Ernest William Poole, D.C.M., soldat (né le 19 février 1931 à Regina en Saskatchewan). Ernest William Poole était caporal médical au sein du Corps médical royal canadien (RCAMC) et il a servi pendant la guerre de Corée. Pour le courage dont il a fait preuve en soignant les blessés sous les tirs ennemis, il a été recommandé pour la Croix de Victoria. Il a finalement reçu la Médaille de Conduite distinguée, la deuxième de toutes les décorations reconnaissant la bravoure au combat (après la Croix de Victoria). Cette décision de lui attribuer une distinction d’un rang inférieur a suscité la controverse.

Éducation et enrôlement
Ernest William Poole termine sa 11e année (5e du secondaire) à Balcarres en Saskatchewan en 1949. Il devient ensuite aide-soignant en psychiatrie au Weyburn Mental Hospital. Le 7 août 1950, Louis St-Laurent, alors premier ministre du Canada, annonce la création d’un contingent spécial, la Canadian Army Special Force (CASF), pour combattre à la guerre de Corée. Ernest Poole s’enrôle volontairement dans le Corps médical royal canadien (RCAMC) et il se joint à la CASF le 24 août. En Corée, le caporal Poole est affecté à la compagnie B du 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment.
Opération Commando
Au début d’octobre 1951, les troupes canadiennes du 2e Bataillon prennent part à l’opération Commando. Il s’agit d’une de deux offensives qui visent à détruire un saillant dans les lignes alliées qui est créé par la rivière Imjin. La première phase est menée le 3 octobre, et au cours de celle-ci, le 4e peloton du bataillon mène à bien son attaque. Le 4 octobre, le 6e peloton, sous le commandement du lieutenant W. D. Smallman, prend part à la deuxième phase. Cependant, le 6e peloton se retrouve sous des tirs nourris et il subit de lourdes pertes.
Bravoure sous d’intenses tirs
Il s’avère difficile de retrouver les blessés en raison des pentes abruptes et des épais buissons qui sont partout sur le terrain. Les Canadiens risquent également de tomber aux mains de l’ennemi. Le caporal Ernest Poole court en première ligne à la recherche des blessés sous un feu intensément nourri. Malgré le danger, il ne s’arrête pas avant d’être certain que tous les blessés sont évacués en toute sécurité.
Le soldat H.J. Roach, opérateur radio de la compagnie B du 2e Bataillon, raconte les actions d’Ernest Poole :
Sous l’intensité des tirs et malgré les pertes, le caporal Poole allait d’un à l’autre des blessés et leur prodiguait les premiers soins, posant des garrots et leur administrant de la morphine. Le caporal Poole transportait chaque blessé jusqu’au sommet de la colline, hors de portée des tirs directs. Chaque fois qu’il retournait vers l’un des hommes, il s’exposait à un danger extrême, mais il restait calme et jovial. Je lui ai crié de garder sa tête baissée, qu’il allait se faire tuer, et il a répondu : « Je n’y peux rien, j’ai un travail à faire et je vais le faire. »
À 17 h 45, sous le commandement du lieutenant E.H. Devlin, le 4e peloton reçoit l’ordre de prendre le relais. Alors qu’ils se joignent à l’attaque, deux hommes du peloton sont blessés. Ernest Poole promet au lieutenant Devlin de s’occuper des blessés et l’exhorte à poursuivre l’offensive. « Il se jetait à leurs côtés », raconte plus tard E.H. Devlin, « et il posait leurs garrots, malgré les intenses tirs nourris des mitrailleuses. »
Évacuation des blessés
Durant la nuit, Ernest Poole fabrique des brancards avec des fusils et des branches d’arbres pour pouvoir transporter les blessés. Il organise également une équipe de brancardiers qui sont chargés d’évacuer les blessés jusqu’au poste de secours du régiment, situé à plus de 2700 mètres. Peu après avoir commencé à transporter les blessés, le groupe se retrouve sous les tirs ennemis. Leur guide, un chef de section du 6e peloton, est blessé. Ernest Poole prend la relève et il change leur itinéraire pour éviter les tirs ennemis. Il réussit à guider les autres hommes jusqu’au poste de secours à travers un territoire inconnu, et ce malgré la présence des patrouilles ennemies, des mines et des dangers naturels. De plus, selon le lieutenant E.H. Devlin, Ernest Poole retourne ensuite au front à 4 h du matin et il prend part à un assaut matinal avec le peloton.

Actions qui sauvent des vies
En tant que sous-officier responsable des brancardiers de la compagnie B, Ernest Poole fait preuve d’un courage qui est attesté par des témoins comme le capitaine médecin H.C. Stevenson et le lieutenant E.H. Devlin. Selon une déclaration de H.C. Stevenson datée du 5 octobre, Ernest Poole sauve la vie d’au moins quatre blessés : le lieutenant W.D. Smallman, le caporal E.R. Souliere, le caporal R.P. Turgeon et le soldat A.J. Davies. H.C. Stevenson souligne également que les efforts d’Ernest Poole permettent d’empêcher la capture d’au moins deux blessés par les forces chinoises. De plus, grâce à ses actions, de nombreux autres blessés peuvent être évacués et soignés. Bien qu’il soit un caporal médical non armé, on attribue à Ernest Poole le mérite d’avoir su inspirer ses camarades et de les avoir encouragés à poursuivre le combat. « Le courage et le dévouement du caporal Poole étaient sans égal », déclare le soldat H.J. Roach, « et son exemple a été pour nous tous une source d’encouragement. »
Décoration et controverse
Le lieutenant-colonel Robert A. Keene est le commandant du 2e Bataillon du Royal Canadian Regiment. Le 21 octobre, il recommande qu’Ernest Poole reçoive la Croix de Victoria, la plus haute distinction pour acte de bravoure. Le plus haut gradé canadien en Corée, le brigadier John M. Rockingham, commandant de la 25e Brigade d’infanterie canadienne, approuve cette recommandation le 20 novembre. Le 23 janvier 1952, le major général A.J.H. Cassels, commandant de la 1st Commonwealth Division, rétrograde la décoration et lui attribue la Médaille de Conduite distinguée, qui est la deuxième plus haute distinction pour actes de bravoure. Le lieutenant-général australien Sir William Bridgeford, commandant en chef des British Commonwealth Forces Korea, confirme la décision de A.J.H. Cassels. Cette décision suscite la controverse, car nombreux sont ceux qui estiment qu’Ernest Poole devrait recevoir la Croix de Victoria, comme cela a été initialement recommandé.
