Kathleen Munn

​Kathleen Jean Munn, peintre (née le 28 août 1887 à Toronto, ON – décédée le 19 octobre 1974 à Toronto, ON).

Kathleen Jean Munn, peintre (née le 28 août 1887 à Toronto, ON – décédée le 19 octobre 1974 à Toronto, ON). Kathleen Munn est aujourd’hui reconnue comme une pionnière de l’art moderne au Canada, en particulier pour avoir exploré l’abstraction plus tôt que la plupart des autres artistes canadiens. Considérée comme trop « avancée » par les critiques et le public des années 1910 et 1920, elle reste à la périphérie de la scène artistique canadienne durant toute sa vie.

Jeunesse et éducation

Kathleen Munn est la plus jeune de six enfants issus d’une famille très soudée de la classe moyenne qui possède une bijouterie au coin des rues Yonge et Bloor. Ils vivent dans l’appartement situé au-dessus de la boutique. La famille prise fortement l’éducation et Munn a donc de la chance d’avoir reçu toute sa vie le soutien financier et moral de ses parents alors qu’elle se lance singulièrement dans le domaine des arts.

Munn prend des cours d’art à l’école Westbourne de Toronto de 1904 à 1907. Talentueuse et encouragée par son entourage, elle commence à exposer en 1909 sous l’égide de l’Ontario Society of Artists (OSA), l’Académie royale des arts du Canada (ARC) et l’Exposition nationale canadienne (CNE), mais ne reçoit qu’une attention limitée. Elle continue à exposer sous avec ces sociétés membres jusqu’à la fin des années 1920.

À la recherche d’une inspiration dépassant la scène artistique conservatrice de Toronto, Munn est la première de quelques artistes canadiens du début du 20e siècle à explorer le cubisme, le synchromisme et l’abstraction. Elle se positionne au centre du mouvement international de l’art moderne en allant étudier à New York, au sein de l’Art Students League, où elle gagne un premier prix prestigieux. Elle suit plusieurs cours entre 1912 et 1930, étudiant avec des maîtres de l’abstrait tels que Stanton MacDonald-Wright, Andrew Dasburg et Max Weber, tout en suivant également des cours fondamentaux sur la théorie des couleurs et du design ainsi qu’en dessin d'après nature. Elle complète ses études par des voyages en Europe et des visites au Metropolitan Museum of Art.

À New York, Munn lit les théories influentes sur la symétrie dynamique par l’artiste et écrivain canadien Jay Hambidge (1867 – 1924), qui défend le développement d’un art moderne s’inspirant des principes classiques. Pour Munn, les essais d’Hambidge confirment la primauté de la forme humaine et lui suggèrent la base d’une méthodologie visant à sa représentation, des idées fondatrices pour son cycle de dessins des plus innovateurs des années 1930.

Points forts de sa carrière

Les premières peintures vraiment modernes de Kathleen Munn représentent des animaux de ferme. Les toiles telles que Untitled (Cows on a Hillside) du Musée des beaux-arts de l'Ontario et Untitled (Cows and Chickens) du Musée des beaux-arts du Canada, issues de la période 1915 – 1916, sont peut-être les peintures les plus modernes exécutées au Canada à l’époque. Elles ne sont comparables qu’aux œuvres d’Emily Carr de 1913, sur les villages autochtones de la côte Ouest.Inspiré par les artistes du groupe Der Blaue Reiter – à l’origine d’un mouvement artistique dans le Berlin d’avant-guerre auquel participent des figures telles que le peintre russe Vasily Kandinsky – ainsi que par la théorie synchromiste des couleurs, Munn construit ses images à partir d’un réseau de rectangles de couleurs créant à la fois une surface unifiée et une impression d’espace, tout en maintenant un naturel puissant dans la figuration des animaux.

