Wilfrid Derome (baptisé Joseph-Wilfrid), médecin légiste, médecin, professeur, fonctionnaire, auteur (né le 19 avril 1877 à Saint-Cyprien-de-Napierville au Québec; décédé le 24 novembre 1931 à Montréal au Québec). Wilfrid Derome est généralement considéré comme le « père de la médecine légale » au Canada parce qu’il a ouvert le premier laboratoire de médecine légale en Amérique du Nord en 1914. En plus de sa renommée nationale, Wilfrid Derome est considéré comme un pionnier international dans le domaine de la médecine légale. Certaines sources le décrivent comme la « terreur de la classe criminelle ».
Termes clés
Pathologie : Branche de la science médicale qui s’intéresse principalement à l’étude et au diagnostic des maladies.
Histologie : Branche de la biologie qui étudie l’anatomie microscopique des tissus biologiques.

Jeunesse et éducation
Wilfrid Derome est le fils de Philomène Fortin et de Médard Derome, un fermier. Wilfrid Derome fait une grande partie de ses études à Montréal, étudiant au Petit Séminaire de Montréal de 1890 à 1893, et ensuite au Collège Sainte-Marie de 1893 à 1896. Il fréquente ensuite le Collège de Joliette, où il termine ses études classiques en 1898 et obtient l’équivalent d’un baccalauréat. Il est ensuite admis à la faculté de médecine de l’Université Laval à Montréal, où il a d’excellentes notes et obtient son doctorat en médecine en 1902. (Voir aussi Université de Montréal; Formation médicale.) De 1903 à 1904, Wilfrid Derome fait son stage à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal. De 1904 à 1908, il est démonstrateur en histologie à la faculté de médecine de l’Université Laval à Montréal.
Débuts de carrière en médecine
La carrière de Wilfrid Derome en sciences médico-légales commence lorsqu’il est nommé directeur du laboratoire de pathologie de l’Hôpital Notre-Dame en 1907. En 1908, il prend une année sabbatique pour se spécialiser en médecine légale et il étudie à la Sorbonne à Paris, sous la direction d’experts comme Léon-Henri Thoinot, Victor Balthazard et Alphonse Bertillon. Ce dernier est chef du service d’identification criminelle de la police de Paris et anthropologue, et il est reconnu pour avoir normalisé la « photo d’identité judiciaire ». Il développe également un système d’enregistrement et d’indexation des caractéristiques et traits distinctifs d’identification afin de constituer un fichier de référence ou registre des criminels connus pour la police. Victor Balthazard est professeur de médecine légale à la Sorbonne et médecin légiste en chef de la ville de Paris. C’est sous sa direction que Wilfrid Derome devient un expert en balistique. Cette expertise mène éventuellement à la publication de son livre Expertise en armes à feu (1929), qui devient une publication de référence sur le sujet. (Voir aussi Armes à feu.)
Après avoir obtenu son diplôme de médecine légale et de psychiatrie à la Sorbonne, Wilfrid Derome retourne à Montréal en 1909 et reprend son poste de directeur du laboratoire de pathologie de l’Hôpital Notre-Dame. La même année, il est nommé directeur de médecine légale du département de médecine de l’Université Laval. (Voir aussi Université de Montréal.) Sa nomination est recommandée par le médecin Georges Villeneuve, un ancien professeur de Wilfrid Derome, qui est également spécialiste en médecine légale et surintendant de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu (le principal hôpital psychiatrique de Montréal à cette époque). Avec l’aide de Georges Villeneuve, Wilfrid Derome devient médecin consultant à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu en 1910. En 1914, il est promu professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université Laval. (Voir aussi Formation médicale.) De 1912 à 1920, Wilfrid Derome est responsable du laboratoire de l’Institut Bruchési, une clinique de tuberculose de Montréal fondée en 1911. En 1926, il est promu directeur du laboratoire de bactériologie, de chimie et de sérologie de l’hôpital. Il occupe ce poste jusqu’à la fin de sa vie.
Carrière en médecine légale
Peu après son retour de ses études de médecine légale à Paris, Wilfrid Derome est nommé assistant spécialiste à la morgue de Montréal. Comme il souhaite développer ce domaine, il rédige des articles sur la médecine légale pour L’Union médicale du Canada et il cherche à implanter le système français d’enquête médico-légale au Canada. À cette époque, le Canada s’inspire de la tradition juridique britannique, selon laquelle la poursuite et la défense présentent chacune leurs propres médecins pour débattre des preuves. L’approche française consiste à créer des commissions impartiales qui sont chargées de mener des enquêtes scientifiques formelles avec des experts qualifiés, qui rédigent ensuite des rapports finaux que les procureurs autant que les appelants et les défendeurs peuvent alors consulter. (Voir aussi Droit.) En 1909, Wilfrid Derome présente une motion à la Société médicale de Montréal, plaidant en faveur d’une réorganisation du système de médecine légale de la province et proposant que le gouvernement du Québec établisse des laboratoires médico-légaux et désigne des spécialistes en médecine légale comme experts se présentant devant les tribunaux. La motion est adoptée à l’unanimité et elle est par la suite soutenue par le Conseil du Barreau de Montréal, puis par le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec.
Wilfrid Derome convainc le premier ministre du Québec, Lomer Gouin (qui est également procureur général de la province), de la nécessité et de l’importance d’un laboratoire médico-légal. Le Laboratoire provincial de recherches médico-légales ouvre ses portes en juillet 1914 à Montréal. Wilfrid Derome en est le premier directeur, un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort en 1931. Jusqu’en 1928, ce laboratoire est le seul laboratoire du genre au Canada. Il est à la fine pointe de la technologie pour l’époque, bien qu’il soit situé au-dessus de la morgue de Montréal. Cette dernière est située dans un bâtiment qui appartient à un salon funéraire, et apparemment, le directeur du salon aurait interdit à Wilfrid Derome et à ses employés d’utiliser l’entrée principale.
Wilfrid Derome équipe le laboratoire des instruments scientifiques nécessaires pour effectuer les analyses les plus courantes. Le laboratoire dispose notamment de microscopes, de contrepoids et d’un appareil de spectrographie par émission (un instrument qui sépare et mesure les longueurs d’onde de la lumière émise par une substance). Le laboratoire de Wilfrid Derome comprend également une bibliothèque, ainsi qu’un musée où sont exposés des modèles anatomiques et des objets liés à des affaires criminelles. Wilfrid Derome devient le premier médecin au Québec à être autorisé par le gouvernement à pratiquer l’analyse médico-légale.
Contributions
En 1926, Wilfrid Derome invente le microsphéromètre, un instrument qui permet de détecter des marques distinctives d’identification à la surface des balles. Il développe également des méthodes pour identifier les cadavres ainsi que des méthodes de classification des blessures. Les travaux et le laboratoire de Wilfrid Derome deviennent célèbres à l’extérieur du Canada; le directeur du Bureau of Investigation des États-Unis, J. Edgar Hoover, visite Wilfrid Derome en 1929 et en 1932, afin de tirer profit de son expertise pour la mise sur pied du laboratoire médico-légal du Bureau of Investigation.
Legs
La contribution de Wilfrid Derome aux sciences médico-légales judiciaire et son legs sont reconnus dans le nom officiel du quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal. (Voir aussi Sûreté du Québec; La police au Canada.)