Maladies professionnelles

Les maladies professionnelles sont des problèmes de santé liés aux conditions de travail. On les distingue des accidents de travail, qui sont des problèmes résultant d'un trauma (entorse, foulure), d'une lacération, d'une brûlure ou de contusion.

Maladies professionnelles

Les maladies professionnelles sont des problèmes de santé liés aux conditions de travail. On les distingue des accidents de travail, qui sont des problèmes résultant d'un trauma (entorse, foulure), d'une lacération, d'une brûlure ou de contusion. En général, les maladies professionnelles sont causées par une exposition à des dangers physiques, chimiques et, élément plus controversé, psychologiques. Elles se développent habituellement sur une longue période et ressemblent souvent aux maladies qui surviennent en d'autres circonstances. En comparaison, les accidents de travail sont la plupart du temps le résultat immédiat de facteurs mécaniques (soulèvement, flexion), d'accidents ou d'incendies résultant de mesures de sécurité défaillantes. En pratique, toutefois, la division est plutôt arbitraire (p. ex. établie pour faciliter la tâche administrative) : certains types de blessures tels que la tendinite provoquée par un mouvement répétitif sont considérées comme des « maladies » alors que certains problèmes, qui ordinairement seraient considérés comme une maladie, sont classés comme « blessures » (p. ex. intoxication aiguë apparaissant immédiatement après une exposition à une substance toxique).

Les maladies professionnelles prennent souvent des mois, voire des années, à se développer selon l'intensité et les circonstances du contact. C'est le cas du cancer causé par l'inhalation de fibres d'AMIANTE, qui prend au moins 20 ans à se développer et pour lequel il est alors difficile, même impossible, d'identifier une cause exacte chez le patient. De même, les maladies professionnelles ressemblent souvent à d'autres états pathologiques. Par exemple, l'intoxication par le PLOMB a les mêmes symptômes que plusieurs maladies. De même, l'asthme résultant d'une sensibilisation à des produits chimiques au travail est souvent faussement attribué à une exposition au domicile. C'est pourquoi la plupart des maladies professionnelles sont négligées ou mal diagnostiquées; de plus elles sont sous-estimées dans les rapports statistiques. Dans les faits, elles sont plus fréquentes que l'on pense.

Signification du dépistage

L'importance de reconnaître qu'une maladie est professionnelle a des répercussions à trois niveaux : limiter ses effets sur le patient; empêcher que d'autres en souffre; et indemniser ceux qu'elle invalide. Les effets toxiques peuvent souvent être limités si l'on cesse l'exposition et si le traitement est commencé immédiatement. Lorsque l'on reconnaît qu'un travailleur souffre d'une maladie professionnelle, il est possible de protéger ceux qui sont exposés à la même source, avant qu'ils ne tombent malades eux aussi. L'indemnisation incombe aux systèmes d'INDEMNISATION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL, établis dans toutes les provinces et pour les employés du gouvernement fédéral.

Systèmes d'assurance obligatoire

L'indemnisation des accidents du travail est un système d'assurance obligatoire, sans égard à la responsabilité, contre les blessures, auquel tout employeur d'un commerce ou d'une industrie doit adhérer quand il atteint une certaine taille. Ce système a été mis en oeuvre pour éviter les poursuites fréquentes entre travailleurs et employeurs, et pour promouvoir une juste indemnisation des travailleurs victimes de blessures. Or, les maladies professionnelles sont plutôt problématiques pour les commissions d'indemnisation des accidentés du travail, comparativement à la facilité avec laquelle les problèmes de blessures sont réglés. Tel qu'on l'a mentionné précédemment, la reconnaissance d'une maladie professionnelle est souvent tardive et incertaine. Dans certains cas, elle peut être remise en question et nécessiter l'avis d'experts consultants. De plus, certains types de demandes de prestation ne sont pas acceptés par toutes les provinces. Faire la preuve signifie généralement démontrer que le patient est atteint de la maladie, qu'il a été exposé sur son lieu de travail à la substance ou aux conditions reconnues comme provoquant ce genre de maladie, et qu'il ne peut y avoir d'autres causes.