Durant les années 1920, Munn se lance dans des expérimentations intéressantes, dont l’une aboutit à l’épanouissement éloquent d’un certain nombre de styles picturaux liés les unes aux autres et à une nouvelle représentation mentale du potentiel conceptuel du corps humain. Elle raffine son utilisation des couleurs pour parvenir à un rythme et à une composition semblables à ceux de la musicalité, une qualité très recherchée par les artistes engagés dans l’art abstrait. Cette période est aussi marquée par son engagement profond dans la représentation du corps nu, malgré l’inconfort évident du public de Toronto à cet égard dans les années 1920 et 1930. Dans The Dance (1923) et Composition (Reclining Nude) (1926 – 1928), deux de ses plus importantes peintures, elle parvient à la simplicité et à la clarté qu’elle recherchait dans sa quête perpétuelle de l’intégration formelle du corps dans le paysage.

Les peintures de Munn sont cependant perçues comme des curiosités, comme le furent celles de Carr.The Dance sort spectaculairement du lot lors de l’exposition de l’ARC en 1923. Le critique du Mail and Empire la décrit comme « unique », une « peinture futuriste dotée d’un parfum de cubisme »[Trad. libre]. Lorsque Munn peint Untitled I (vers 1926 – 1928) qui, avec Untitled II, faisait initialement partie d’une plus grande toile, elle réalise une des premières œuvres purement abstraites jamais réalisées au Canada. Dans le Yearbook of the Arts in Canada, 1928–1929, Fred Housser, se faisant l’écho de l’avis d’autres critiques, écrit que le public de Toronto n’était pas prêt pour l’art « avancé » de Munn.

Munn développe une forte amitié avec Bertram Brooker, un artiste canadien qui explore l’abstrait et avec qui elle partage une vision de l’art moderne puisant ses racines dans l’histoire. C’est Brooker qui l’introduira dans le cercle des membres clés du Groupe des Sept et la présentera à Ruth et Harold Tovell, deux collectionneurs de Toronto. Cela permet à Munn de voir ses toiles incluses dans l’exposition du Groupe des Sept en 1928 et 1930, et de bénéficier de l’achat de deux dessins de la Passion Series par le Musée des beaux-arts de l'Ontario (alors appelé le Musée des beaux-arts de Toronto) en 1945.

Dans les années 1930, développant une méthode de dessin unique basée sur les principes de symétrie dynamique, Munn dessine le même motif encore et encore, le corps humain, représenté sous sa forme la plus idéalisée possible. Dynamique, singulière et pertinente, cette forme est l’expression visuelle choisie par Munn pour représenter l’unité de l’être. Les dessins de Munn de la série Passion représentent le sommet de cette forme d’arrangements déclinant diverses compositions complexes. Munn croque l’interaction de multiples formes dans des centaines de dessins, produisant en dernier ressort des séries de foules qu’elle assemble pour créer dix grandes œuvres complètes.

Munn expose Passion Series en 1935 à la Gallerie Malloney de Toronto. Ce sera sa dernière grande exposition de son vivant.

Héritage

L’œuvre de Kathleen Munn fait l’objet d’une curiosité limitée de la part de la critique durant le vivant de l’artiste, malgré ses nombreuses expositions dans les années 1910 et 1920. Son intérêt artistique, ancré dans le modernisme international, diffère de celui de ses pairs de l’époque qui s’engagent dans un mouvement artistique purement national. Cette distinction est un des facteurs clés qui l’ont maintenu à la marge de la scène artistique canadienne. Munn abandonne progressivement ces travaux artistiques autour de 1940 et ses œuvres sont déjà pour la plupart complètement oubliés lorsqu’elle meurt en 1974.

Depuis le milieu des années 1980, des bourses d’études, des expositions itinérantes et des publications avant-gardistes contribuent à jeter un regard nouveau sur l’œuvre innovatrice de Munn. Les archives consacrées à Munn ont joué un rôle critique pour cette redécouverte et ont permis de mettre en lumière son engagement profond dans le modernisme. Ses œuvres sont aujourd’hui très recherchées par plusieurs collections privées et publiques d’un bout à l’autre du Canada.


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