Matt Johnson, réalisateur, scénariste, acteur, producteur, activiste (né le 5 octobre 1985 à Toronto en Ontario). Matt Johnson est une figure influente et parfois controversée du cinéma canadien anglophone. Il a fait une entrée remarquée sur la scène du cinéma avec son premier long métrage primé, The Dirties (2013). Il a ensuite réalisé le film Operation Avalanche (2016; v.f. Opération Avalanche), un un film à suspense comique teinté de paranoïa, et BlackBerry (2023), qui retrace l’ascension et la chute de la compagnie technologique canadienne Research in Motion et de son téléphone intelligent révolutionnaire. Le film BlackBerry a établi un record du nombre de prix remportés (14) et du nombre de nominations (17) aux prix Écrans canadiens. Matt Johnson est également le co-créateur de la série web culte Nirvana the Band (2007-2010), de la série télévisée qui en a découlé Nirvanna the Band the Show (2017-2018), et du film à succès Nirvana the Band the Show the Movie (2025; v.f. Nirvanna le band, la série, le film).

Éducation et débuts de carrière
Matt Johnson étudie en cinéma à l’Université York et il obtient son baccalauréat en beaux-arts en 2006. Il fait ensuite sa maitrise en beaux-arts en 2016. À l’Université York, Matt Johnson noue des relations professionnelles essentielles, y compris avec Matt Miller, le scénariste et producteur avec qui il collabore fréquemment, ainsi qu’avec Jared Raab, le directeur de photographie.
Les études de Matt Johnson à York donnent naissance à deux projets marquants : la série web Nirvana the Band (2007-2010), produite avec Jay McCarrol, son ami de longue date et principal collaborateur; et son premier long métrage, The Dirties, qui est sa première collaboration avec Matt Miller et Jared Raab.
Série web Nirvana the Band et série télévisée Nirvanna the Band The Show
Créée pendant que Matt Johnson est étudiant à l’Université York, la série web Nirvana the Band (2007-2010) suit les aventures de deux aspirants rockeurs maladroits (joués par Matt Johnson et Jay McCarrol, musicien et compositeur qui est son ami et collaborateur depuis l’école secondaire), et leurs tentatives désespérées pour pouvoir faire un concert au Rivoli, un lieu culte de la scène hipster de Toronto. (Le Rivoli est possiblement reconnu surtout pour avoir vu naître la troupe de sketches d’humour The Kids in the Hall.) L’hyperactif Matt est invariablement à l’origine des plans farfelus et désastreux pour attirer l’attention des programmateurs du club, aucun de ces plans ne consistant à simplement contacter le bar. Ces plans incroyablement insensés et ces « raccourcis » vers la gloire se reflètent dans le nom absurdement plagié du groupe.
Cet esprit ludique est l’une des caractéristiques essentielles de Nirvana the Band, ce qui vaut à Matt Johnson une certaine notoriété au sein de la communauté de cinéma de l’Université York. Matt Johnson et Jay McCarrol reprennent le projet Nirvana avec la série télévisée Nirvanna the Band the Show (2017-2018), produite pour la chaine Vice TV. Les deux premiers épisodes sont projetés au Festival international du film de Toronto (TIFF), marquant ainsi la première apparition de Matt Johnson à cet événement.
The Dirties (2013)
Le premier long métrage de Matt Johnson, The Dirties (2013), s’inspire du faux documentaire d’horreur belge C’est arrivé près de chez vous (1992). Dans The Dirties, Matt (Matt Johnson) et Owen (Owen Morgan) jouent deux élèves du secondaire marginaux et un peu maladroits. Ils sont aspirants cinéastes et sont quotidiennement harcelés par une bande d’intimidateurs qu’ils surnomment les Dirties. La cible favorite de ces derniers est Matt, qui se distingue par son hyperactivité. Lorsqu’Owen s’éprend d’une fille de leur classe, il est de plus en plus exaspéré par le comportement hyperactif de Matt. Matt se sent trahi (un thème récurrent dans presque toutes les œuvres de Matt Johnson), et il se venge sur ceux qui le tourmentent depuis si longtemps.