Pratiquement toutes les commissions au Canada accepteraient les 29 groupes de maladies professionnelles reconnues par l'Organisation internationale du travail comme étant liées au travail. Toutefois, la reconnaissance d'états pathologiques moins bien établis, telles les causes probables, mais non prouvées du cancer, varie selon les commissions. Très peu, pour ne pas dire aucune, accepteraient de baser leur jugement sur des causes qui relèvent de la spéculation ou ne sont pas prouvées. Par ailleurs, la grande difficulté à distinguer le cancer causé par la cigarette et celui causé par une exposition à des substances cancérigènes au travail a amené plusieurs commissions à tout simplement éliminer la cigarette comme cause principale du cancer chez les patients exposés à des substances cancérigènes au travail.

Ampleur des maladies professionnelles

Certaines maladies professionnelles apparaissent exclusivement dans certaines industries ou professions; on leur donne souvent des noms fantaisistes tels que conjonctivite du soudeur (inflammation de l'oeil causée par la lumière ultraviolette de la soudure) ou poumon de fermier (affection pulmonaire inflammatoire causée par l'inhalation de moisissures végétales). D'autres apparaissent dans presque toutes les industries, comme les douleurs lombaires (considérées comme une blessure) et la perte auditive provoquée par l'exposition à des niveaux de bruit intenses. Presque la moitié des maladies professionnelles sont des maladies de peau; viennent ensuite les troubles de la vue, les affections pulmonaires, les intoxications affectant tout l'organisme (par le plomb, le MERCURE ou les pesticides) ainsi que d'autres états pathologiques incluant les maladies du système nerveux, du coeur et de l'appareil locomoteur. Parallèlement, les troubles psychiatriques et ceux liés au stress font l'objet de controverse, car il est très difficile de prouver une relation directe avec le milieu de travail.

Histoire

L'histoire des maladies professionnelles remonte aux débuts de toute activité économique organisée. Sur un papyrus égyptien datant de 1600 av. J.-C., on trouve la description de maux de dos causés par l'effort au travail. D'autres maladies professionnelles sont mises en évidence par Hippocrate en 460 av. J.-C. et par des auteurs romains. Au Moyen Âge et au début de la Renaissance, plusieurs traités de médecine parlent des dangers des exploitations minières et des fonderies.

Ère moderne

L'ère moderne des maladies professionnelles remonte au début des années 1700. C'est à cette époque que le célèbre médecin italien Bernadino Ramazzini écrit le premier ouvrage d'ensemble sur le sujet. En 1831, Charles Thackrah écrit le premier ouvrage du même genre en anglais. Au même moment, en Grande-Bretagne, on adopte un ensemble de lois sans précédent afin de protéger la santé des travailleurs, de contrôler le travail des enfants (voir ENFANTS AU TRAVAIL) et de protéger la santé publique de la pollution et de la falsification des produits alimentaires, pratique très répandue à l'époque. Ces lois forment la base des mesures législatives au Canada avant la Confédération et, en vertu de la loi constitutionnelle, les maladies professionnelles et l'indemnisation des travailleurs sont de compétence provinciale.

En 1914, l'indemnisation des travailleurs, copiée sur le modèle du système allemand, est introduite en Ontario. Dans les années 20, le Dr J. Grant Cunningham établit, au gouvernement fédéral, ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de Service d'hygiène et de santé au travail. Par la recherche, l'éducation et la démonstration, Cunningham fait la promotion, auprès de l'industrie et des gouvernements provinciaux, de la prévention et du dépistage précoce des maladies professionnelles. Il s'ensuit de nombreux changements dont la formation d'une génération de professionnels de la santé au travail, qui influenceront les gouvernements provinciaux et les pratiques dans l'industrie. Parmi ces professionnels, citons le Dr Ernest Mastromatteo, de Toronto, qui pendant plusieurs années joue un rôle important dans les questions nationales et internationales liées à la prévention des maladies professionnelles.

