Philip Michael Ondaatje, C.C., poète, romancier, cinéaste et éditeur (né le 12 septembre 1943 à Colombo, au Sri Lanka). S’inspirant souvent de la vie anticonformiste de personnages réels, la poésie et la prose de Michael Ondaatje se caractérisent par le thème du multiculturalisme et le recours au bizarre, à l’exagéré et à l’invraisemblable. Cinq fois lauréat du prix littéraire du Gouverneur général et compagnon de l’Ordre du Canada, Michael Ondaatje, tout comme Margaret Atwood et Alice Munro, est l’un des auteurs canadiens contemporains les plus célébrés.

Enfance et poésie
Michael Ondaatje immigre au Canada depuis l’Angleterre en 1962 et devient citoyen canadien en 1965. Il fait des études à l’Université de Toronto (baccalauréat ès arts) et à l’Université Queen’s (M.A.). En 1971, il commence à enseigner à l’Université York.
Il se fait d’abord une réputation littéraire en tant que poète. Ses premiers recueils de poésie s’intitulent The Dainty Monsters (1967), The Man with Seven Toes (1969; trad. L’Homme aux sept orteils) et Rat Jelly (1973). The Collected Works of Billy the Kid, (trad. Les œuvres complètes de Billy the Kid), récit de la vie réelle et romancée du célèbre hors-la-loi, remporte le prix littéraire du Gouverneur général pour la prose et la poésie en 1970. Il a été adapté pour la scène et présenté à Stratford, à Toronto et à New York.
There’s a Trick with a Knife I’m Learning to Do, recueil de poèmes écrits entre 1963 et 1978, lui vaut un deuxième prix du Gouverneur général en 1979. Secular Love: poems est publié en 1984 (suivi par une sélection de ses poèmes intitulée The Cinnamon Peeler en 1989), Handwriting: poems (trad. Écrits à la main) en 1998 et The Story, une œuvre créée en collaboration avec l’illustrateur David Bolduc, en 2006.
Le prochain recueil de poésie de Michael Ondaatje, A Year of Last Things (trad. L’Année des dernières fois) (2024) paraît après presque vingt ans. Marek Sullivan, critique du Times Literary Supplement, qualifie l’œuvre de Michael Ondaatje de « douces méditations sur l’amour, la perte, le territoire, la mémoire et l’impermanence », notant qu’ « aucun autre auteur n’est aussi capable de transformer, de manière subtile et convaincante, des moments privés en mythes universels. »
De la poésie au roman
Michael Ondaatje acquiert une réputation nationale et internationale en grande partie grâce à ses œuvres de fiction. Son roman Coming Through Slaughter (1976; trad. Le blues de Buddy Bolden) relate les événements réels et imaginaires de la vie du cornettiste virtuose de jazz de la Nouvelle-Orléans Buddy Bolden. L’action de son roman suivant, In the Skin of a Lion (1987; trad. La peau d’un lion), se déroule à Toronto dans les années 1930 et explore la vie et le milieu politique des travailleurs immigrés qui ont construit nombre des grands édifices de la ville. En 2009, une plaque portant un passage de La peau d’un lion est érigée à côté du viaduc de la rue Bloor, à Toronto, par Project Bookmark Canada.
The English Patient (1992; trad. Le patient anglais ou L’homme flambé) est son roman le plus populaire à ce jour. Les lecteurs, transportés en Toscane à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, sont plongés dans le passé étonnant et le contexte dramatique que vivent les personnages de ce conte épique qui traite des bouleversements physiques et émotifs infligés par la guerre et l’amour. En plus de lui valoir un autre prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie roman en 1992, cet ouvrage permet à Michael Ondaatje de figurer parmi les lauréats du prestigieux Booker Prize, faisant de lui le premier Canadien à recevoir cette récompense. L’adaptation cinématographique du roman, tournée en 1996, remporte neuf Oscars.
En 2000, Michael Ondaatje publie Anil’s Ghost (trad. Le fantôme d’Anil) dont l’action se déroule dans son pays natal, le Sri Lanka, ravagé par la guerre civile. La principale protagoniste, une anthropologue légiste américano-sri-lankaise, tente de conserver son objectivité scientifique malgré les pressions politiques et ses propres réactions émotives face aux situations qu’elle rencontre. Ce roman remporte le prix Scotiabank Giller (maintenant le prix Giller), le prix littéraire du Gouverneur général et le prestigieux prix Médicis, en France.
En 2007, Michael Ondaatje égale le record d’Hugh MacLennan en gagnant un cinquième prix littéraire du Gouverneur général pour Divisadero, qui relate l’histoire lyrique et douloureuse d’une famille. L’action se situe en partie dans le nord de la Californie dans les années 1970. La narration fragmentée, caractéristique de Michael Ondaatje, fait remonter le lecteur au début du 20e siècle pour suivre une tragédie familiale parallèle dans la France rurale de l’époque. En 2011, Divisadero est adapté pour le théâtre par le réalisateur Daniel Brooks et la première sort au théâtre Passe Muraille, à Toronto. Avec Maggie Huculak dans le premier rôle et le chanteur Jason Rutledge, l’adaptation se concentre sur la partie du roman qui se déroule dans la Californie des années 1970.