Le film The Dirties est présenté en avant-première au Festival du film Slamdance, où il remporte les prix du meilleur long métrage de fiction et le prix Spirit of Slamdance. Il remporte ensuite des prix décernés par des associations de critiques à Toronto et Vancouver. En 2014, Matt Johnson reçoit le prix Lindalee Tracey du Festival canadien du documentaire international Hot Docs. Ce prix est décerné à des cinéastes canadiens émergents dont les œuvres reflètent « un point de vue passionné, un fort sens de la justice sociale et un sens de l’humour ».
Operation Avalanche (2016)
Le deuxième long métrage de Matt Johnson, Operation Avalanche (2016; v.f. Opération Avalanche), est un film à suspense comique, à la fois plein d’esprit et artistique, qui raconte l’histoire de deux jeunes agents de la CIA, aussi cinéastes en herbe (interprétés par Matt Johnson et Owen Williams), qui sont envoyés à la NASA pour démasquer un espion soviétique. Au cours de leur mission, ils se retrouvent impliqués dans un complot élaboré visant à mettre en scène un faux alunissage.
Le film Operation Avalanche s’inspire des théories du complot (Matt Miller et Matt Johnson nomment d’ailleurs leur compagnie de production Zapruder Films) qui impliquent Stanley Kubrick et est porté par l’humour espiègle et la passion de Matt Johnson pour l’histoire du cinéma. Tourné en style « guerilla » sans autorisation dans les réels locaux de la NASA, le film est imprégné de paranoïa, à la fois comique et bien réelle (la trahison étant, une fois de plus, un thème central). Operation Avalanche est présenté en avant-première au Festival du film de Sundance.
Blackberry (2023)
Le film suivant de Matt Johnson, BlackBerry (2023), est coproduit par Matt Miller et Rhombus Media, la compagnie du producteur chevronné Niv Fichman. Jay Baruchel et Matt Johnson incarnent Mike Lazaridis et Doug Fregin, les deux dirigeants de Research in Motion. Cette compagnie est à l’origine du BlackBerry, le premier téléphone intelligent au monde.
Le film BlackBerry établit un record aux prix Écrans canadiens, remportant 14 prix, dont celui du meilleur film, et ceux de la meilleure réalisation, du meilleur scénario et du meilleur acteur de soutien pour Matt Johnson. Le film reçoit également 17 nominations, un record absolu.
Nirvanna the Band the Show the Movie (2025)
Matt Johnson poursuit ensuite avec son film Nirvanna the Band the Show the Movie (2025; v.f. Nirvanna le band, la série, le film), qui est sans conteste son œuvre la plus ancrée dans la ville de Toronto. Matt Johnson et Jay McCarrol y retrouvent leurs personnages fétiches qui se lancent alors dans une tentative encore plus rocambolesque pour pouvoir faire un concert au Rivoli. Ces tentatives comprennent un véhicule récréatif qui voyage dans le temps, un meurtre, une trahison et, dans la scène d’ouverture spectaculaire, un saut en parachute de la Tour CN jusqu’au Sky Dome (Centre Rogers), dans l’espoir d’attirer l’attention des programmateurs du Rivoli.
Le film regorge de références à la culture canadienne, ce qui rend confus certains critiques américains. Acclamé dans les festivals de cinéma canadiens, il est en nomination pour huit prix Écrans canadiens. Avec plus de 4 millions de dollars de recettes au box-office canadien, il figure parmi les plus grands succès du cinéma canadien anglophone.
Style caractéristique
La plupart des projets de Matt Johnson sont des faux documentaires exubérants et ludiques qui mettent en scène des marginaux qui tentent désespérément de se faire une place, généralement par l’entremise de plans farfelus et désastreux. L’agent de ce chaos comique est souvent incarné par Matt Johnson lui-même, dans un personnage hyperactif et maniaque dont l’origine remonte à la série web Nirvana The Band.
