fédéral, de demander des subventions appropriées, d’exploiter le centre jusqu’à la mise en place d’un organisme permanent, et d’utiliser les bâtiments et le contenu du Mohawk Institute. La AIAI, en partenariat avec les Six Nations de la rivière Grand, les Mohawks de la baie de Quinte (territoire Mohawk de Tyendinaga) et les Mohawks de Wahta, réaménagent une partie de l’ancien Mohawk Institute dès 1972 pour en faire le Woodland Indian Cultural Education Centre.

Campagne « Save the Evidence »
L’une des initiatives du Woodland Cultural Centre (WCC) est la campagne « Save the Evidence ». Cette campagne est lancée en 2014 et elle vise à soutenir la restauration du bâtiment principal du Mohawk Institute. Les survivants du système des pensionnats indiens, les Six Nations de la rivière Grand, ainsi que d’autres Premières Nations demandent que le bâtiment demeure intact afin de servir d’espace de guérison, de vérité et de mémoire pour les générations futures. Cet appel à l’action, lancé par les survivants et les membres des communautés qui les soutiennent, est mis en œuvre par le conseil d’administration du WCC (voir aussi Réconciliation au Canada).
Certains affirment que la restauration est une façon d’honorer la mémoire des survivants et de ceux qui n’ont pas survécu, et de faire en sorte que les générations futures comprennent pleinement l’impact des pensionnats indiens. Les poutres calcinées du bâtiment, des vestiges de trois incendies survenus en 1903 et déclenchés par des enfants ou des jeunes de l’institut, sont intégrées et demeurent visibles au troisième étage. Ces poutres carbonisées se trouvent juste à côté d’une cellule d’isolement, qui était utilisée pour y enfermer des enfants. Au moins une enfant, Ruth Miller, a été détenue dans cette cellule après avoir été fouettée, et elle y a été enfermée pendant au moins trois jours, ne recevant que très peu de nourriture. Malgré les lois interdisant aux membres des Premières Nations d’avoir recours à un avocat, le père de Ruth Miller, George Miller, intente une action en justice contre le directeur du Mohawk Institute pour ce châtiment. Il gagne sa cause.
Un centre dédié à la culture, la langue et l’apprentissage
Le Woodland Cultural Centre ouvre ses portes à une époque où le monde, y compris les nations membres concernées, ne saisit pas encore pleinement la réalité du système des pensionnats indiens. Aujourd’hui, son mandat est vaste. Il ne s’agit plus seulement du site d’un ancien pensionnat indien, mais également d’un lieu qui a pour mission de « préserver, de promouvoir et de renforcer la langue, la culture, l’art et l’histoire autochtones, et de faire revivre l’histoire du peuple Hodinohsho:ni des forêts de l’Est grâce à des expositions et des programmes innovateurs ». Par l’entremise d’expositions, d’ateliers, d’activités de sensibilisation et d’autres initiatives, et grâce à sa collection de plus de 50 000 artefacts, le WCC favorise la compréhension interculturelle et aide les Premières Nations des communautés soutenues à se réapproprier leur héritage.
« Il est très important pour nous de veiller à ce que les histoires [des survivants] soient représentées, et que le public ait accès à ces histoires précisément à l’endroit où les abus, les sévices et les expériences ont eu lieu. »
– Heather George, directrice générale du Woodland Cultural Centre
Le travail du Woodland Cultural Centre ne se limite pas à la préservation des connaissances du passé. Il joue également un rôle essentiel dans la transmission des connaissances et dans l’apprentissage grâce à ses programmes qui comprennent l’art, l’éducation, les langues et les services de bibliothèque et de musée. Le 30 septembre 2025, lors de la Journée nationale de vérité et de réconciliation du Canada, le WCC rouvre le Mohawk Institute, dont la rénovation et la réinterprétation sont pratiquement terminées. L’institut est désormais reconnu comme « un lieu de conscience » par le WCC et la Coalition internationale des lieux de conscience.
Le saviez-vous?
Selon la Coalition internationale des sites de conscience, un site de conscience est défini comme « un lieu de mémoire, tel qu’un site historique, un musée ou un monument commémoratif, qui empêche cet effacement [du passé] de se produire afin de favoriser des sociétés plus justes et plus humaines aujourd’hui ».