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The Saddest Music in the World

The Saddest Music in the World de Guy Maddin, projeté pour la première fois au Festival international du film de Toronto en 2003 et sorti en salles en 2004, est réalisé dans le style anachronique constituant la marque de fabrique du cinéaste. Tourné dans un noir et blanc granuleux et ponctuellement dans des couleurs kitsch imitant le Technicolor bichrome, faisant largement appel à des filtres diffuseurs en gaze et à un rétroéclairage artificiel chaud, le film utilise des décors sans équivoque qui semblent tout droit sortis d’un film expressionniste allemand du début des années 1930.

Dans le film, Winnipeg a été choisie, durant l’hiver 1933, en pleine Grande Dépression, par le magazine Time de Londres comme la « capitale mondiale du chagrin ». La baronne Helen Port‑Huntley, jouée par Isabella Rossellini, propriétaire d’une brasserie locale, qui a perdu ses deux jambes dans un accident de voiture qu’elle a remplacées par des prothèses en verre remplies de bière, organise un concours pour découvrir la musique la plus triste du monde. À l’occasion de ce concours, on fait connaissance avec une galerie de personnages hauts en couleur : un producteur de Broadway en faillite, ancien amant de la gente dame, interprété par Mark McKinney, sa petite amie nymphomane jouée par Maria de Medeiros, son père alcoolique incarné par David Fox, et son frère absent joué par Ross McMillan. Des diffusions intégrales d’émissions de radio accompagnent des analyses savantes et les gagnants célèbrent leur victoire en glissant sur un toboggan pour atterrir dans une cuve de bière géante.

Résultat d’une adaptation, par Guy Maddin et George Toles, d’un scénario original de l’auteur des Vestiges du jour Kazuo Ishiguro, le film semble parfois être l’œuvre d’un maniaco‑dépressif avec son montage frénétique, son incapacité à rester concentré sur un sujet quelconque plus de quelques minutes et sa tonalité générale d’un pessimisme noir. Pourtant, en dépit de toute cette étrangeté savamment calculée, The Saddest Music in the World est considéré par de nombreux critiques comme le long‑métrage le plus accompli de Guy Maddin, un travail qui lui vaut d’ailleurs plusieurs prix Génie dans les catégories Meilleur montage, Meilleurs costumes et Meilleure musique originale.