La plupart des œuvres de Matt Johnson ont un aspect documentaire brut. Ses références parodiques à la culture pop américaine, qu’il s’agisse de la faute d’orthographe dans le nom du célèbre groupe américain ou de clins d’œil aux films Back to the Future (v.f. Retour vers le futur) dans le long métrage Nirvanna, s’inscrivent dans une longue tradition de comédie et d’humour canadien qui consiste à porter un regard satirique extérieur sur nos voisins du sud. (Voir aussi SCTV; The Kids in the Hall.) L’enthousiasme comique débordant de Matt Johnson pour les plans les plus farfelus fait écho à celui d’autres humoristes canadiens, comme Tom Green.
Défense de cause
Matt Johnson se montre un critique irrévérencieux, parfois acerbe et controversé, à l’égard du milieu cinématographique canadien anglophone, surtout au début de sa carrière. Fervent défenseur d’un meilleur financement pour les cinéastes émergents, il critique Téléfilm Canada pour ce qu’il considère comme un financement automatique accordé à de nombreux artistes déjà établis. Comme il le déclare au magazine NOW : « Plutôt que de financer 20 films de ces vieux cinéastes chaque année, Téléfilm devrait en financer 150 réalisés par des cinéastes dont personne n’a jamais entendu parler. »
Téléfilm confie éventuellement à Matt Johnson et Matt Miller, son partenaire de production, la mission de développer le programme « Talents en vue/Talent to Watch ». Le programme est lancé en 2018, et il double presque le budget alloué aux films premiers de cinéastes, le portant à un maximum de 125 000 $.
Autres activités
Matt Johnson est un pilier de la scène du cinéma indépendant canadien qui émerge dans les années 2010, et il joue dans de nombreux films de ses contemporains. Ces films comprennent entre autres Diamond Tongues (2015) de Pavan Moondi et Brian Robertson; Spice it Up (2018) de Lev Lewis, Yonah Lewis et Calvin Thomas; et The Heirloom (2024) de Ben Petrie. Matt Johnson collabore également à plusieurs reprises avec son célèbre contemporain, Kazik Radwanski, sur ses films How Heavy This Hammer (2015), Anne at 13 000 Feet (2019), et surtout Matt and Mara (2024), dans lequel il joue évidemment le rôle de Matt.
Le premier film américain de Matt Johnson, Tony, est un film biographique sur le célèbre chef cuisinier et écrivain de voyage Anthony Bourdain, et il sort en 2026.
Prix
- Prix Jay Scott (The Dirties), Toronto Film Critics Association Awards (2013)
- Prix Independent Vision du meilleur film (The Dirties), Sarasota Film Festival (2013)
- Prix spécial du jury, compétition des longs métrages de fiction, Dallas International Film Festival (2013)
- Meilleur acteur dans un film canadien (The Dirties), Vancouver Film Critics Circle (2014)
- Prix Lindalee Tracey (The Dirties), Festival canadien du documentaire international Hot Docs (2014)
- Meilleur réalisateur (Operation Avalanche), Festival international du film d’Athènes (2016)
- Meilleur acteur de soutien dans un film canadien (Anne at 13 000 Ft.), Vancouver Film Critics Circle (2019)
- Prix Sloan Science on Screen (BlackBerry), Festival international du film de San Francisco (2023)
- Meilleur scénario d’un film canadien (BlackBerry, partagé avec Matthew Miller), Vancouver Film Critics Circle (2024)
- Meilleur réalisateur d’un film canadien (BlackBerry), Vancouver Film Critics Circle (2024)
- Meilleur scénario adapté (BlackBerry, partagé avec Matthew Miller), prix Écrans canadiens (2024)
- Meilleure réalisation (BlackBerry), prix Écrans canadiens (2024)
- Meilleur acteur dans un film canadien (Matt and Mara), Vancouver Film Critics Circle (2025)
- Prix Midnighter Audience (Nirvanna the Band the Show the Movie), SXSW Film Festival (2025)
- Prix Midnight Madness People’s Choice (Nirvanna the Band the Show the Movie), Festival international du film de Toronto (2025)