Leadership des médecins canadiens

Le Canada est, depuis longtemps, un leader dans la recherche sur les maladies professionnelles, en particulier en ce qui concerne les affections pulmonaires liées au travail. Sir William OSLER, considéré par beaucoup comme le plus grand médecin jamais connu au Canada et celui qui a le plus influencé, publie de nombreux ouvrages portant sur différentes maladies professionnelles. En 1876, il écrit un article traitant de la pneumoconiose des mineurs (souvent appelée « poumon noir ») qui attire l'attention de ses collègues à Montréal. Cunningham, de son côté, s'intéresse particulièrement à la silicose des mineurs de l'Ontario Quant au Dr Frederick BANTING, surtout connu comme l'un des chercheurs ayant découvert l'insuline, il contribue de façon importante à la recherche sur la silicose et sur la médecine aéronautique.

L'intérêt pour les maladies professionnelles dans les grands centres de recherche est généralement stimulé par des problèmes économiques importants dans les industries locales. Du fait de l'importance de l'amiante au Québec, les études portant sur l'amiante et sur ses effets sur la santé ont dominé la recherche dans les institutions de cette province. En Ontario, les chercheurs s'intéressent particulièrement à l'industrie minière. En Colombie-Britannique, l'accent est mis sur les causes de l'asthme et des problèmes liés à la circulation de l'air dans les poumons, à cause d'une réaction asthmatique inhabituelle mais partagée par tous, typique d'une réponse au cèdre rouge de l'Ouest, bois important sur le plan économique.

Tous les médecins qui soignent des adultes devraient se préoccuper des maladies professionnelles, que ce soit en termes de traitement, de diagnostic ou de conséquences de certains types d'exposition sur la santé des patients. Les maladies professionnelles peuvent toucher le fonctionnement de tout organe et elles peuvent aussi être la cause d'une maladie qui survient après la retraite et, à l'occasion, elles peuvent affecter les autres membres de la famille par toxicité dans la reproduction ou encore si, par inadvertance, les substances chimiques sont rapportées à la maison. Au Canada, les médecins peuvent suivre une formation spéciale et devenir spécialistes en médecine du travail. L'accréditation est donnée par le Collège Royal des Médecins et Chirurgiens du Canada s'ils suivent un programme de stage de formation ou par la Commission canadienne de la médecine du travail si leur formation est autre. Ces médecins du travail sont regroupés en une association, l'Association canadienne de la médecine du travail et de l'environnement (ACMTE).

Un champ d'action partagé

Il va sans dire que les médecins jouent un rôle important dans le diagnostic, le traitement et l'attestation pour l'indemnisation d'une maladie professionnelle. Cependant, ce rôle est partagé par les infirmiers et infirmières en médecine du travail (champ de spécialité des sciences infirmières). En ce qui a trait à la prévention, celle-ci relève encore plus d'un travail d'équipe réunissant médecins, infirmières, agents de sécurité, hygiénistes du travail (spécialité de l'ingénierie) et plusieurs autres professionnels. Toutes les maladies professionnelles, sans exception, sont évitables. Les obstacles à la prévention sont généralement les coûts, l'ignorance et le manque de motivation à changer les façons de faire. Il y a presque toujours des moyens techniques pour résoudre le problème. En bout de ligne, le succès de la prévention réside dans l'acceptation par l'employeur de sa responsabilité, la coopération des employés, le travail d'équipe des professionnels de la médecine au travail, les règles gouvernementales et l'éducation du public.


Lecture supplémentaire

  • Tee L. Guidotti, John W.F. Cowell and Geoffrey G. Jamieson, Occupational Health Services: A Practical Approach (1989); Barry S. Levy and David H. Wegman, eds, Occupational Health: Recognising and Preventing Work-Related Disease, 3rd ed (1995); William N. Rom, ed, Environmental and Occupational Medicine, 3rd ed (1998).

Liens externes