L’intérêt postmoderne de Michael Ondaatje pour la perméabilité des frontières et des genres littéraires est particulièrement évident dans ses œuvres semi-autobiographiques. Running in the Family (1982; trad. Un air de famille) combine souvenirs, fiction et photographie pour dépeindre la vie fascinante et originale de ses parents et grands-parents dans le Ceylan (Sri Lanka) de l’époque coloniale. Il se remet à l’écriture autobiographique avec son roman The Cat’s Table (2011; trad. La table des autres), qui raconte le voyage du jeune Michael, 11 ans, entre le Sri Lanka et l’Angleterre en 1954. Ce roman, dont l’action se déroule pendant une traversée en mer de trois semaines, peint de façon vivante tout un éventail de personnages, de tableaux et d’aventures à bord du navire, tout en méditant sur les frontières entre enfance et vie adulte, mémoire et imagination, réalité et fiction.
Dans Warlight (2018), le dernier roman de Michael Ondaatje, Nathaniel narre les souvenirs de son adolescence passée dans un Londres d’après-guerre, en 1945. Ses rencontres avec divers personnages, parfois louches – ses camarades de classe du collège Dulwich, un mystérieux gardien, ses collègues immigrants à l'hôtel Criterion, des contrebandiers et Agnes, son ancienne flamme – préludent à la tentative de Nathaniel de reconstituer le passé de sa mère, espionne pendant la Seconde Guerre mondiale. Le critique littéraire Alex Preston écrit dans The Guardian que « l'effet de réalité unique que [Michael Ondaatje] parvient à créer dans ses meilleures œuvres est le fruit de sa capacité à évoquer des images avec une acuité qui permet au lecteur de les vivre avec la force de quelque chose de familier, d'intime et de vrai ».
Style littéraire
L’œuvre de Michael Ondaatje marie le réel et l’imaginaire, la poésie et la prose. Ses récits les plus longs, en général inspirés de la vie anticonformiste de personnages réels, peuvent contenir des éléments tout aussi bien documentaires que fictifs. Son univers est marqué par le thème du multiculturalisme, le recours au bizarre, à l’exagéré et à l’invraisemblable, une fascination pour les codes secrets de la violence, tant dans la vie personnelle que sur la scène politique et la plongée prolongée dans le monde du cinéma, du jazz et de l’amitié. Son œuvre est également remarquable pour ses qualités cinématographiques qui découlent de l’utilisation fréquente qu’il fait des techniques de montage et de dialogues à teneur dramatique.
Le saviez-vous?
En 2016, une nouvelle espèce d’araignée découverte au Sri Lanka est nommée Brignolia ondaatjei en l’honneur de Michael Ondaatje.
Carrière de critique littéraire et d’éditeur
En plus de son travail de création, Michael Ondaatje a derrière lui une carrière longue et respectée de critique littéraire et d’éditeur. En 1970, il publie un ouvrage sur Leonard Cohen et comme éditeur de Mongrel Broadsides, il fait notamment paraître des poèmes de James Reaney et de Margaret Atwood, entre autres. Il publie également The Broken Ark: A Book of Beasts (1971) et de courtes anthologies fictives, Personal Fictions: Stories by Munro, Wiebe, Thomas, and Blaise (1977) et From Ink Lake: An Anthology of Canadian Short Stories (1990). Son œuvre éditoriale sur la poésie comprend The Long Poem Anthology (1979) et le recueil de bpNichol An H in the Heart (1994). Il est réviseur pour le magazine littéraire Brick. Il a également occupé ce poste chez Coach House Press pendant de nombreuses années.
Cinéma
Michael Ondaatje a réalisé les films suivants : Sons of Captain Poetry (sur le poète bpNichol), Carry on Crime and Punishment, The Clinton Special (sur le Farm Show du théâtre Passe Muraille) et Royal Canadian Hounds. Il se penche sur l’art sous-estimé du montage cinématographique dans The Conversation: Walter Murch and the Art of Editing Film (2002).
En 2015, Michael Ondaatje boycotte un gala organisé par Pen America en l’honneur du journal satirique français Charlie Hebdo. Parmi d’autres écrivains réputés qui refusent de participer à l’événement, on peut citer Teju Cole, Francine Prose, Rachel Kushner, Peter Carey et Taiye Selasi.
Distinctions
- Prix Ralph Gustafson (1965)
- Prix Epstein (1966)
- Médaille E. J. Pratt (1966)
- Médaille du président (1967)
- Prix littéraire du Gouverneur général, catégorie roman (1971)
- Prix littéraire du Gouverneur général, catégorie roman (1980)
- Officier de l’Ordre du Canada (1988)
- Foreign Honorary Member, American Academy of Arts and Letters (1990)
- Prix littéraire du Gouverneur général, catégorie roman (1992)
- Booker Prize dans la catégorie roman (1992)
- Prix Médicis (2000)
- Kiriyama Pacific Rim Book Prize (2000)
- Prix littéraire du Gouverneur général, catégorie roman (2000)
- Prix Giller (2000)
- Sri Lanka Ratna (2005)
- Prix Scotiabank Giller (maintenant le Prix Giller) (2007)
- Prix international Man Booker (2007)
- Prix des écrivains du Commonwealth (Région des Caraïbes et du Canada, meilleur livre) (2008)
- Golden Plate, American Academy of Achievement (2008)
- Membre, Royal Society of Literature (2012)
- Prix littéraire St. Louis de la Saint Louis University Library Associates (2016)
- Compagnon, Ordre du Canada (2016)
- Golden Man Booker Prize (2018)